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« Jamais je n’aurais cru que ce jour viendrait, c’est magnifique » 

Par Edouard Roux | Publié le 18/04/2019 à 02:33 | Mis à jour le 18/04/2019 à 09:54
Imamoglu, election, istanbul, mairie, reportage

Dans les escaliers de la station Vezneciler, deux jeunes adolescentes sortent à la hâte de leur sac à main des drapeaux avec dans une lucarne le portrait d’Atatürk. Elles rient et courent dans les escaliers devant les regards bienveillants des autres usagers, les bousculant sur leur passage. Une fois arrivées au sommet d’un énième escalator, elles rejoignent le cortège où chaque voix s’additionne pour scander le même nom : Ekrem Imamoğlu.

Les trottoirs semblent étouffer sous le poids des différentes pointures et des policiers armés jusqu’aux dents guident cette joyeuse procession vers la mairie. C’est là qu’il doit donner son premier discours officiel, celui qui scellera la transition tant attendue chez ses supporters. Des camionnettes blanches sont garées de part et d’autre du bâtiment et des journalistes locaux attendent de pouvoir filmer celui qui était inconnu du grand public seulement quelques jours avant les élections.

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Des joues commencent à s’humidifier et des têtes se tordent à chaque mouvement. Berat, supporter de longue date du CHP explique que pour lui, c’est la victoire de la démocratie. « Ça fait des années que je milite. Je suis heureux aujourd’hui. Vraiment heureux. » Il émet toutefois des réserves. «J’espère qu’Imamoğlu rendra le parti fier, et qu’il fera les reformes nécessaires. » 

 Du balcon de la mairie - où les équipes d’Imamoğlu sont entassées - au parvis, de la rue adjacente aux commerces lointains, tous retiennent ce qui leur reste de souffle. Emin, étudiant en sciences politiques raconte qu’il a fait le pied de grue à l’annonce du verdict. « Je viens d’une famille pas très politisée à la base, mais pour moi c’est quelque chose d’important. On a enfin gagné. Jamais je n’aurai cru que ce jour viendrait. C’est magnifique. » 

Et puis, soudainement, un bus immense arrive et se gare, le portrait de l’élu imprimé sur ses côtes. Une dizaine de policiers le protège, formant une barrière humaine autour. La foule hurle, chante et sautille. Certains se précipitent sur le véhicule, essuyant quelques coups au passage. Un petit homme chauve d’une soixantaine d’années sort par le toit, attrape un micro et commence à animer cette marée déjà bien agitée.

 

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Le concert n’est pas des plus diversifiés. Trois chansons. Une à la gloire d’Atatürk, une à la gloire d’Imamoğlu, une à la gloire du peuple. L’homme crie si fort que les veines de son cou sont semblables à de larges racines. Les spectateurs dansent, se prennent dans les bras, s’embrassent et chantent dans ce qui devient alors un karaoké improvisé. 

A 18h50, le chauffeur de salle interrompt la musique. Ça y est. Il est arrivé. Les gens se bousculent, se montent dessus et crient son prénom à l'unisson. Les journalistes des chaînes internationales jouent du coude pour le photographier. Tout est permis.

Imamoğlu sort par une petite trappe et salue ses supporters d’un geste de la main. Le chauffeur de salle lui donne un micro et le nouveau maire de 48 ans commence son discours de remerciements, les feux d’artifice battant la mesure. Asya, une trentenaire venue pour l’occasion, n’arrive pas à retenir ses larmes. Alors qu’elle s’apprête à répondre à l’une de nos questions, elle s’effondre tout en dansant.

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Le quadragénaire parle longtemps, marche le long du toit et se retourne de temps à autre afin que chacun puisse l’observer. Un sans-faute pour ses supporters. Rendez-vous en 2023 pour la présidentielle ?

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