

L'association AGIRabcd réunit des retraités bénévoles qui mettent leurs compétences à profit en s'engageant dans des missions en France ou à l'étranger. Lors de son passage à Istanbul, Dominique Vergnon, délégué de la zone Méditerranée, a partagé cet engagement avec lepetitjournal.com, accompagné des bénévoles actuellement en mission à l'école Petit Génie d'Istanbul ainsi que du directeur de l'école.
L'association AGIRabcd (Action Générale des Intervenants Retraités - Action Bénévole de Coopération et de Développement) existe depuis 1983. Elle a été créée par Jean de Seneville et rassemble des retraités qui mettent leurs compétences à contribution à travers des missions diverses, en France et à l'étranger. L'association compte aujourd'hui plus de 3.000 membres. La présence de l'association sur le territoire français est assurée par 120 antennes. Les actions à l'étranger s'organisent en cinq zones : Amérique latine, Afrique, Méditerranée, pays de l'Est, Pacifique. Au total 80 pays sont couverts. ?Au départ c'est une idée de François Mitterrand qui avait dit qu'il faudrait exploiter la ressource représentée par le nombre important de retraités?, explique Dominique Vergnon, délégué de la région Méditerranée. En 1990 AGIRabcd est reconnue Association d'utilité publique et en 2008, elle est agréée par le ministère de l'Éducation nationale et le ministère de la Santé, de la Jeunesse et des Sports.
De gauche à droite: P?nar Fourreau, Daniel Daurier, Geneviève Daurier, Dominique Vergnon, Jean-Nicolas Lefilleul (photo ABG)
Si, en France, les actions se développent notamment dans les domaines de la solidarité, de l'insertion, de la lutte contre l'exclusion ou encore du soutien scolaire, les missions réalisées à l'étranger couvrent un peu tous les secteurs, pour une durée de 10 jours à trois mois. ?Nous intervenons dans les domaines du conseil, de la formation, de la transmission des savoirs et des compétences? précise Dominique Vergnon. La branche éducative et pédagogique est largement représentée. En effet, sur les 3.000 membres de l'association, 1.200 viennent de l'Éducation nationale ou s'occupent en tout cas d'enseignement. Les actions sont bénévoles. Pour les missions internationales, le demandeur prend en charge les frais de voyage, de séjour et de subsistance. ?Nous envoyons des enseignants, proviseurs ou conseillers pédagogiques dans de nombreux pays, pour remplacer quelqu'un qui a eu un accident ou qui est en congé maternité, le principe étant qu'on ne peut pas prendre la place de quelqu'un qui est salarié.? En Turquie, AGIRabcd coopère avec l'école Petit Génie (Küçük Dahi) d'Istanbul depuis trois ans et une dizaine de missions ont déjà été organisées. Geneviève et Daniel Daurier y sont actuellement pour trois mois. C'est leur troisième mission à l'école Petit Génie.
Éviter le gaspillage des compétences
Geneviève et Daniel Daurier sont à la retraite depuis 2008. ?J'avais déjà pris contact avec plusieurs associations pour avoir une retraite active et parce que j'ai milité longtemps dans le milieu associatif. Cela m'a permis d'avoir des objectifs différents de ceux des associations où j'étais auparavant, qui étaient plutôt dans le domaine culturel?, confie Daniel Daurier. Retraitée de l'Éducation nationale, Geneviève Daurier prolonge son engagement dans ce secteur et affirme : ?Je ne me lasse pas. Il y a un gaspillage de compétences énorme avec la retraite. Je trouve que la rupture entre la vie professionnelle et l'après n'a pas de sens.?
Après une mission au Sénégal avec une autre association, Geneviève et Daniel Daurier se sont engagés auprès d'AGIRabcd et sont d'abord partis six mois en Équateur. ?En Turquie, la mission était pour moi. Daniel m'a accompagné et a trouvé sa place. Il a pris en charge la bibliothèque.? À l'école Petit Génie, Geneviève Daurier fait office de conseiller pédagogique. Le couple souligne de plus la différence qu'implique ce volontariat international plutôt qu'un simple séjour touristique. ?On comprend les gens, leurs habitudes, leurs rituels, et ça change complètement?? Jean-Nicolas Lefilleul, directeur de l'école Petit Génie appuie cette vision : ?Le témoignage de ceux qui viennent en mission est différent de celui des touristes de passage. Le missionnaire s'intègre professionnellement, il a une vision plus précise et engagée.?

Un bénéfice réciproque
Jean-Nicolas Lefilleul a découvert AGIRabcd il y a 20 ans, alors qu'il était délégué général de l'Alliance française de Bulgarie et directeur de l'Alliance Française de Plovdiv. En Bulgarie, il a bénéficié de l'aide de l'association pour la comptabilité, la bibliothèque ou encore du conseil pédagogique. À son arrivée à l'école Petit Génie il a à nouveau fait appel à AGIRabcd. ?Une dizaine de personnes se sont succédées pour des missions de trois mois afin d'assurer le suivi pédagogique, former des enseignants, garantir le fait que les enfants obtiennent le niveau qui est nécessaire à leur âge?, explique-t-il. Les missions fonctionnent comme des échanges, chacun donne et reçoit d'une façon ou d'une autre. ?Le bénéfice est mutuel, car cela donne aussi un but aux retraités français?, note Dominique Vergnon. Jean-Nicolas Lefilleul confirme que l'un des premiers aspects que les missionnaires d'AGIRabcd retiennent de leur expérience à Istanbul est la qualité de l'accueil de la population turque.
Pendant longtemps, l'international était le premier domaine d'AGIRabcd. Actuellement, les actions en France se développent et celles à l'étranger accusent une petite baisse. Des solutions peuvent désormais être trouvées plus facilement sur le plan territorial, grâce à l'éducation croissante des jeunes. Des requêtes trop pointues peuvent de plus être difficiles à satisfaire. ?En Jordanie on m'a demandé si des retraités pourraient aider dans le secteur des éoliennes. On a cherché mais en France il n'y a pas encore de retraités dans le secteur des éoliennes?? raconte Dominique Vergnon. AGIRabcd compte continuer à développer de nouveaux projets. ?AGIRabcd est une association éminemment philanthropique, dont les buts peuvent générer beaucoup de profits humains?, insiste Jean-Nicolas Lefilleul.
Amélie Boccon-Gibod (www.lepetitjournal.com/istanbul) mardi 10 juin 2014











































