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INTERVIEW - Barth Niava, fondateur du Centre Culturel Africain d'Oslo

Depuis plus de 30 ans, le Centre Culturel Africain d'Oslo (CAK) initie le public norvégien à la richesse de la culture africaine. Militant de l'interculturalité, son directeur artistique et fondateur Barth Niava est convaincu que le dialogue entre les peuples passe par la rencontre et une meilleure connaissance mutuelle

Barth Niava : « Nous contribuons à développer le dialogue entre les peuples » (photo : Sophie Bailly)

Expositions, cours de danse et de percussions, concerts, spectacles, conférences, défilés... Le Centre Culturel Africain d'Oslo (CAK) propose depuis plus de trente ans une belle diversité de manifestations et d'animations. Elles ont pour but d'initier le public norvégien à la richesse de la culturelle africaine. Le Petit Journal a rencontré Barth Niava, son directeur artistique et fondateur, militant convaincu de l'interculturalité. Il a découvert la Norvège lors de ses études au conservatoire de musique en Côte d'Ivoire. Au programme figurait à l'époque le courant romantique en Europe. Barth Niava a choisi pour sujet de mémoire le poème symphonique d'Edvard Grieg, Peer Gynt. Il est venu étudier en Norvège et y a finalement fait sa vie.

Comment vous est venue l'idée de créer, à Oslo, un centre culturel africain ?
Issu d'un milieu intellectuel avec un père syndicaliste, j'ai toujours baigné dans une forme de militantisme. Avec un groupe d'étudiants à Oslo, nous avons fondé le CAK en 1977. C'est une fondation à but non lucratif qui s'inspire de la Déclaration des principes de la coopération culturelle internationale de l'Unesco, édictée en 1966. L'article 5 de ce texte dit, entre autres, que l'échange de connaissances et de savoir entre les peuples est un droit et un devoir. Suivre un cours de danse au CAK aujourd'hui, c'est participer activement à cet échange culturel et partager des valeurs.

Vous faites de 2009, l'année du Mozambique. En quoi cela consiste ?
Tous les ans, notre comité directeur détermine un pays africain comme thème. Nous le faisons découvrir au public sous trois angles : sa littérature, ses arts et son histoire. Pour le Mozambique, le programme est en cours d'élaboration mais nous savons déjà que nous recevrons en mai-juin les Ballets Nationaux du Mozambique, un beau spectacle en perspective !

Les journées de la Francophonie auront lieu en mars. Quelle est l'implication du CAK ?
Sur les 54 pays d'Afrique, 29 sont francophones ! Le CAK participe depuis 2001 au comité de pilotage. Pendant le Festival, nos locaux deviennent un lieu de projection de films réalisés dans les pays de la francophonie. Les projections sont introduites à tour de rôle par les ambassades partenaires qui viennent expliquer au public ce qu'est la francophonie ainsi que l'implication de leur pays respectif au sein de l'organisation. En l'occurrence, la francophonie ce n'est pas seulement la promotion de la langue française dans le monde, c'est aussi le partage des valeurs de démocratie, de paix et de droits de l'Homme.

Tous les samedis après-midi depuis 30 ans, les enfants participent à des animations africaines (photo © CAK) 

Avec près de 600 élèves par an, vos cours de danse africaine rencontrent un grand succès. Que viennent y chercher les Norvégiens ?

Au départ, ils ont une idée assez floue de la danse africaine, voire caricaturale avec le pagne en raphia ! Bien sûr, ils viennent chercher le sens du rythme et une certaine euphorie africaine. A l'arrivée, ils découvrent un véritable enseignement, dans un cadre social engagé. Ceux qui ne l'entendent pas ainsi nous quittent, pour les autres, nous avons acquis une vraie image de sérieux et de qualité. Ce qui est particulièrement intéressant avec les Norvégiens, c'est qu'ils sont assez « bruts », vierges de toute idée préconçue. Du coup, ils sont des élèves très attentifs en cours, beaucoup moins analytiques que les Français !

Après 30 ans avec le CAK, vous avez largement contribué à transmettre votre culture.
Que vous reste-t-il à faire ?
Je souhaite continuer de valoriser les apports de la diaspora africaine dans le monde. On minimise, ou on oublie parfois, les apports de l'Afrique dans le développement de la culture universelle. Savez-vous par exemple que le tango argentin est à l'origine... africain ! Le mot tango signifie « lieu de rencontre » en Bantou, en référence à une danse rituelle d'Afrique centrale, le candombé. On l'a retrouvé lors des carnavals d'Amérique latine, mais considéré comme trop noir, le tango a été banni dans les années 40 par le péronisme en Argentine... pour être recodifié et réintroduit dans sa forme actuelle. Le malheur pour l'Afrique aujourd'hui, c'est que les détenteurs du savoir traditionnel, à force de ce phénomène « d'encapsulation », ont cessé de transmettre. C'est pourquoi, en ce qui concerne nos programmes au CAK, nous allons chercher nos intervenants à la source, souvent dans des milieux ruraux afin d'offrir à la Norvège une Afrique authentique. Le choc culturel est garanti !
Propos recueillis par Sophie BAILLY (www.lepetitjournal.com Oslo) mardi 17 février 2009

Pour en savoir plus : www.cak.no
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