Du Néolithique à l’époque ottomane, plusieurs découvertes archéologiques récentes confirment le rôle central de la Turquie dans l’histoire des sociétés humaines.


Pourquoi la Turquie reste un territoire clé de l’archéologie mondiale
L’Anatolie occupe une place centrale dans l’histoire des sociétés humaines en raison d’une continuité d’occupation rare, documentée sur plusieurs millénaires. Du Néolithique aux périodes antiques et médiévales, le territoire turc concentre des sites qui permettent de suivre, sans rupture majeure, l’évolution des modes de vie et des formes d’organisation sociale.
Située au carrefour de grandes zones de circulation, Méditerranée orientale, Mésopotamie, Caucase, la Turquie occupe depuis longtemps une position stratégique dans les échanges humains et culturels. Cette position explique la densité exceptionnelle des sites archéologiques et la variété des périodes qu’ils documentent.
Les fouilles menées depuis plusieurs décennies ont conduit à nuancer certains récits établis. À Göbeklitepe comme à Çatalhöyük, les recherches ont mis en évidence des formes complexes de sociabilité et de symbolisme antérieures à l’urbanisation, invitant à affiner les chronologies communément admises. Les découvertes annoncées récemment s’inscrivent dans cette continuité, en précisant des interprétations existantes sans bouleverser la lecture du passé.
Des découvertes récentes, du Néolithique aux sociétés protohistoriques
Les communications rendues publiques en 2025 concernent en priorité des sites néolithiques déjà bien documentés. Elles n’introduisent pas de rupture interprétative, mais apportent des éléments nouveaux permettant d’affiner la lecture des sociétés anatoliennes les plus anciennes.
À Göbeklitepe, les équipes de fouilles ont annoncé la mise au jour de sculptures intégrées aux structures monumentales du site. Ces éléments, associés à l’architecture existante, confirment la place centrale du symbolisme dans des sociétés encore non sédentarisées. Ils enrichissent l’interprétation des usages du site sans remettre en cause les grandes hypothèses formulées ces dernières années.
À Çatalhöyük, ce sont les résultats d’analyses scientifiques, notamment génétiques, qui ont été officiellement présentés. Les données publiées permettent de mieux comprendre les structures sociales de cette communauté néolithique, en mettant en évidence des logiques de filiation et de transmission plus complexes que ce que suggèrent les seuls vestiges matériels.
Dans le sud-est de l’Anatolie, le site de Karahantepe a fait l’objet de communications officielles, certaines découvertes ayant été relayées par la presse spécialisée, le site figurant parmi les principales découvertes archéologiques de 2025.
« De l’alimentation à l’architecture, du monde symbolique aux rituels, la diversité des indices mis au jour ici nous rapproche de manière exceptionnelle des sociétés préhistoriques. » - a déclaré Necmi Karul, responsable des fouilles à Karahantepe (propos traduits de l’anglais).
À proximité, le site de Sefertepe s’inscrit dans le même ensemble de recherches menées dans le cadre du programme Taş Tepeler. Les sculptures et représentations humaines stylisées mises au jour sur ces sites confirment l’existence de pratiques symboliques élaborées au sein de sociétés néolithiques non urbanisées, déjà identifiées dans cette région.
Des découvertes concernant l’Antiquité et les premières communautés chrétiennes
Plusieurs découvertes réalisées sur des sites antiques et tardo-antiques apportent également des éléments nouveaux sur les pratiques quotidiennes, religieuses et culturelles des sociétés ayant occupé l’Anatolie sur plusieurs millénaires.
À Hadrianopolis, les fouilles ont permis d’identifier des objets liés aux loisirs et aux jeux de stratégie, notamment des pions taillés dans l’os. Ces éléments, rarement conservés, permettent d’aborder de manière précise la vie quotidienne à l’époque romaine et les pratiques sociales souvent peu visibles dans les sources écrites.
À Iznik, l’ancienne Nicée, les archéologues ont annoncé la découverte de vestiges peints associés aux premières communautés chrétiennes. Les fresques mises au jour, dont certaines représentent des figures bibliques, contribuent à documenter la diffusion du christianisme dans l’ouest de l’Anatolie et la place de la région dans l’histoire religieuse du monde méditerranéen tardif.
Escapade à Iznik, ancienne capitale de l’Empire de Nicée
Plus à l’est, sur le site antique de Kulluoba, les fouilles ont livré des vestiges liés à l’alimentation, dont un pain carbonisé daté de l’âge du Bronze ancien. Cet objet, exceptionnel par son état de conservation, permet d’approcher très concrètement les pratiques agricoles et alimentaires des sociétés protohistoriques d’Anatolie centrale.
La Turquie découvre et reproduit un pain vieux de 5.000 ans
Des découvertes sous-marines liées aux échanges maritimes
Les campagnes de recherches menées en mer Méditerranée complètent ce panorama terrestre et documentent les routes commerciales, les pratiques de navigation et les circulations de biens le long des côtes anatoliennes.
Au large d’Adrasan, les archéologues ont identifié une épave antique contenant une cargaison de céramiques, attestant l’existence d’échanges maritimes structurés le long du littoral sud de l’Anatolie. L’étude de ces vestiges permet de mieux comprendre les réseaux commerciaux régionaux à l’époque gréco-romaine, ainsi que les conditions de transport des marchandises.
D’autres recherches sous-marines menées en Méditerranée orientale, notamment au large des côtes d’Antalya et de Muğla, ont également permis de documenter des épaves plus tardives, notamment ottomanes, dont les cargaisons - armes, objets du quotidien ou céramiques importées - témoignent de la continuité des échanges maritimes sur plusieurs siècles. Ces découvertes, étroitement encadrées par les autorités compétentes, participent à un travail de documentation progressive des circulations économiques et militaires en Méditerranée.
Regards contemporains sur les sociétés anciennes
Des premières sociétés néolithiques aux échanges maritimes plus tardifs, les découvertes archéologiques officiellement communiquées ces dernières années confirment la diversité des sociétés ayant occupé l’Anatolie sur plusieurs millénaires. Elles reposent sur des données matérielles précises, issues de programmes de recherche encadrés.
Ces fouilles, terrestres comme sous-marines, montrent que l’archéologie progresse par ajustements successifs, relectures et contextualisations. En Turquie, elles contribuent à affiner la compréhension des sociétés anciennes, de leurs pratiques et de leurs circulations, en privilégiant une lecture fondée sur les données et leur mise en contexte.
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