Juifs et Musulmans, de la France coloniale à nos jours: comprendre pour vivre ensemble

Juifs et Musulmans, de la France coloniale à nos jours: comprendre pour vivre ensemble

Juifs et Musulmans : de la France coloniale à nos jours

L’histoire entre le Judaïsme, l’Islam et la France fait l’objet d’une exposition fleuve au musée national de l’Histoire de l’immigration à Paris. Une histoire troublée et troublante qui fait couler beaucoup d’encre mais qui oublie parfois une dimension pourtant simple : quelle est la part de responsabilité de l’Etat français dans l’état des relations judéo-musulmanes ?

 

C’est un regard apaisé et documenté, que propose le Palais de la Porte Dorée sur un sujet brûlant : l’histoire et les liens qui unissent et défont les juifs et les musulmans en France. La France est aujourd’hui le pays d’Europe qui compte les populations juive et musulmane les plus importantes du continent. L’histoire des relations entre juifs et musulmans en France prend sa source dans l’espace colonial du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie) et se poursuit en France métropolitaine depuis les années 1960. L’exposition se veut donc un parcours chronologique qui décrypte les grands évènements qui ont marqué l’histoire entre la France et les pays du Maghreb.

« Cette exposition cristallise des années de travail », précise Karima Dirèche, historienne et commissaire associée à l’exposition avec Benjamin Stora et Mathias Dreyfuss.

 

Moses Levy, Marchand de poissons tunisien, huile sur toile, 1944 © Collection particulière, Adagp, Paris, 2022
Moses Levy, Marchand de poissons tunisien, huile sur toile, 1944
© Collection particulière, Adagp, Paris, 2022

 

La colonisation comme dynamitage des relations judéo-musulmanes

Après avoir partagé les mêmes langues (arabe et berbère) et la même culture pendant près d’un millénaire, les juifs et les musulmans du Maghreb voient leurs destins collectifs bouleversés par la colonisation française. La conquête violente de l’Algérie, puis la mise sous protectorat de la Tunisie (1881) et du Maroc (1912) transforment les sociétés maghrébines sur le plan religieux, politique, économique et culturel. Ces évolutions tendent tantôt à rapprocher juifs et musulmans dans une même communauté de destin, tantôt au contraire à les séparer selon différentes lignes de fracture, notamment juridiques et à les pousser à quitter leur terre natale. Le décret Crémieux instauré dans le Nord de l’Algérie en 1870 accorde ainsi la nationalité française aux 35.000 juifs d’Algérie, mais pas aux 3 millions de musulmans qui conservent le statut d’indigène. Une décision qui sera vivement contestée en Algérie, par les musulmans mais aussi les colons et qui provoquera une vague d’antisémitisme dans le pays.

 

L’immigration en France creuse davantage le fossé

Malgré de nombreux points communs, la séparation se creuse et notamment au sein des populations immigrées en France après les différentes indépendances. Les juifs du Maghreb font tôt le choix de l’intégration politique à la République. Ce choix est favorisé par le fait qu’en France, les juifs sont reconnus comme citoyens depuis 1791. Ce cheminement est plus progressif chez les musulmans, la différence de statut juridique pesant fortement sur leurs trajectoires. La violence de la Guerre en Algérie, le conflit israélo-arabe ou encore les différences de politiques d’accueil entre les immigrés juifs ou musulmans jouent sur les relations entre les deux communautés. Souvent considérés comme des « frères ennemis », cette exposition démontre la responsabilité de la France dans cette narration. « L’expression frères ennemis est finalement révélatrice d’une position paternaliste de la France envers deux peuples qu’elle considère d’une manière condescendante comme ses « enfants » », souligne Mathias Dreyfuss.

 

Découvrir cette histoire commune et rappeler la part de responsabilité de la France dans la création d’un communautarisme destructeur, voici tout l’enjeu de cette exposition importante, dans cette période toujours sombre pour les relations judéo-musulmanes en France. « Cette exposition permet un regard apaisé sur une histoire souvent caricaturée. À travers la connaissance et la compréhension de cette histoire partagée, de cette mémoire plurielle, elle a pour but de contribuer au vivre ensemble », souligne Sébastien Gökalp, directeur du Musée national de l’histoire de l’immigration.

Infos pratiques  

Dates

Du
au

Horaires

Du mardi au vendredi de 10h à 17h30
Samedi et dimanche de 10h à 19h

Nocturne les mercredis jusqu'à 21h