Emmanuel Bonin: "Une rentrée scolaire 100 % en présentiel à Hong Kong"

Par Mathis Nicod | Publié le 09/10/2022 à 15:15 | Mis à jour le 10/10/2022 à 09:36
Photo : Emmanuel Bonin dans une classe du LFI en septembre 2022
Lycée français international hong kong emmanuel bonin

C’est dans son bureau sur le campus de Blue Pool Road, sur les hauteurs de l’île de Hong Kong, que nous reçoit Emmanuel Bonin, directeur du Lycée Français International de Hong Kong depuis août 2022, pour parler de son expérience passée et des défis actuels et futurs de l'établissement.

 

Un nouveau chef d’établissement passionné et expérimenté

Emmanuel Bonin
Dr. Emmanuel Bonin / Photo LFI

 

Qui êtes-vous, d’où venez-vous ? 

Je m’appelle Emmanuel Bonin, je suis le nouveau chef d’établissement du Lycée Français International de Hong Kong. Cela fait 25 ans que je travaille dans l’éducation, j’ai toujours été à l’école comme beaucoup d’éducateurs : j’ai été élève, puis j’ai fait mes études, je suis devenu professeur et j’ai enseigné pendant des années à la Sorbonne. Lorsque j’ai déménagé aux Etats-Unis, j’ai travaillé au Lycée International de Los Angeles pendant douze ans, puis j’ai passé 6 ans à l’école américaine de Shanghai.

Qu’avez-vous étudié ? 

J’ai fait les Classes Préparatoires aux grandes Ecoles en France, en hypokhâgne au Lycée Lakanal en région parisienne, puis j’ai fait des études d’histoire à la Sorbonne, où j’ai obtenu une maitrise puis un master. J’ai obtenu un deuxième master en cinéma et j’ai clôturé par un doctorat en éducation à la Univesity of Southern California (USC). 

Question candide que l’on s’est tous posé en tant qu’élève : qu’est-ce que ça fait de ne jamais quitter l’école ?

[rires] Ce n’est pas tout à fait vrai dans mon cas : j’ai eu plusieurs fois l’occasion de prendre une année, d’arrêter d’enseigner et de réaliser, avec passion, un projet. La dernière fois que j’ai fait cela, j’ai vécu une année à Hawaï où j’ai réalisé un court métrage. Cela m’a aussi permis d’y élever mon fils, alors en CM2, et d’apprendre à surfer avec lui. 

Professionnellement, j’ai toujours été dans l’enseignement et je me suis chaque fois senti dans mon élément en revenant après une année de pause. J’étais à Shanghai l’année dernière, le printemps a été difficile, nous sommes restés enfermés pendant des mois, nous ne sommes pas allés sur les campus, nous n’avons pas vu d’élèves. Le 7 septembre, ici à Hong Kong, c’était comme une bouffée d’air frais et de bonheur de revoir professeurs et élèves.

Le 7 septembre, ici à Hong Kong, c’était comme une bouffée d’air frais et de bonheur de revoir professeurs et élèves.

 

Nous ne sommes pas incohérents en disant que l’enseignement vous passionne. Pourquoi ? 

C’est une bonne question, il y a plusieurs éléments. 

Au départ, cela a commencé par une passion pour l’histoire, matière que j’enseignais à l’université lorsque j’étais chercheur. 

Dans le secondaire, c’est la transmission, en tant que professeur, et comme père à titre personnel. Une des contributions que je pouvais faire à la société, au monde, c’est de transmettre un savoir, des compétences. 

Ma passion a aussi été celle de se poser la question : comment je peux avoir un impact ? Je sentais que j’avais un impact auprès des élèves chaque année dans ma salle de classe, mais c’est très vite limité, en nombre. En passant à la direction, on a le sentiment de pouvoir, par ses actions, impacter un plus grand nombre. Dans le cas du LFI, entre nos 2500 élèves, nos 400 employés et les parents de nos élèves, c’est une communauté de 8 à 10 000 personnes à la tête de laquelle je dois marquer le cap. Les décisions que je prends impactent ces personnes, et donc cette notion est très importante. 

