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Micro-Trottoir : Que pensez-vous de l'intervention turque en Syrie ?

Par Lepetitjournal Istanbul | Publié le 22/10/2019 à 04:01 | Mis à jour le 22/10/2019 à 10:51
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La Turquie va—t-elle reprendre son offensive dans le nord-est de la Syrie ? La réponse demeure incertaine à quelques heures de la fin du cessez-le-feu de cinq jours conclu jeudi dernier entre le vice-président américain Mike Pence et Recep Tayyip Erdogan, afin de permettre à la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG) de se retirer de ses positions. Attendu aujourd'hui en Russie où il doit s'entretenir avec Vladimir Poutine au sujet du dossier syrien, le Président turc à d'ores et déjà prévenu que les opérations redémarreraient si les YPG ne respectaient pas l'accord.

Comment cette intervention est-elle perçue par les Stambouliotes ? Pour le savoir, Lepetitjournal d'Istanbul est allée à la rencontre des passants qui, étant donnée la nature du sujet, se sont pour la plupart montrés récalcitrants face à notre souhait de les prendre en photo afin d'illustrer notre micro-trottoir.

 

Akif, 28 ans. Etudiant en économie

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« Je suis contre la guerre, mais je pense qu’ici c’est nécessaire. Nous sommes en conflit avec les groupes terroristes kurdes depuis des décennies et ils menacent l’intégrité de notre pays. Je ne connais aucun Kurde turc qui souhaite un Etat indépendant. Pour moi, les Kurdes sont intégrés en Turquie, je ne vois pas pourquoi il faudrait séparer nos deux peuples. Le gouvernement ne fait pas de différences, nous avons les mêmes droits, le même accès à l’éducation, les mêmes opportunités. Ils sont représentés politiquement. Ça n’est plus comme avant Erdogan. 

Beaucoup de civils sont morts, c’est malheureux. Toutefois, il faut faire attention aux images véhiculées sur les réseaux sociaux, des faux comptes relaient de faux contenus pour discréditer l’armée turque. Pour moi, notre armée est la plus humaine qui soit. Nos militaires font de leur mieux mais les dommages collatéraux font partie des risques, même si je préférerais qu’il n’y en ait pas.

Je comprends les critiques des pays européens. Chaque pays essaye de faire ce qu’il y a de mieux pour son peuple. Nos avis divergent car nous n’avons pas les mêmes intérêts. Le nôtre est de protéger nos frontières, le leur est d’empêcher un retour de Daesh. »

Ahmet, 32 ans, Commercial

    « Je suis contre la guerre, contre la violence. Mais les YPG essayent de prendre une partie de notre territoire. Je pense que l’objectif de la Turquie aujourd’hui est de protéger ses frontières. Des innocents sont morts c’est terrible et inacceptable. Mais il faut prendre en compte le fait que les YPG sont un groupe terroriste affilié au PKK. J’ai plein d’amis kurdes et aucun ne se reconnaît dans un de ces groupes terroristes. La Turquie n’est pas le grand méchant de l’histoire, l’offensive est une tentative pour mettre fin à ce terrorisme kurde. 

    Fatih 23 ans, Serveur, d'origine kurde

      « Je suis heureux ici, la Turquie est mon pays et les Turcs sont comme mes frères. Je ne me reconnais pas dans les actions du PKK et celles des YPG, je fais confiance au gouvernement quand il dit que ce sont des organisations terroristes. Ils ne nous (les Kurdes, ndlr) représentent pas. L’UE est opposée à cette intervention parce qu’elle pense que les Kurdes ont besoin d’un Etat, que la Turquie rend notre intégration difficile. C’est faux !  Nous sommes 30 millions en Turquie, c’est notre pays, nous n’avons pas besoin d’un Kurdistan indépendant.»

      Turan, 23 ans, Assistant chercheur pour TRTWORLD, né en Azerbaïdjan

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        « Cette intervention a été planifiée il y a plusieurs mois, peut-être plusieurs années. L’objectif est de renvoyer les réfugiés syriens dans une zone de sécurité à la frontière turque. Notre pays ne peut pas les accueillir plus longtemps, c’est pourquoi nous facilitons leur retour. Le problème est que le YPG occupe cette zone, c’est un obstacle à la tentative de réunification de la Syrie.

        Les YPG et le PKK ne représentent en rien l’intérêt des Kurdes. Vous avez déjà vu beaucoup de partis se revendiquant travaillistes tout en ayant des kalachnikovs ? Je suis d’accord avec Trump quand il dit que ces groupent représentent une menace semblable à Daesh. »

        Pinar, 18 ans, Etudiante en ingénierie mathématique

          « Je déteste la violence et je ne suis en aucun cas d'accord avec une intervention armée en Syrie… Pourtant je pense qu'il était inévitable d'agir pour la Turquie. Nous sommes très nombreux à ne pas aimer notre président mais nous sommes tous d'accord sur un point : protéger notre pays. Protéger nos frontières et éradiquer les groupes terroristes est notre priorité.

