Édition internationale

TENSIONS – Le PKK menace la Turquie de reprendre les armes

Écrit par Lepetitjournal Istanbul
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 8 février 2018

Après plusieurs mois de négociations et d’efforts de paix entre le gouvernement turc et le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), la situation s'enlise de jour en jour. Déçue par le “paquet de démocratisation” présenté par le Premier ministre fin septembre, l'opposition politique kurde gronde et s’impatiente. Le PKK a quant à lui menacé, hier, de reprendre les armes.

Ses combattants pourraient entrer en Turquie par le nord de l’Irak si le processus de paix n’était pas relancé : par la voix de Cemil Bayık, membre fondateur du PKK et l'un de ses principaux dirigeants, l’agence Reuters a rapporté l’information hier. Une déclaration qui intervient un an après le début de discussions entre le gouvernement turc et le PKK, presque 30 ans de guerre et plus de 35.000 morts.

En mars dernier, le chef emprisonné du PKK, Abdullah Öcalan, avait ordonné à l’ensemble des membres de l'organisation armée de se retirer de Turquie, dans une lettre lue à Diyarbakır (photo). Mais ce retrait s'est interrompu le mois dernier, le PKK ayant estimé qu’Ankara n’avait pas conclu “sa part du marché”.

Le processus a pris fin” a déclaré Cemil Bayık, “soit ils acceptent des négociations profondes et significatives avec le mouvement kurde, soit il y aura une guerre civile en Turquie”. Cemil Bayık a détaillé à l'agence Reuters quelques-unes des conditions préalables à ces négociations, mentionnant l’amélioration des conditions de détention d’Abdullah Öcalan et la mise en place de garanties constitutionnelles pour l’identité kurde. “Maintenant, nous nous préparons à renvoyer des groupes au Kurdistan du Nord si le gouvernement n'accepte pas nos conditions” a-t-il ajouté. Le “Kurdistan du Nord” est le terme donné par le PKK au sud-est de la Turquie.

L’élément déclencheur

En cause dans ce revirement, le “paquet de démocratisation” annoncé par le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdoğan, il y a quelques semaines. Salué par une partie de la population et l'Union européenne, l’ensemble de la communauté politique kurde l’avait jugé “décevant”. Entre autres déceptions, la réforme sur les modalités de scrutin pour l'accès au Parlement, qui aurait permis aux petits partis d’y entrer mais n’a pas encore vu le jour.

De même, les garanties constitutionnelles concernant l’identité et la culture kurdes, demandées par les représentants politiques kurdes, sont absentes de ce paquet. “Bien ou mal, nous avons accompli un processus d'une année, mais aucune base légale n'a été établie. Malgré nos appels et nos messages, le gouvernement n'a pas pris de mesures”, avait déclaré quelques jours plus tôt Abdullah Öcalan, par la voix de Pelvin Buldan, députée du BDP (Parti pour la paix et la démocratie).

Syrie : “une guerre par procuration”

Le PKK accuse aussi la Turquie de mener une guerre par procuration contre les Kurdes de Syrie en soutenant les rebelles islamistes contre le régime du président Bachar el-Assad, une allégation que le gouvernement turc dément régulièrement. “Nous ne voulons pas les (rebelles kurdes) envoyer à l'Ouest du Kurdistan (en Syrie)”, a déclaré Cemil Bayık à l'agence Reuters, “si le gouvernement turc persiste à se battre, le Kurdistan du Nord (la Turquie) sera le terrain de la guerre”.

En conflit contre l'armée turque depuis 1984, le PKK est considéré comme une organisation terroriste par la Turquie, l'Union européenne, les Etats-Unis, l'Australie, le Royaume-Uni, le Canada et la Nouvelle-Zélande.

Lola Monset (http://www.lepetitjournal.com/istanbulmercredi 23 octobre 2013

lepetitjournal.com istanbul
Publié le 22 octobre 2013, mis à jour le 8 février 2018
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