C’est une communauté de 8 à 10 000 personnes à la tête de laquelle je dois marquer le cap

 

A ce propos : Quelle sont vos ambitions et quelle place voulez-vous prendre au sein de la communauté française ?

Je n’ai pas d’ambitions personnelles, je m’efface derrière ma fonction et ma place dans la communauté. Ceci étant dit, et avec beaucoup d’humilité et de sens des responsabilités, je suis parfaitement conscient d’être parmi les personnes de la communauté française qui sont les plus visibles. 

J’ai pu sentir, depuis un mois et demi, une volonté de la part de la communauté française de redynamiser la présence française à Hong Kong, de saisir les opportunités offertes par les changements, notamment la politique sanitaire. Mon ambition c’est donc de contribuer à saisir le dynamisme que je ressens dans la communauté française, après des années difficiles. Le chef d’établissement du lycée français à un rôle à jouer, un rôle d’exemplarité, dans l’ouverture, la communication, la présence. Je souhaite être très présent aux yeux de la communauté et je remercie d’ailleurs le Petit Journal de me donner l’opportunité d’aller auprès des lecteurs.

 

La rentrée au Lycée Français International

Quelle expérience apportez-vous au LFI à Hong Kong ? Qu’avez-vous appris de vos années à Los Angeles et à Shanghai ?

Sur les années passées à Shanghai, j’ai appris la direction d’une école internationale dans un contexte de règles chinoises. De ce point de vue-là, j’ai un avantage par rapport à quelqu’un qui arriverait directement de France, y compris celui de la langue : je parle un peu mandarin. D’un point de vue culturel, linguistique mais aussi politique, mon expérience à Shanghai m’aide. 

Sur l’aspect éducatif, j’ai enseigné moi-même dans la filière française et la filière « baccalauréat internationale (IB) » à Los Angeles, j’ai été directeur académique d’une école très similaire au LFI, avec les deux filières. Ce sont deux systèmes d’éducation que je connais donc très bien. Je pense que je peux aider les deux filières, que l’on voit parfois comme deux écoles distinctes, à travailler plus en coordination. Ce fut déjà le cas à Los Angeles avec 5 campus et à Shanghai, où la communauté est divisée géographiquement. 

Shanghai American School
Une entrée de la Shanghai American School / Site de la S.A.S

 

 

Quelles sont les nouveautés pour cette année scolaire 2022 2023 ?

La nouveauté principale : nous avons pu faire la rentrée sur nos campus 100% en présentiel. La seule contrainte est celle du masque, d’autant plus contraignante que c’est l’un des seuls endroits au monde où cela est encore en place. 

Nous avons un nouveau projet d'école qui a été adopté au printemps dernier ainsi qu'un plan stratégique adopté par le Conseil d'administration. Mon rôle cette année en tant que nouveau chef d'établissement c'est d’écouter, d'apprendre et surtout de travailler avec les équipes pour faire les ajustements nécessaires à ces plans. Je vous donne rendez-vous dans un an.

Nous avons un projet commun aux 4 divisions (filière française et internationale, primaire et secondaire) qui est le bien-être des élèves, l'aspect psychologique et social de l'éducation. Après 2 années de COVID où les enfants se sont beaucoup retrouvés à la maison, nous nous rendons compte, à tous les niveaux, le besoin énorme qu'il y a d'assurer le suivi et le bien-être des élèves et de développer les compétences sociales. C'est parfois difficile pour les enfants qui sont restés de longs mois avec les parents à la maison de devoir réapprendre à être en société, à travailler ensemble, à collaborer. 

Autrement, je suis le premier chef d’établissement à avoir été recruté par le Conseil d’Administration de l’Ecole, de manière indépendante et sur la base de recherches internationales compétitives. Mes prédécesseurs, dont je salue le travail formidable, étaient envoyés par Paris, dans le cadre d’un établissement conventionné. Ils restaient peut-être trois ans, et repartaient.
 