          Les occidentaux critiquent beaucoup l’offensive turque mais ils ne savent pas ce que c’est de devoir accueillir près de quatre millions de réfugiés chez soi. La Turquie tente seulement de protéger ses frontières. »

          Emne, 38 ans, Ingénieur en topographie

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            « Cette intervention est stupide, elle ne va rien changer aux problèmes économiques et politiques auxquelles la Turquie doit faire face en ce moment. Pour moi, tout cela est une stratégie pour détourner l’attention de l’opinion publique : Erdogan s’élève au rang de héros en combattant les terroristes kurdes. C’est sa façon de faire oublier l’inflation, la perte de pouvoir d’achat… Même le CHP soutient l’offensive ! Moi je ne suis pas dupe.

            Avant les YPG était acceptés par la Turquie, c’était un allié. Mais depuis qu’ils ont resserré leurs liens avec le PKK, ils se sont radicalisés. De leur côté, les Européens menacent, parlent, mais ne font rien. Ils pourraient intervenir s’ils le voulaient vraiment afin de mettre un terme au conflit. »

            Mehmet, 45 ans, Comptable

              « Je suis complètement contre cette intervention ! J’ai fait mon service militaire en Turquie mais je pense que la violence n’est pas la solution. Les Kurdes ne sont pas capables de créer un Etat indépendant. Ils ne représentent pas une menace pour la Turquie. Je ne comprends pas la raison de cette intervention. Peut-être était-ce un compromis, une alliance entre les Etats-Unis et la Turquie. »

              Sevval, 22 ans, Etudiante en relations publiques

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                « L'intervention était inévitable. Les YPG et le PKK ont un projet qui n’a pas de sens et dont on ne veut pas : la construction d’un Kurdistan. Nous avons un différend et nous devons le régler. C’est une guerre donc oui, des civils meurent mais l’armée turque subit des pertes aussi. Il est facile pour les pays européens de critiquer. Ils ne comprennent pas la situation turque et la difficulté d’accueillir quatre millions de réfugiés. Ici la vie n’est pas aussi simple qu’en Europe. Les Syriens sont trop nombreux ici, la Turquie ne peut pas tous les accueillir. Nous n’en avons pas les moyens. »

                 

                Tutku, 19 ans, Etudiante en traduction

                  « Je ne supporte pas vraiment l'intervention militaire turque mais vu la situation actuelle à la frontière, je pense que la Turquie se devait d'intervenir. A l'étranger, la Turquie est perçue comme le méchant de l'histoire alors que notre pays a aidé à éliminer de nombreux groupes terroristes. Les médias européens ont tendance à oublier ce dernier point.

                  Ali, 65 ans, Ingénieur électronique et communication

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                    « Généralement, les politiques du gouvernement turc ne sont pas bonnes mais aujourd’hui, je pense qu’une intervention était nécessaire. Les YPG ne représente pas la volonté du peuple kurde. Un jour ils supportent la Russie et un autre jour les Etats-Unis… Ils agissent dans leur propre intérêt.

                    Les Américains sont des hypocrites. J’ai toujours été révolutionnaire et contre l’impérialisme occidental, américain en particulier. Aujourd’hui je me rends compte que j’avais raison. L’Occident intervient chez nous uniquement par intérêt, ils veulent puiser nos ressources. »

                     

                    Couple anonyme, 50 ans, elle est comptable et lui a un poste dans l’armée

                      « J’ai toujours été contre la violence et la guerre mais je pense que la Turquie était dans l’obligation d’intervenir. Nous avons subi de très graves attaques terroristes en 2015. La Turquie devait se venger, le PKK l’a mérité. Au lieu de critiquer l’intervention Turque, les pays occidentaux devraient faire preuve d’un peu d’empathie. Ils doivent essayer de comprendre dans quelle situation se trouve la Turquie actuellement. »

                      Propos recueillis par Jeanne Leblond et Pauline Robert

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                      Franzosen jeu 24/10/2019 - 10:07

