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Pourquoi Bergama s’appelait-elle Pergame dans l’Antiquité ?

Avant Bergama, il y avait Pergame. Une cité antique devenue symbole de savoir, de médecine et de culture dans le monde hellénistique.

Vestiges antiques de Pergame à Bergama en Turquie, ancienne capitale du royaume de PergameVestiges antiques de Pergame à Bergama en Turquie, ancienne capitale du royaume de Pergame
Les vestiges de Pergame, ancienne capitale culturelle et intellectuelle du monde hellénistique.
Écrit par Sarah Goldenberg
Publié le 31 mai 2026

Pergame, capitale d’un royaume

 

Bien avant de devenir Bergama, la ville portait le nom de Pergame, Pergamon en grec ancien. Située dans l’actuelle province d’İzmir, elle fut l’une des grandes capitales du monde hellénistique entre le IIIᵉ et le IIᵉ siècle avant notre ère.

À cette époque, l’Anatolie occidentale est traversée par les héritages laissés par les conquêtes d’Alexandre le Grand. Plusieurs royaumes émergent alors dans la région. Parmi eux, le royaume de Pergame, dirigé par la dynastie des Attalides.

Depuis son acropole construite sur un relief escarpé, Pergame contrôle une partie stratégique de l’ouest anatolien. La ville se développe rapidement autour de palais, sanctuaires, bâtiments administratifs et espaces publics monumentaux. Son théâtre, adossé à la colline, reste aujourd’hui encore l’un des symboles du site antique.

À Pergame, le pouvoir passe aussi par le savoir. Les souverains attalides cherchent à faire de leur capitale un centre intellectuel et artistique. Architecture, sculpture, urbanisme : la ville devient progressivement un lieu de prestige dans le monde méditerranéen.

Au IIᵉ siècle avant J.-C., le dernier roi attalide, Attale III, lègue son royaume à Rome. Pergame est alors intégrée à l’Empire romain tout en conservant son importance régionale. Son nom, lui, traverse les siècles.

 

Une ville du savoir et de la médecine

 

Si le nom de Pergame traverse encore les siècles, c’est aussi pour une autre raison : la ville fut associée très tôt au savoir. Sous les Attalides, la cité se dote d’une importante bibliothèque. Les sources antiques évoquent plusieurs centaines de milliers de rouleaux conservés sur l’acropole. Les historiens restent prudents sur les chiffres exacts, souvent difficiles à vérifier, mais tous s’accordent sur le rôle intellectuel majeur joué par Pergame dans le monde hellénistique.

La ville attire alors érudits, philosophes, médecins et copistes. Dans une Méditerranée où les centres de connaissance structurent aussi le prestige politique, Pergame cherche à affirmer son influence par les arts et les sciences autant que par le pouvoir.

C’est dans ce contexte qu’apparaît le terme pergamenon, à l’origine du mot “parchemin”. Ce support d’écriture, fabriqué à partir de peaux animales travaillées, existait déjà ailleurs dans l’Antiquité. Mais Pergame devient l’un des centres qui perfectionnent et diffusent son usage. Le nom de la ville finit ainsi par désigner la matière elle-même.

À quelques kilomètres de l’acropole, l’Asclépiéion participe lui aussi à cette réputation savante. Dédié à Asclépios, dieu de la médecine dans le monde grec, ce complexe médical accueille pendant plusieurs siècles des patients venus de différentes régions d’Anatolie. On y pratique des soins mêlant médecine, bains, activité physique et interprétation des rêves. Le médecin Galien, figure majeure de la médecine antique né à Pergame au IIᵉ siècle, y aurait notamment été formé avant de devenir l’un des praticiens les plus influents de l’Empire romain.

 

Vestiges de l’Asclépiéion de Pergame à Bergama, ancien centre médical antique

L’Asclépiéion de Pergame, centre médical majeur de l’Antiquité.

 

De Pergamon à Bergama

 

Avec les siècles, Pergame devient progressivement Bergama. Le changement peut sembler important à l’écrit. Il s’inscrit pourtant dans une évolution linguistique relativement fréquente en Anatolie, où de nombreux noms antiques ont été transformés par les langues successivement parlées dans la région. Le nom grec Pergamon évolue au fil des usages byzantins puis turcs. Les sonorités changent, certaines consonnes se simplifient, les voyelles s’adaptent à la prononciation locale. Peu à peu, Pergamon devient Bergama. Le site, lui, ne disparaît pas.

Après l’intégration à l’Empire romain, puis durant les périodes byzantine et ottomane, la ville continue d’être habitée. Son importance politique décline progressivement, mais son héritage architectural et culturel demeure visible dans le paysage urbain.

Aujourd’hui encore, Bergama conserve les traces de cette continuité historique. L’acropole domine toujours la vallée. Le théâtre antique reste accroché à la colline. L’Asclépiéion, les vestiges des temples et les anciennes voies rappellent l’importance de la cité dans l’Antiquité méditerranéenne.

Dans cette transformation de Pergamon en Bergama, il n’y a donc pas rupture mais adaptation. Le nom change avec les langues et les époques, sans effacer complètement ce qu’il désignait auparavant. Comme souvent en Turquie, la toponymie raconte moins une disparition qu’une superposition d’héritages.

 

Quand un nom devient synonyme de culture

 

Tous les anciens noms de villes ne traversent pas les siècles de la même manière. Certains restent associés à un empire, une bataille ou une dynastie. Pergame, elle, continue surtout d’évoquer le savoir. La ville a laissé son empreinte dans l’histoire des bibliothèques, de la médecine antique et même du vocabulaire européen avec le mot “parchemin”. Son ancien nom dépasse ainsi le cadre géographique.

 

Vestiges antiques de Pergame avec l’acropole de Bergama en arrière-plan

L’acropole de Pergame domine encore aujourd’hui les hauteurs de Bergama.

 

Aujourd’hui, Bergama attire pour ses vestiges archéologiques. Mais derrière les pierres de l’acropole ou les colonnes de l’Asclépiéion subsiste aussi le souvenir d’une cité qui cherchait à faire du savoir un instrument de rayonnement. À travers Pergame, c’est donc une autre lecture de la toponymie qui apparaît : celle de villes dont le nom continue de porter une idée, bien après la disparition du royaume auquel elles appartenaient.

 

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