

Médaillé de bronze du 100 m brasse aux Jeux olympiques d'Athènes en 2004, double médaillé de bronze du 100 m et 200 m brasse à Pékin en 2008, Hugues Duboscq a vécu les Jeux de Londres dans un tout autre rôle. C'est en tant que capitaine et remplaçant qu'il a accompagné la formidable réussite de l'équipe de France de natation. À 31 ans, sans aucun regret, il se confie sur la façon dont il a vécu cette dernière olympiade et revient sur la formidable réussite des nageurs français
(Crédit : AFP)
Lepetitjournal.com - Comment avez-vous vécu vos derniers Jeux Olympiques ?
Hugues Duboscq - C'était des Jeux un peu particulier par rapport à d'habitude. J'étais là en tant que remplaçant et je savais depuis le début que j'avais très peu de chances de participer au relais. J'ai quand même joué le jeu jusqu'au bout. J'ai continué à m'entrainer tous les jours au cas où. Je ne voulais surtout pas avoir de regret si l'on faisait appel à moi.
Vous étiez également le capitaine de cette équipe de France de natation. Concrètement, quel était votre rôle ?
J'ai joué mon rôle d'ancien. Le capitaine est la personne vers laquelle se tourne les nageurs dès qu'ils ont une interrogation ou une appréhension. J'ai eu à apporter ma connaissance des Jeux aux plus jeunes. Quand on était en stage à Dunkerque avant les Jeux par exemple, beaucoup de nageurs me posaient des questions sur comment les choses allaient se dérouler à Londres. Il fallait leur répondre, les rassurer, leur expliquer les pièges à éviter.
Quand on a l'habitude de participer aux Jeux et même de monter sur les podiums, est-ce que ce n'est pas difficile de regarder les copains gagner ?
Non ce n'est pas dur. Je m'y étais fait et je suis content d'avoir pu vivre ces Jeux de l'intérieur. Cela aurait été beaucoup plus difficile devant ma télé. Là, j'ai vraiment vécu ça avec eux. Il y a une période où je me suis quand même demandé ce que je faisais dans cette équipe mais ça n'a pas duré. Je n'avais pas un rôle d'acteur comme les nageurs mais un autre qui était lui aussi important. Il fallait à chaque fois que je me répète que j'étais surtout là pour aider les autres.
En tant que capitaine, vous avez été le seul nageur à participer à la cérémonie d'ouverture. Comment avez-vous vécu ce moment ?
C'était magique. C'est le moment où l'équipe de France olympique fait cohésion. On est tous ensemble, on discute tous, on fait des photos?C'est là que la mayonnaise prends. Vient ensuite le moment où on découvre le stade, quand on sort du tunnel et qu'on rentre dans l'arène. Pendant plusieurs mètres, on ne touche plus terre?C'est l'euphorie totale et tout le monde est comme un gamin. Même ceux qui ont fait plusieurs cérémonies d'ouverture, j'ai eu l'impression qu'ils étaient comme moi et qu'ils découvraient tout.
Comment jugez-vous la performance de l'équipe de France de natation ?
C'est un bilan hallucinant. L'objectif que s'était fixé la fédération était de faire au moins aussi bien qu'à Pékin. Là, c'est une médaille de plus mais surtout quatre titres. Je ne dirais pas que c'est inespéré parce que ça fait des années qu'on se bat pour ça mais la concrétisation est magnifique. Depuis 2004, l'équipe courait après ce titre en relais?Camille et Yannick étaient imbattables et la surprise de Florent est superbe.

Comment expliquez-vous cette réussite ?
C'est un groupe et une construction sur le long terme. On n'arrive pas à ces résultats du jour au lendemain. Je me rappelle la décision de Claude Fauquet, le Directeur technique national en 2000, qui avait mis des critères de sélection très élevés. Nous n'étions que 5 à partir mais il avait tenu tête à tout le monde même quand Roxana Maracineanu, qui était vice-championne olympique en titre, avait manqué la qualification. Tout le monde disait qu'il fallait la repêcher mais pas lui. Il est resté droit dans ses baskets et je pense que c'est cette rigueur qui a posé les bases de la réussite à Athènes. Christian Donzé a ensuite pris le relais avec une génération dorée. Les Niçois sont là, Yannick est tout jeune et peut être là pendant des années. Et puis il y a aussi des plus anciens mais qui ont encore faim comme Grégory Mallet qui se voit bien dans quatre ans à Rio.
Vous avez participé à quatre olympiades. Laquelle vous a le plus marqué ?
Les Jeux qui marquent le plus sont bien sûr les premiers. En 2000, j'avais 19 ans, à Sydney, pays de la natation et des kangourous à l'autre bout de la planète?Chaque olympiade est différente et de toute façon magique. Quand on est aux Jeux Olympiques, on est plus vraiment sur la planète Terre. On est coupé du monde.
Qu'est ce qui vous a marqué à Londres en terme d'organisation ou d'infrastructures ?
Le village olympique était vraiment bien car à taille humaine. On n'avait pas besoin de beaucoup marcher pour aller se restaurer ou prendre le bus. C'est un gros avantage. Les logements étaient très biens, confortables. La piscine était aussi très impressionnante, notamment le fait de passer de 17.000 places en compétition à seulement 2 500 après les Jeux. Ils ont eu totalement raison de penser à l'après JO. Malheureusement, à part pour les échauffements, je n'ai pas trop nagé dedans?mais à priori, elle était pas mal!
Quel bilan tirez-vous de votre carrière ?
Le bilan, je ne l'ai pas encore fait. Je me suis éclaté tout au long de ma carrière. Depuis tout jeune jusqu'à maintenant. Les dernières années ont été un peu plus difficile parce qu'avec l'âge, on récupère forcément un peu moins bien. J'avais aussi quelques petits problèmes de technique de nage donc je me suis un peu moins amusé mais ça a été rattrapé par le côté spectateur dans lequel je me suis régalé en étant aux avant-postes. Je sais que l'apothéose, c'était vraiment aux Jeux de Pékin. C'est là que le me suis le plus épanouie sportivement.
Comment se prépare l'après-carrière ?
Pour moi, c'est l'école de sous-officier de gendarmerie. Je vais aller un an à l'école puis j'espère ensuite me spécialiser en tant que plongeur dans la gendarmerie. Je reste dans l'élément liquide?C'est mon truc!
Propos recueillis par Simon Gleize (www.lepetitjournal.com/jeux-olympiques) Jeudi 16 août 2012




