L'éducation française, peu importe la filière, est une éducation qui attire, nous avons plus de 40 nationalités. Notre priorité est de nous poser la question : « comment va-t-on faire pour maintenir cette attractivité vis-à-vis de l'ensemble de la communauté française mais aussi de la communauté internationale ? »

 

campus Tseung Kwan O TKO LFI hong kong
Le campus de Tseung Kwan O, qui accueil cette année des élèves en maternelle, primaire et des collégiens de la filière française. Photo LFI

 

Les mesures sanitaires actuelles

Pour rappel, quelles sont procédures sanitaires actuellement en place ? 

Nous sommes en adéquation avec toutes les mesures gouvernementales, c'est la première chose. 
Tous les élèves et tout le personnel doivent se soumettre à un test quotidien et rapporter le résultat de ce test sur une fiche qu’ils rapportent à l'accueil. C’est très pratique pour le nouveau chef d’établissement que je suis, je me mets tous les matins à l'entrée de l'école et j'apprends à connaître les élèves de cette manière, en les accueillant et en lisant leur prénom sur les fiches. 

Nous avons eu quelques cas de COVID et de cas contacts depuis la rentrée, chez les élèves ou les enseignants, ce qui signifie des absences de 3 à 7 jours ou plus selon la gravité du cas. Pour les professeurs nous trouvons des remplacements et pour les élèves, nous mettons toutes les ressources en ligne pour pouvoir assurer la continuité pédagogique. Nous croisons les doigts pour ne pas atteindre les seuils au-dessus desquels le bureau de l'éducation décide nous oblige à fermer des classes [10% d’un classe positive], ou l’établissement [5% de l’établissement]. 5% c'est environ 120 à 130 élèves, nous en sommes loin aujourd'hui avec 2 ou 3 cas. La fermeture d’une classe, c’est arrivé dans d'autres écoles internationales donc nous sommes très vigilants.

Les élèves portent le masque tout le temps comme les professeurs, à part dans certaines activités que nous appelons « de haute et moyenne intensité » en EPS, pour les élèves vaccinés. Les élèves non vaccinés ne peuvent participer à ces activités.
Le pass vaccinal s’applique depuis le 30 sept aux plus de 5 ans. Cela impact les activités extra-scolaires. Comment avez-vous mis cela en place ? 

Les activités extrascolaires sont pour nous la principale contrainte : dans tout ce qui est scolaire, nous pouvons intégrer tous les enfants, mais dans les activités extrascolaires, nous sommes obligés de n'accepter que les élèves vaccinés. C'est le choix des parents de ne pas vacciner leur enfant et nous le respectons, mais nous ne sommes pas autorisés à les accepter en activité extrascolaire.

 

Un dernier mot ? 

Je voudrais dire à tous les lecteurs à quel point je me réjouis d'être arrivé à Hong Kong et de découvrir ce formidable établissement qu’est le LFI. Je dirais à titre personnel, qu’après 6 années passées dans un établissement qui n'avait plus aucun lien avec la communauté française, à quel point j'étais enthousiaste de rejoindre la communauté de Hong Kong et d'y jouer un rôle moteur. J’aimerais clore sur l'extrême optimisme dont je veux faire preuve pour l'ensemble de la communauté en espérant qu'un maximum de gens nous fassent confiance pour nous confier l'éducation de leurs enfants.

J’aimerais clore sur l'extrême optimisme dont je veux faire preuve pour l'ensemble de la communauté 

mathis nicod

Mathis Nicod

Mathis est étudiant à Sciences Po Aix-en-Provence et en stage pour 6 mois à Hong Kong à partir de septembre 2022. Il couvre la vie étudiante, la politique, le sport et participe à l'organisation des trophées des Français de l'Asie de l'Est.
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Didier Pujol

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