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Le saviez-vous ? Quand İzmir s’appelait Smyrne

Smyrne hier, İzmir aujourd’hui. Deux noms pour une même ville. Entre les deux, des siècles d’histoire portuaire et de routes méditerranéennes.

Colonnes de l’Agora antique de Smyrne à İzmir, site archéologiqueColonnes de l’Agora antique de Smyrne à İzmir, site archéologique
À İzmir, l’Agora rappelle les strates anciennes de Smyrne.
Écrit par Sarah Goldenberg
Publié le 23 février 2026, mis à jour le 2 mars 2026

Avant İzmir, Smyrne

 

Smyrne. Le nom revient dans les cartes anciennes, les récits de voyage, les archives commerciales. Longtemps, en français comme dans d’autres langues européennes, İzmir a porté ce nom-là.

Dire « Smyrne » n’est pas parler d’une autre ville, mais désigner, avec un autre vocabulaire, le même port, au fond du golfe d’İzmir, sur la côte égéenne : un point de passage majeur entre Anatolie et Méditerranée.

Reste une question : pourquoi ce nom a-t-il circulé si longtemps, et comment Smyrna a-t-elle évolué vers İzmir ? Pour comprendre, il faut revenir à l’histoire d’une ville dont l’identité s’est construite autour de la mer et des échanges.

 

Smyrne, une cité antique sur la côte égéenne

 

Bien avant de s’écrire İzmir, la ville est connue sous le nom de Smyrna dans les sources grecques antiques. Les traces archéologiques situent l’une des premières implantations sur le site de Bayraklı, au nord-est du golfe, où les fouilles ont montré une occupation très ancienne, tournée vers la côte égéenne.

À l’époque hellénistique, la ville se développe vers le sud, autour du mont Pagos, l’actuelle Kadifekale, et de l’espace qui deviendra l’agora. Autour du port se forme alors un nouveau centre urbain, fondé entre la fin du IVᵉ et le début du IIIᵉ siècle avant notre ère. 

Dès l’Antiquité, Smyrne compte parmi les ports majeurs des échanges en Méditerranée orientale. Les périodes grecque, romaine puis byzantine laissent des traces visibles dans le paysage actuel et dans les vestiges archéologiques.

 

À l’Agora de Smyrne, les vestiges antiques témoignent encore de l’histoire portuaire d’İzmir.

À l’Agora de Smyrne, les vestiges antiques témoignent encore de l’histoire portuaire d’İzmir.

 

L’agora, aujourd’hui au cœur de la ville moderne, en est l’un des témoignages les plus tangibles. Les fouilles y montrent un espace civique et économique central, reflet d’une cité organisée autour des échanges, des circulations et de la vie portuaire. 

Smyrne ne désigne donc pas une ville disparue. Le nom ancien renvoie à une longue continuité historique, inscrite dans un même espace côtier, où l’activité maritime marque l’histoire locale. 

 

Pourquoi disait-on Smyrne ?

 

Smyrne n’est pas seulement un nom antique. Pendant des siècles, c’est celui que l’on retrouve dans les cartes maritimes, les récits de voyage et la correspondance commerciale européenne.

 

Carte ancienne du golfe de Smyrna (İzmir) montrant le port et la côte égéenne 

Carte ancienne du golfe de Smyrna (İzmir) montrant le port et la côte égéenne

 

Ce choix linguistique s’explique d’abord par les pratiques de l’époque. Négociants, diplomates et voyageurs adoptent la forme transmise par le grec et les langues méditerranéennes, largement présentes dans les échanges internationaux.

Le port joue ici un rôle central. Ville ouverte sur le commerce maritime, Smyrne se retrouve autant dans les cargaisons et les routes commerciales que dans les mots eux-mêmes. Le nom s’impose ainsi dans les langues européennes, bien au-delà de sa forme locale.

Dire Smyrne en français ne relevait donc ni d’une exception ni d’une nostalgie mais d’une habitude, portée par les cartes et les échanges internationaux.

 

Comment Smyrna est devenue İzmir

 

Le nom Smyrna apparaît dans les sources grecques antiques sous la forme Σμύρνα. C’est cette version qui se répand dans le monde méditerranéen, reprise ensuite par les langues européennes sous des formes proches, dont « Smyrne » en français.

Avec le temps, les prononciations locales évoluent. Comme souvent dans les grands ports où se croisent langues et populations, le nom s’adapte progressivement aux pratiques orales de la région. Le passage de Smyrna à İzmir s’explique notamment par une adaptation phonétique : en turc, les mots commencent rarement par deux consonnes successives, ce qui conduit à l’ajout d’une voyelle initiale.

La forme İzmir s’impose donc peu à peu dans la langue turque. Il ne s’agit pas d’une rupture, mais d’une évolution : un même nom qui traverse les siècles en changeant de sonorité et d’écriture, au gré des langues qui le portent.

Smyrna, Smyrne, İzmir : ces appelations renvoient à une même ville, dont le nom raconte la longue histoire des échanges méditerranéens.

 

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