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Tourisme en Turquie en 2025 : des chiffres solides, une réalité plus contrastée

En 2025, la Turquie confirme son poids touristique mondial. Fréquentation élevée, recettes en hausse : les chiffres sont solides. Mais sur le terrain, la hausse des prix et les arbitrages des visiteurs dessinent une réalité plus contrastée.

Bodrum sur la côte égéenne, symbole du tourisme en Turquie en 2025 entre attractivité et hausse des prixBodrum sur la côte égéenne, symbole du tourisme en Turquie en 2025 entre attractivité et hausse des prix
Bodrum, sur la côte égéenne, reste l’un des symboles du tourisme en Turquie, malgré une attractivité fragilisée par la hausse des prix.
Écrit par Sarah Goldenberg
Publié le 20 janvier 2026, mis à jour le 26 janvier 2026

2025, des indicateurs nationaux solides

 

En 2025, la Turquie conserve une place centrale dans le paysage touristique mondial. Les données publiées par les institutions officielles confirment une fréquentation élevée et une progression des recettes, dans la continuité de la dynamique observée depuis la reprise post-pandémie.

Selon les statistiques du ministère turc de la Culture et du Tourisme, le pays a accueilli plus de 50 millions de visiteurs étrangers sur les onze premiers mois de l’année. Ces chiffres reposent sur les données de passages aux frontières et permettent de suivre précisément l’évolution des arrivées, mois par mois et par marché d’origine.

Sur le plan économique, les revenus du tourisme poursuivent également leur progression. Les bulletins trimestriels publiés par TÜİK (TurkStat) font état de recettes dépassant les 50 milliards de dollars sur les neuf premiers mois de 2025. Ces données prennent en compte l’ensemble des dépenses touristiques et offrent une lecture complémentaire aux seuls volumes de visiteurs.

Ces performances confirment le poids du tourisme dans l’économie turque et s’inscrivent dans un contexte international concurrentiel. Les comparaisons disponibles via le tableau de bord de l’Organisation mondiale du tourisme (UN Tourism) situent la Turquie parmi les destinations les plus fréquentées au monde, aux côtés des grandes destinations méditerranéennes et européennes.

 

Une dynamique nationale, des réalités locales contrastées

 

Si les indicateurs nationaux confirment une année touristique solide, leur lecture à l’échelle locale révèle des situations plus contrastées. Selon les destinations, les profils de visiteurs et les périodes, la fréquentation et surtout la consommation touristique n’évoluent pas de manière uniforme.

L’un des éléments les plus souvent relevés en 2025 concerne l’évolution des prix. Hébergement, restauration, transports et accès aux sites culturels ont connu des hausses sensibles, documentées par les grilles tarifaires officielles. À Istanbul, par exemple, les tarifs d’entrée pour les visiteurs étrangers dans certains sites majeurs figurent parmi les plus élevés jamais appliqués, comme en témoignent les prix affichés pour Sainte-Sophie ou le palais de Topkapı.

 

Prix des musées et monuments d’Istanbul en 2025 : le guide pratique

 

Ces niveaux de prix influencent directement les comportements. Plusieurs analyses relayées par la presse internationale montrent que certains visiteurs ajustent leurs séjours, en réduisant leur durée ou leurs dépenses hors hébergement. En juillet 2025, Reuters relevait ainsi un recul ponctuel des arrivées étrangères, dans un contexte où la question du coût du séjour revenait régulièrement dans les comparaisons avec d’autres destinations méditerranéennes.

Cette évolution est également relevée par des acteurs du secteur.

 

« People truly love Turkey, but the prices are really starting to push them away », confie un responsable d’hôtel à Bodrum, soulignant que la hausse des coûts modifie la durée et la structure des séjours.

Plus largement, certaines chambres de commerce locales tirent la sonnette d’alarme.

 

« Les prix doivent baisser et les entreprises locales doivent prendre leurs responsabilités », affirme Erkut Çelebi, président de la chambre de commerce de Trabzon, dans un contexte de fortes contraintes économiques. 

Ces arbitrages se manifestent de manière particulièrement visible dans certaines régions touristiques établies. Sur la côte égéenne, des destinations comme Bodrum ou Çeşme restent attractives, mais font face à une concurrence accrue de pays perçus comme plus accessibles sur le plan budgétaire. Ce phénomène ne traduit pas un désintérêt général, mais plutôt une recomposition des flux, selon les catégories de visiteurs et leurs contraintes économiques.

Cette évolution ne concerne pas uniquement les touristes étrangers. Plusieurs enquêtes et articles récents soulignent que le tourisme intérieur est lui aussi affecté par la hausse des prix. Euronews Travel note notamment que certains citoyens turcs privilégient désormais des séjours à l’étranger, jugeant les vacances en Turquie devenues plus coûteuses qu’auparavant.

Ces éléments n’invalident pas les performances globales du secteur, mais ils en nuancent la lecture. Ils montrent que la dynamique touristique de 2025 repose sur des équilibres plus fins, où la fréquentation ne se traduit pas systématiquement par une consommation homogène ni par des retombées équivalentes selon les territoires.

 

Ce que les chiffres ne disent pas toujours

 

Les indicateurs nationaux offrent une lecture indispensable, mais partielle, du tourisme en Turquie. Ils renseignent sur les volumes et les recettes, sans toujours refléter la manière dont la valeur se répartit ni comment elle est ressentie par les acteurs du secteur.

Les statistiques de recettes publiées par TÜİK agrègent l’ensemble des dépenses touristiques, qu’il s’agisse d’hébergement, de transport, de restauration ou d’activités culturelles. Elles ne permettent toutefois pas de distinguer précisément ce qui revient aux grandes structures hôtelières, aux plateformes internationales ou aux acteurs indépendants, particulièrement nombreux dans les centres urbains et les zones touristiques historiques.

Ce décalage apparaît également dans les modèles de séjour. La progression de l’offre all-inclusive et la concentration de la demande sur certains pôles limitent les dépenses hors hébergement, ce qui affecte directement la restauration, les commerces et les services locaux. Plusieurs analyses sectorielles relayées par la presse économique turque soulignent que des établissements peuvent afficher des taux de fréquentation corrects sans pour autant constater une amélioration équivalente de leur rentabilité. 

Les chiffres globaux ne traduisent pas non plus les écarts entre territoires, ni la répartition réelle des retombées économiques. Cette hétérogénéité explique en partie le contraste entre les statistiques nationales positives et les difficultés exprimées par certains professionnels sur le terrain.

Enfin, les données officielles mesurent peu les ajustements de comportement induits par la hausse des prix. Réduction de la durée des séjours, sélection plus stricte des activités payantes, arbitrages sur la restauration ou les visites culturelles sont autant d’éléments qui influencent l’économie touristique locale sans apparaître clairement dans les bilans chiffrés.
 

Un modèle touristique en recomposition

 

En 2025, la Turquie conserve une forte attractivité touristique, portée par des volumes et des recettes élevés. Mais la hausse des prix et l’évolution des pratiques dessinent des situations contrastées selon les territoires et les acteurs. 


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