                      Je pense que l´intervention turque en Syrie du nord,sur un territoire de kurdes syriens est une provocation turque.Je n´ai JAMAIS entendu dire que les kurdes syriens avaient une intention de s´allier aux kurdes turcs et de proclamer un état kurde. Pour la Turquie,les kurdes ne sont pas un peuple et on assimile trop les kurdes comme des terroristes,même si certains le sont. Les kurdes syriens ont combattu l´EI ,daesch et c´est de la part de Trump de la lâcheté de les avoir abandonnés,sachant que la Turquie en veut à mort à ce peuple. En Turquie,plus ´un maire d´origine kurde a été limogé,non pas qu´il était soupconné de terrorisme,mais du fait qu´il était kurde. L´intrusion turque en Syrie du nord est un crime de lèse-majesté,soit disant pour défendre son territoire.Les kurdes syriens n´ont rien fait pour aller en Turquie et rien ne démontre qu´ils avaient cette intention d´aller en Turquie. Avec ce qui s´est passé en Turquie,ces dernières années,le coup d´état oú des militaires hauts gradés,des fonctionnaires de toutes sortes ont perdu leurs places,des journalistes turcs qui ont dévoilés de secrets d´état,comme cette affaire : Le 7 novembre 2013, un camion est intercepté et fouillé par la gendarmerie turque dans la province d'Adana. Les agents y découvrent des armes et il est saisi. Le 19 janvier 2014, à la suite d'un signalement anonyme, une opération conjointe de la gendarmerie et de la police, sur l'ordre du procureur de la République Özcan Şişman, intercepte un convoi de trois camions à Kırıkhan dans la province de Hatay. Cette fois-ci, des agents du renseignement escortent le convoi et ceux-ci s'opposent à la gendarmerie. Les deux groupes se font même face, arme au poing, avant qu'une série d'appels téléphoniques vers Ankara ne mettent fin à la scène. Le convoi peut reprendre sa route sans avoir été fouillé mais quelques images de mauvaise qualité ont été tourné par un témoin à l'aide de son téléphone portable et commencent à circuler sur les réseaux sociaux. Le gouvernement impose un blackout sur l'événement et parvient à stopper rapidement la diffusion des images. Une enquête pour « terrorisme » est ouverte à l'encontre de plusieurs gendarmes, militaires et magistrats dont une cinquantaine sont par la suite placés en détention. En mai 2015, des documents officiels diffusés sur internet démontrent que les camions appartenaient au MIT, les services secrets turcs, et que les armes étaient destinés aux rebelles islamistes syriens qui se battent contre le régime du président Bachar el-Assad depuis 20112. Le 29 mai, le journal Cumhuriyet (de tendance kémaliste) publie des ses colonnes et sur son site internet des photos et une vidéo qui datent de janvier 2014 : les images montrent des mortiers dissimulés sous des médicaments à bord des camions interceptés quelques mois plus tôt par la gendarmerie. Selon les informations du journal, les camions transportaient un millier d'obus, 80 000 munitions diverses et des centaines de lance-grenades. Les armes sont de fabrication soviétique. Quelques heures après ces révélations, une enquête pour « terrorisme » est ouverte par le procureur d'Istanbul contre le journal. Un juge ordonne le retrait immédiat des images, désignées comme « contraires à la réalité ». Le président de la République, Recep Tayyip Erdoğan, déplore la fouille des camions, qu'il qualifie de « trahison », et accuse le mouvement Gülen d'être à l'origine du scandale. Tout cela montre que Erdogan a aidé l´EI ,daesch.Il, n´a voulu jamais s´expliquer pourquoi ces armes turques transitaient en Syrie du nord occupée par l´EI,daesch.Il s´en est même pris à un journaliste turc qui avait dévoilé cette affaire en faisant du chantage à la chancelière allemande Merkel pour livrer ce journaliste turc réfugié en Allemagne. Mon avis est que Erdogan veut à l´aide de l´IS,daesch,recréer l´empire ottoman. Souvenez-vous que dernièrement à l´élection de Istanbul,son parti a perdu et mécontent du résultat,il a demandé á revoter ,oú il a reperdu.N´est-ce pas un abus de sa part ce nouveau vote à Istanbul ? Erdogan est un DICTATEUR.Il est comme Hitler et qui sait s´il a a fait des complots comme Hitler pour montrer que l´opposition est le grand ennemi du peuple turc. Pour ce problème de Moyen-Orient,tout cela vient de l´accord Psyke-Picot de la 1 ère GM,lorsque la France et la Grande Bretagne se sont partagés l´empire ottoman.On n´a pas tenu compte des minorités kurdes,arméniennes et palestiniennes au profit des arabes.

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                      Giel358 jeu 24/10/2019 - 09:16

                      Donc, à en croire la grosse majorité des citoyens lambdas, les dirigeants occidentaux ont tout faux tandis que que le dictateur islamiste à la tête de la Turquie ne prend que de bonnes initiatives. Qu'attendent donc ces intervenants - Ali en premier - pour rejoindre ce beau et grand pays qu'est la Turquie ?

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                      albert mar 22/10/2019 - 12:33

                      En lisant ces temoignages, alors pourquoi la France (les gouvernants) met son nez dans les affaires d'autre état souverain? Pas de problème a résoudre en cette belle France?

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                      motus ven 01/11/2019 - 09:47

                      Allez donc dire cela au gouvernement turc qui, dans un communiqué officiel publié hier, fustige la proposition de loi votée par le Sénat français, qui prévoit l'interdiction du port du voile pour les accompagnatrices scolaires dans NOTRE pays.

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