Mercredi 20 novembre 2019
  Ne manquez plus les
dernières nouvelles
S'abonner

FRANCOPHONIE - La vision de Luc Vogin et Chloé Salut sur la langue française en Turquie

Par Lepetitjournal Istanbul | Publié le 21/03/2012 à 00:03 | Mis à jour le 05/01/2018 à 08:30

Le lycée Saint-Benoit d'Istanbul est une preuve de l'ancrage de la langue française et de son enseignement en Turquie. Fondé en 1583 par les Jésuites, il est devenu lazariste en 1783. Il est aujourd'hui composé de 900 élèves, répartis sur les classes préparatoires et les cinq niveaux de lycée, conformément aux règlementations turques. Avec 105 professeurs, représentant 12 nationalités différentes, la Francophonie est joliment représentée à Saint-Benoit. Le directeur Luc Vogin et Chloé Salut (professeur et coordinatrice de Français) nous parlent de leur établissement et de la place de la langue française en Turquie

Lepetitjournal.com d'Istanbul : Quelles sont les motivations des familles pour inscrire leurs enfants dans une école francophone ?
Luv Vogin :
Les 14 écoles étrangères en Turquie jouissent d'un prestige dû à l'ancienneté et à l'histoire, parce que ces établissements ont traversé les siècles. Il y a aussi une image de rigueur et de discipline. Une autre raison c'est le classement au niveau des points. Je pense aussi qu'il y a une grande motivation de la part des parents de donner un esprit d'ouverture à leurs enfants. Et puis il y a la motivation génétique, c'est à dire que d'autres membres de la famille ont été à Saint-Benoit avant. On a eu le cas d'une famille où quatre générations s'étaient succédé.

Luc Vogin et Chloé Salut, à Saint Benoit (photo MA)

Est-ce que la langue française a toujours autant de poids face à l'Anglais ?
L'Anglais est la langue de communication que tout le monde, quasiment, parle. Concernant le Français en Turquie, je pense que le niveau moyen a baissé. Il y a toujours de l'intérêt, mais moins de passion. Il y a beaucoup de tentations en Anglais au niveau de la musique et du cinéma. A partir de là, tirer son épingle du jeu n'est pas évident. Il y a eu une perte d'identité française, dans le sens où la politique étrangère de la France n'est pas toujours favorable à la Turquie. Et au fur et à mesure des années, ça se paie un peu. Il faut aussi évoluer au niveau de la présentation de la langue française. Prenons l'exemple de la télévision française. On voit des visages que l'on connait depuis 30 ou 40 ans. Je n'ai rien contre Adamo ou Enrico Macias mais ce n'est pas très attirant pour nos élèves. Il y a plein d'artistes nouveaux qui fonctionnent. Mais on passe à côté. Il y a une image de la francophonie qui reste un petit peu figée dans le temps et qu'il faut faire évoluer. Et c'est à nous, les acteurs francophones vivant hors de France, de la faire vivre.

Quelles sont les activités que vous organisez pour intéresser vos élèves ?
On a fait venir des personnes francophones mais non françaises. Parce que parler de la Francophonie entre Français, ça n'intéresse que les Français. Des écrivains sont venus parler de ce que leur avait apporté la langue française. Par exemple Vassilis Alexakis qui est grec ou Hoda Barakat qui est libanaise. Il y a aussi un écrivain macédonien qui est venu il y a quelques années et a expliqué comment le français l'avait conduit à faire une carrière diplomatique alors qu'il l'avait appris un peu par hasard. C'est important que nos élèves connaissent cette réalité de quelqu'un qui a vu sa vie évoluer grâce à la langue française.

Quelles sont les évènements que vous avez prévus pour la semaine de la Francophonie ?
Chloé Salut :
Le but c'est vraiment de sensibiliser les élèves à la francophonie. Cette année, les élèves et les professeurs du jumelage avec Vannes seront là la première semaine d'avril. Nos élèves travaillent sur la cuisine, chaque classe sur un pays francophone différent. Ils tiendront des petits stands dans la cour en exposant leurs recettes. Les élèves du jumelage, eux, vont faire une rue bretonne. A côté de ça, en neuvième, on travaille sur le concours des 10 mots d'or, sur le même principe que celui organisé par la Francophonie.

