

À l'occasion du cinquantième anniversaire de l'accord migratoire franco-turc, la projection du film ?Ma mère et mon père (Annem ve babam)? avait lieu ce mardi 7 avril à l'Institut français de Turquie en partenariat avec l'association Trait d'Union. Cet événement marque l'ouverture d'un colloque intitulé ?Autour des 50 ans de l'accord migratoire franco-turc : 1965-2015? et organisé par le Consulat général de France, l'Institut français de Turquie à Istanbul, l'Institut français d'études anatoliennes (IFEA) ainsi que l'Office français de l'immigration et l'intégration (OFII). Un débat en présence de la réalisatrice Müret ??itmez est venu clore cette séance.
Gülperi et Hasan racontent leur histoire dans un film-documentaire réalisé par leur fille cadette, Müret ??itmez. Dans les années 1970, comme beaucoup de Turcs à cette époque, ils ont quitté la Turquie pour des raisons économiques. Avec le public, ils retracent pas à pas ce chemin qui les a conduit vers ce nouveau pays qui leur est totalement étranger. Ils livrent des secrets profondément enfouis, tellement enfouis que, parfois, leurs propres enfants découvrent certaines vérités avec le public inconnu. Séparément, ils font la narration d'une histoire qu'ils ont vécue.
Nous retrouvons Gülperi en Turquie, sur les traces de sa famille dont il ne reste quasiment plus personne. Ses grands-parents sont morts, ainsi que ses oncles, ses tantes et son père. Elle explique sa solitude notamment lorsque sa s?ur n'a encore que deux ans et que sa mère doit se remarier. Elle raconte, combien cette dernière était dure : elle lui interdisait de jouer avec ses camarades et d'aller à cette école qu'elle adorait tant? Elle se retrouve isolée, sans père, sans école, sans amis et quasiment sans famille.
Hasan, quant à lui, nous le retrouvons dans la banlieue de Strasbourg, en France. Dès ses premiers mots, il évoque chez le public du courage et beaucoup nostalgie. Désormais à la retraite, Hasan a assez de temps pour nous raconter son histoire? Il a commencé peu à peu à travailler dans son village dès qu'il en était capable : c'est-à-dire vers l'âge de dix ans. Rapidement, il va devoir travailler sans relâche cette fois pour subvenir aux besoins de toute sa famille car le destin va lui reprendre ses deux frères adorés, qu'il pleure encore cinquante ans plus tard. Gülperi et Hasan se rencontrent puis tombent éperdument amoureux. Là commence ce long chemin, incertain et périlleux, que le couple emprunte sans même s'en rendre compte. La nécessité oblige Hasan à partir loin de sa famille, parfois à quelques centaines de kilomètres (comme c'était le cas pour Adana) et parfois à plusieurs milliers de kilomètres (comme c'était cas pour la France).
Plus que les conditions de vie difficiles, c'est la distance entre eux qui fera souffrir Gülperi et Hasan...
Le film retrace ces histoires croisées entre deux personnes unies pour la vie qui souffriront plus de la distance que des conditions de vie difficiles. Gülperi déménagera des dizaines de fois en Turquie avant de rejoindre son époux à Strasbourg, car Hasan a demandé le regroupement familial, il se sentait ?seul et malheureux?. Si, au départ, il pensait rentrer ?au pays? au bout de quelques années, il s'étonne toujours : ?jamais je n'aurais cru finir ma vie ici??.
À coup de A??k Veysel, cet amoureux de la poésie et du chant révèle à sa fille qu'il aurait voulu être professeur, inventer des choses, écrire et lire de beaux discours, changer le monde ! Mais la vie en a décidé autrement pour Hasan. Il pleure ses camarades, ses amis, sa jeunesse qu'il n'a pas vu passer. Quant à Gülperi, ses débuts en France ont été extrêmement difficiles pour elle. La barrière de la langue restera la chose la plus marquante dans le récit de son expérience. Mais rapidement, elle s'est adaptée à l'environnement, au pays et à la langue.
Le film se situe entre nostalgie, douleur et réflexion. Car si la mélodie des Alevis ?zaza? qui nous transporte et nous transcende, de nombreuses thématiques sont abordées au terme des histoires rapportées par le couple : telles que les conditions de vie des ouvriers immigrés en France, l'intégration des populations immigrées dans les villes françaises, l'éducation des enfants, la reconnaissance de la main d'?uvre étrangère, les questions relatives à la famille, à l'éducation ainsi qu'au développement économique?
Ce film est un ?bel hommage rendu à la population immigrée en générale?

De gauche à droite, le producteur du film, la réalisatrice Müret ??itmez et Yasin Seker de Trait d'union (photo SD)
Lors du débat qui a suivi la projection du film, Müret ??itmez nous révèle les coulisses du tournage. ?Mes parents n'ont pas voulu être filmés au départ, car cela n'est pas dans leur culture, ils sont pudiques? mais j'ai réussi à les convaincre ! Ils racontaient leur histoire facilement car ils étaient entièrement plongés dans leur passé...? explique-t-elle.
Ce film est venu à la fois consacrer plusieurs années d'études mais il a aussi renforcé les liens entre des enfants et leurs parents. ?Mes parents, ainsi que mes frères et s?urs étaient émus, ils n'ont rien dit après avoir visionné le film. Le silence en dit parfois beaucoup?. Fière du résultat, elle cite une critique parue dans le journal Le Monde ?bel hommage rendu à la population immigrée en générale?.
Shadia Darhouche (www.lepetitjournal.com/Istanbul) jeudi 9 avril 2015
Note : le film n'est diffusé qu'en France pour le moment. Pour aller plus loin :











































