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RENCONTRE - Il était une fois une conteuse française à Istanbul

Par Lepetitjournal Istanbul | Publié le 14/06/2016 à 22:04 | Mis à jour le 14/06/2016 à 16:52

Elle s'appelle Judith Liberman, elle est française et est arrivée en Turquie il y a 14 ans. Son métier ? Conteuse. Alors que l'art du conte, pourtant traditionnel en Turquie, était quasiment tombé dans l'oubli, elle a su faire renaître cette discipline. En sept ans, elle a formé plus de 600 conteurs. À raison de huit représentations par mois, elle sillonne la Turquie et captive petits et grands par ses histoires et son talent. Lepetitjournal.com d'Istanbul a rencontré cette artiste qui nous a conté les bienfaits de l'imaginaire.

Comme on improvise pour raconter une histoire, Judith Liberman a également fait preuve d'improvisation pour devenir conteuse, comme elle le raconte dans cette vidéo. Avant d'arriver en Turquie, elle formait des conteurs en France. "Quand je suis arrivée en Turquie, le conte n'était pas vivant. C'était une tradition perdue et on m'a dit que personne ne serait intéressé. J'ai commencé à donner des cours de yoga en contant des histoires et petit à petit, les gens se sont intéressés. Depuis que j'ai commencé il y a 7 ans, j'ai formé plus de 600 conteurs en Turquie."

Photo personnelle

Aujourd'hui, elle donne des représentations dans tout le pays, anime une émission de radio et intervient même dans les entreprises pour conter des histoires aux salariés. L'année dernière, elle a publié un livre intitulé "Masal Terapi" (la thérapie par le conte), où à chaque page ouverte au hasard, le lecteur découvre une histoire avec une morale.

"Le conte et le théâtre sont deux disciplines distinctes"

Conter, c'est raconter une histoire de manière à ce que la personne en face le ressente et soit en mesure de l'imaginer. Conter, c'est l'art de transmettre une sensation. "Je dis toujours que le conteur est un instigateur d'imagination, c'est une occasion." Pour Judith Liberman, toute histoire est bonne à raconter du moment qu'elle est improvisée et orale.

Le conte, explique-t-elle, est différent d'un monologue, et ce pour plusieurs raisons. Ce sont deux disciplines distinctes. "L'acteur met un masque, je ne suis pas ?je?, je prétends être quelqu'un. Le théâtre, c'est l'art de créer un masque. Le conteur ne met pas de masque (...) je suis moi lorsque je raconte une histoire." Le conte, contrairement à une pièce de théâtre, ne pose pas de limites entre l'audience et le conteur. Au théâtre, le public est dans le noir, et l'acteur joue comme si les spectateurs n'existaient pas. Conter est aussi l'art de la connexion, et chaque histoire est différente lorsqu'elle est racontée à différentes personnes, explique Judith, pour qui "même si on part d'un conte traditionnel, conter c'est aussi improviser."

Serions-nous tous conteurs, finalement ? Tout à fait, assure Judith, nous le sommes tous au quotidien lorsque nous racontons une histoire personnelle, à un ami par exemple. L'art du conte consiste donc à entrevoir quelles sont les règles au quotidien pour ensuite les appliquer devant des centaines de personnes.

Le pouvoir de l'imaginaire

Conter, c'est savoir garder le lien avec le public. La relation avec l'audience est très importante. L'énergie de la pièce va sculpter le spectacle. "En saisissant un silence par exemple, cela permet de saisir ce que ressent le public, où il se situe à ce moment-là." C'est pour cette raison que la même histoire peut, selon l'ambiance créée, durer 20 minutes ou bien plus d'une heure. Le conteur doit apprendre à jouer avec cela. En comparaison avec le yoga ou d'autres disciplines, le conte est également un "voyage méditatif en créant une atmosphère de l'imaginaire." Judith souligne que l'imagination est un art transformationnel. C'est l'art de voir ce qui n'existe pas, ou ce qui n'existe pas encore.

Mais l'art du conte, c'est aussi l'art de s'adapter au public. Judith Liberman conte majoritairement aux adultes. "Ce que j'aime, c'est amener les gens ensemble. C'est une invitation à se concentrer. Ça n'est pas une question de culture, juste d'époque. Le public n'est pas le même, avant il n'y avait pas de téléphones portables par exemple. On vit dans un monde de distraction, c'est difficile pour les gens de se concentrer sur la même chose durant une heure ou deux! Le public se bat lui-même contre son manque de concentration. C'est un nouveau challenge pour le public mais ça rend aussi le conte attractif. Les gens viennent écouter pour se déconnecter."

Judith Liberman permet au public de se replonger pour un temps dans l'univers de l'imaginaire. Pour la jeune femme, c'est un point fondamental. "L'esprit logique et l'imaginatif vont de pair", conclut la conteuse. "Le créateur qui est aussi l'inventeur a besoin de créativité et donc d'imagination." L'imaginaire, qui reprend sa place lorsqu'on écoute une histoire, est une force nécessaire à la vie et au changement. Si vous souhaitez assister à l'une de ses représentations ou bien même être formé pour devenir vous-même conteur, vous pouvez retrouver toutes les informations supplémentaires sur le blog de Judith Liberman ou sur sa page facebook.

Ségolène Houdaille-Hoc (www.lepetitjournal.com/istanbul)  mercredi 15 juin 2016

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