Sous ses couleurs vives, le mesir macunu pourrait n’être qu’une curiosité sucrée. À Manisa, il révèle pourtant un rituel ancien, où gestes, croyances et héritage ottoman se répondent encore aujourd’hui.


Une pâte née à la cour ottomane
À Manisa, le mesir macunu n’est pas qu’une pâte colorée étirée sur un bâton. Son origine remonte à l’époque ottomane, lorsqu’un mélange d’épices aurait été préparé pour soulager une maladie au sein de la cour. La recette, composée de quarante et une épices, s’est depuis inscrite dans le temps long. Derrière les couleurs et la texture, elle conserve une fonction première : celle d’un remède, à la fois médicinal et symbolique.
À l’origine, ce mélange d’épices est élaboré pour soulager une maladie, avant d’être progressivement distribué à la population. Ce passage du palais à la ville marque le début d’un rituel collectif. Au fil du temps, la distribution du mesir macunu s’est institutionnalisée, jusqu’à devenir un rendez-vous annuel, où se mêlent mémoire, transmission et célébration.
Une pâte aux 41 épices, entre remède et confiserie
Le mesir macunu se présente sous la forme d’une pâte épaisse, étirée puis roulée sur un bâton, avant d’être découpée et emballée individuellement. Sa texture, à la fois souple et légèrement collante, contraste avec ses couleurs vives, souvent obtenues à partir d’épices et de plantes.
La recette traditionnelle associe quarante et une épices, parmi lesquelles le clou de girofle, la cannelle ou encore le gingembre. Longtemps considéré comme un remède, le mesir macunu est aujourd’hui consommé comme une confiserie, tout en conservant une dimension symbolique liée à ses vertus supposées.
En bouche, les saveurs se superposent : sucrées, épicées, parfois légèrement piquantes. Un équilibre qui surprend autant qu’il intrigue.
Un rituel collectif au cœur du printemps
Chaque année, au printemps, le mesir macunu quitte les ateliers pour rejoindre l’espace public. À Manisa, la tradition se déploie autour de la mosquée Sultan, où la pâte est préparée puis distribuée selon un rituel bien établi.
Depuis les hauteurs, de petits paquets sont lancés vers la foule rassemblée en contrebas. Les mains se tendent, les regards se lèvent. Le geste se répète, simple en apparence, mais chargé de sens.
Attraper un mesir macunu reste associé à des vertus protectrices. Entre croyance, transmission et mise en scène collective, le rituel continue d’inscrire la ville dans un temps à part, suspendu entre héritage et présent.

Préparation du mesir macunu lors des festivités à Manisa.
© Information and Documentation Center of Folk Culture / Ministry of Culture and Tourism – UNESCO
Un festival inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO
Aujourd’hui, le mesir macunu donne lieu à un festival organisé chaque année à Manisa, généralement à la fin du mois d’avril. Pendant plusieurs jours, la ville accueille concerts, animations et cérémonies, avant le moment central : la distribution de la pâte depuis les hauteurs de la mosquée.
Cette tradition a été inscrite en 2012 au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Une reconnaissance qui souligne la valeur de ce rituel, au-delà de son aspect spectaculaire, comme élément de transmission et d’identité locale.
Entre héritage ottoman et mise en scène contemporaine, le mesir macunu continue ainsi de s’inscrire dans le paysage culturel turc, sans rompre avec ses origines.
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