

La Turquie a mené dans la nuit de samedi à dimanche une incursion militaire de grande envergure en Syrie pour rapatrier les reliques de Süleyman Şah. La Syrie dénonce une “agression”.

Il était 21h (heure locale) lorsque le convoi – comprenant 572 soldats, 39 tanks et 57 véhicules blindés – a traversé le poste-frontière de Mürşitpınar (sud-est) pour entrer sur le territoire syrien, précise le quotidien Hürriyet Daily News. Les forces armées ont atteint la tombe, située à 37 km de la frontière turque, trois heures et demie plus tard.
L’opération, baptisée “Şah Fırat" (Shah Euphrate),a été menée simultanément sur deux fronts. La première troupe s’est dirigée vers l’enclave – sous contrôle turc depuis un traité (1921) signé avec la France, à l’époque puissance mandataire en Syrie – où repose Süleyman Şah. La seconde a pris le contrôle de la partie nord de la localité d’Eşme, toujours en Syrie, où seront transférées dans les prochains jours les reliques du dignitaire turc, mort noyé dans l’Euphrate au XIIIème siècle alors qu’il fuyait l’avancée mongole en Asie centrale. Ce week-end, les chaînes de télévision turques ont diffusé en boucle les images des soldats hissant le drapeau turc sur le nouveau site.
Ankara envoie un signal fort au groupe État islamique (EI)
Le maintien de la sépulture en terre syrienne revêt un caractère politique fort pour le gouvernement turc “qui souhaite montrer qu’il n’a pas perdu contre les djihadistes“, souligne l’Agence France-Presse. Le premier ministre turc Ahmet Davutoğlu a assuré que “la Turquie n’a été privée d’aucun de ses droits en ce qui concerne le droit international“, ce dernier lui reconnaissant depuis près d’un siècle la propriété d’un petit bout du territoire syrien pour le tombeau. "Le mausolée du Süleyman Şah et le corps de garde poursuivront de raviver le souvenir de nos ancêtres, avec notre drapeau hissé dans leur nouvel endroit, suivant les accords internationaux" a déclaré le président Recep Tayyip Erdoğan, au lendemain de l’offensive.
Insistant sur les “risques potentiels importants“ que comportait une telle opération, le Premier ministre turc s’est dit satisfait qu’aucun combat n’ait gêné son “bon déroulement“. Les troupes sont rentrées en Turquie saines et sauves très tôt ce dimanche – à l’exception d’un soldat décédé accidentellement au début de l’opération – après avoir détruit les restes du tombeau, a indiqué l’état-major des armées dans un communiqué. Situé au cœur d’une zone tombée aux mains du groupe État islamique (EI), le mausolée était menacé de devenir une base militaire pour les djihadistes, a laissé entendre le chef du gouvernement turc ce dimanche.
Damas dénonce une "agression manifeste"
La réaction du régime de Damas n’a pas tardé à arriver. Le ministère des Affaires étrangères a dénoncé ce qu’il considère comme une violation de l’intégrité du territoire syrien. "La Turquie a procédé, dimanche à l’aube, à une agression manifeste sur le territoire syrien" a-t-il fustigé, accusant qu’Ankara de fournir "tout type de soutien aux bandes de l'État islamique, du Front Al-Nosra et d'autres groupes terroristes liés à Al-Qaïda […]".
Après le début de l’intervention, le gouvernement turc avait notifié au consulat syrien d’Istanbul son intention de transférer le tombeau de Süleyman Şah dans une zone sécurisée. Une démarche insuffisante pour Damas, qui reproche à Ankara d’avoir agi "sans attendre l’approbation de la partie syrienne" tel que le prévoit le traité de 1921.
Ahmet Davutoğlu a également informé la coalition internationale engagée dans la lutte contre le groupe l’État islamique de l’entrée des forces armées turques en Syrie, indique le Hürriyet Daily News. Si Ankara a accepté de coopérer avec l’Armée syrienne libre (ASL), en lutte contre le régime syrien depuis 2011, elle a refusé de reconnaître toute collaboration avec le Parti de l’union démocratique (PYD), équivalent kurde du Parti des travailleurs kurdes (PKK) en Syrie.
Le régime de Damas, avec lequel la Turquie a coupé les ponts à l'automne 2011, a estimé ce dimanche que le non-respect du traité de 1921 faisait "incomber aux autorités turques la responsabilité découlant des impacts de cette agression".
Isma Maaz (www.lepetitjournal.com/istanbul) lundi 23 février 2015
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