Omniprésents dans les rues d’Istanbul, les chats fascinent autant qu’ils intriguent. Mais qui sont vraiment ces compagnons libres et si singuliers de Turquie ?


Mais qui sont donc ces Raminagrobis de Turquie ?
Les chats de Turquie ont fait l’objet d’une multitude d’articles, de reportages et de films, car leur particularité est de pouvoir vivre en liberté dans les villes et généralement choyés par les habitants.
Istanbul, où les chats font carrément partie intégrante de la vie urbaine, dans les rues, les cafés, les marchés, les magasins, les mosquées, les églises et même le métro, a d’ailleurs mérité le surnom de « Capitale mondiale des chats ». Alors, qui sont donc exactement ces « deuxièmes habitants » de la Turquie et quelles sont leurs différentes races ?

Trois grandes catégories de chats en Turquie
On distingue trois groupes de chats en Turquie : le chat de Van, le chat d’Ankara et le chat d’Anatolie.
Le chat de Van : une race protégée et emblématique
La première race emblématique de la Turquie est, en effet, celle du chat de Van, ville d’Anatolie orientale. Fameux pour son pelage blanc à poils mi-longs, portant parfois des marques colorées beiges mais uniquement sur la tête et la queue, il est surtout connu pour ses yeux vairons, l’un bleu et l’autre, ambre. C’est un chat de grande taille, musclé, très curieux et joueur, qui présente aussi la particularité d’aimer l’eau et de savoir bien nager. Très sportif, il n’apprécie pas d’être enfermé dans un appartement.

Sa race est protégée par le Ministère de l’Agriculture et des Forêts et surtout par l’université « Yüzüncü Yıl » de Van, où se tient le « Centre de recherches sur le chat de Van », destiné à perpétuer les gènes sans mélange, à travers des programmes de reproduction. Tous les véritables chats de Van portent une puce, possèdent un pedigree et leur départ à l’étranger, s’il n’est pas interdit, ne peut se faire que dans des conditions drastiques.
En réalité, actuellement, de nombreux chats populairement appelés « chat de Van » sont des hybrides, les seuls qui méritent cette appellation sont ceux qui ont été répertoriés par le centre.
Van kedisi : le chat blanc aux yeux vairons que la Turquie protège farouchement
Le chat d’Ankara (Angora) : élégance et histoire européenne
La deuxième race célèbre est celle du chat d’Ankara, autrefois appelé « chat Angora ». Contrairement au chat de Van, il n’est pas protégé par des institutions d’État mais par de multiples associations.

Sa caractéristique est un pelage à longs poils soyeux, souvent de couleur unie et avec une queue en panache. Si le blanc aux yeux bleus sert de référence, il peut être aussi noir, gris clair, noisette ou beige. Il existe aussi des spécimens aux yeux hétérochromes, l’un bleu et l’autre vert. C’est un chat réputé intelligent et sentimental, très attaché à ses maîtres mais connu aussi pour son caractère bien affirmé et son exigeant besoin d’affection.
Très prisé depuis le Moyen Âge, il a été le premier spécimen à poils longs introduit en Europe. Richelieu possédait quatorze Angoras blanc et les aimait tellement qu’il leur a laissé une pension dans son testament ; et Marie-Antoinette, avant d’être incarcérée, confia ses six Angoras à un capitaine américain qui les emporta dans le Maine, ce qui, selon la légende, serait à l’origine de la race Main Coon.
Le chat d’Anatolie : le visage des chats des rues
Enfin, la troisième catégorie est celle du chat d’Anatolie, qui, contrairement aux deux précédentes, n’appartient pas à une race codifiée. Issu de divers croisements, il présente néanmoins des caractéristiques génétiques proches de celles du chat d’Ankara.

Curieux et sociable, il constitue la majorité des chats des rues, mais se retrouve également très souvent parmi les chats domestiques grâce à sa grande capacité d’adaptation et à son tempérament affectueux, même s’il conserve l’indépendance et l’instinct de chasseur qui le caractérisent. Musclé et résistant, il affiche une multitude de pelages, souvent à poils courts.
La diversité du lexique utilisé pour désigner sa fourrure témoigne de son importance dans la culture turque : le « Tekir » ou Tigré turc, au pelage rayé ou marbré, qui, comme le Tigré européen, présente un marquage distinctif en forme de « M » entre les deux yeux ; le « Sarman », tigré roux, dont 80 % sont des mâles, très apprécié comme chat domestique pour la douceur de son caractère ; le « Kara », noir aux yeux verts ; le « Beyaz », ou chat blanc, souvent appelé « Pamuk » (coton) ; le « Yamali », bicolore, présentant de grandes taches de couleur distinctes sur un pelage blanc ; ou le « Alacali », bigarré, comme le « Calico » ou « écaille de tortue », dont la plupart sont des femelles.
Pourquoi les chats sont-ils si présents en Turquie ?
Qu’ils soient de race ou hybrides, les chats sont vénérés en Turquie. Ce légendaire amour tirerait en partie son origine de la religion, puisque les hadiths, récits des faits attribués au prophète Mohammed, rapportent de nombreux épisodes montrant sa passion pour les chats, en particulier celui où il découpe son manteau pour ne pas réveiller le minou qui y était endormi.
Quant à la tradition des Mistigris évoluant en liberté dans la cité, elle remonte aux Ottomans, où de nombreux chats habitaient les jardins des palais impériaux qui possédaient de nombreuses chatières ; celles du palais de Topkapı viennent d’ailleurs d’être restaurées ; on raconte que le sultan Ahmed III ne présidait aucun conseil sans placer le coussin de son chat à côté de lui, que Mahmud II faisait représenter le sien sur des miniatures ou que « Şeker » (Sucre), le chat d’Abdulhamid II, assistait à toutes les cérémonies du palais.

Aujourd’hui, les « maisons à chats » aménagées dans la plupart des villes par les mairies ou les habitants, témoignent de l’importance de la gent féline au sein de la société et suscitent généralement l’admiration des touristes qui en publient fréquemment des photos sur les réseaux sociaux. Dites-le à tous les chats de la planète, pour se changer en pacha, c’est en Turquie qu’il faut venir vivre !

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