Quelle image avez-vous de la Francophonie en Turquie ?
C.S. :
C'est une tradition ici. Atatürk nous a beaucoup aidés à ce niveau là ! Mais j'ai l'impression que l'influence de la langue française a quand même baissé.
L.V. : Il y a toujours un noyau d'intellectuels turcs qui parlent français. Dans la génération nouvelle, il y en aura toujours mais ce sera certainement en diminution.
C.S. : A Istanbul, les cinq lycées francophones contribuent quand même à développer la langue française dans l'esprit des gens. Par rapport à d'autres pays non-francophones, la langue française a vraiment une place importante ici.

Les maisons d'éditions auprès desquelles on cherche des méthodes trouvent aussi que le contexte en Turquie est particulier, surtout par le fait qu'il y ait des lycées non français mais francophones.

L.V. : S'il y a tant de liens entre la France et la Turquie, c'est justement un peu grâce à cet ensemble de lycées francophones. Beaucoup des diplômés sont arrivés à des postes importants, en Turquie ou en France, et ils contribuent à faire vivre ces liens. On dit souvent que nos établissements sont un pont entre la France et la Turquie et on sent vraiment un partenariat fort. Pour la francophonie c'est précieux, mais pour la diplomatie aussi. La relation entre la Turquie et la France est parfois passionnelle, mais sans la contribution des établissements francophones, il y aurait beaucoup plus de distance. C'est une pierre apportée à l'édifice des relations diplomatiques. Si on regarde l'avenir de la Francophonie, le côté purement linguistique va petit à petit s'étioler. Les perceptions de la langue française sont différentes selon les personnes. Enis Batur et Hoda Barakat étaient venus en même temps à Saint-Benoit. Pour Enis Batur, il était important de garder une élite francophone pour que soit pérennisée la langue française. Alors qu'Hoda Barakat, elle, disait que le plus important était de communiquer facilement. Je crois qu'il faut peut être que l'on vise moins haut, mais qu'on touche plus de personnes pour que la communication se fasse plus facilement.
C.S. : Ici, on essaie de se situer entre les deux. La méthode FLE [Français Langue Etrangère] est récente et il y a une tradition de cours magistraux, donc maintenant il faut s'adapter. Pour certains professeurs, les activités de communication en cours sont encore secondaires car pour eux, la priorité reste la leçon de grammaire très approfondie où les élèves doivent maitriser tous les aspects. Mais petit à petit, on essaie de changer ça.

Est-ce que vous avez quelque chose à ajouter en conclusion ?
L.V.
: Ce qui a beaucoup apporté aux élèves dans l'apprentissage du Français, c'est les jumelages. Ils sont mis en place depuis 10 ans et on sent qu'il y a une réelle ouverture d'esprit.
C.S. : Dans les classes, on voit tout de suite les élèves qui ont participé au jumelage. Ils sont beaucoup plus motivés que les autres et ont un Français fluide en très peu de temps. D'ailleurs ils connaissent le langage familier et l'apprennent aux autres.
L.V. : Dans ce que l'élève va dire, il ne va pas se focaliser sur la langue française mais sur l'information qu'il veut donner. En fait, le français devient un outil et c'est bien parce qu'après ils s'approprient complètement la langue. A côté du jumelage avec Vannes, il y a celui avec un lycée francophone à Athènes. Le but c'est de mettre en contact les élèves pour qu'ils discutent en français entre eux. Parfois ça dérive un peu vers l'anglais, mais ce jumelage est important car les relations  greco-turques ne sont pas toujours très amicales et là les élèves ont l'impression de contribuer à un rapprochement.

Propos recueillis par Margaux Agnès (www.lepetitjournal.com/istanbul) mercredi 21 mars 2012

A noter : Le lycée Saint-Benoit a décidé de décaler sa semaine de la Francophonie à la première semaine d'avril, pour éviter que toutes les activités et les évènements ne soient concentrés sur une même période

lepetitjournal.com istanbul

Lepetitjournal Istanbul

L'unique média gratuit et quotidien sur internet pour les Français et francophones de Turquie et d'ailleurs!
0 Commentaire (s)Réagir

Expat Mag

TÉLÉTHON

Jonas : "La maladie m'emprisonne, mais je crois au traitement"

Jonas, jeune étudiant de 22 ans, a été diagnostiqué d’une calpaïnopathie à l’âge de 6 ans. Une maladie qui s’est installée progressivement et qui depuis l’adolescence grignote peu à peu ses muscles

Sur le même sujet