Édition internationale

Poignées, volant ,vitesse... la Chine change les règles pour les voitures

En décidant d’interdire les poignées de portes rétractables à partir du 1er janvier 2027, la Chine risque de changer la conception des voitures au niveau mondial. Elle ne compte d’ailleurs pas s’arrêter là.

Shanghai poignées de portes normes TeslaShanghai poignées de portes normes Tesla
Tesla (ici une Model S), avec ses poignées rétractables et ses volants "yoke", va devoir s'adapter aux normes chinoises (photo wbaiv sur CreativeCommons).
Écrit par Guillaume Clément
Publié le 1 mars 2026, mis à jour le 20 février 2026

Poignées pas d’amour

Cela a été l’accident de trop. Fin 2025, à Chengdu, une voiture électrique Xiaomi a pris feu à Chengdu. Les passants n’ont pas réussi à actionner les poignées rétractables, et le conducteur est mort. Déjà, en novembre 2024, en Californie, trois des quatre passagers d’une Tesla avaient péri carbonisés faute d’avoir pu ouvrir des poignées similaires, aussi appelées affleurantes. Le quatrième n’avait été sauvé qu’après la casse d’une vitre par les secours. En effet, ce système de poignées rétractables, justement lancé par Tesla en 2012 sur son modèle C, peut vite devenir un piège. Les portes sont censées s’ouvrir à travers une clé électronique, un téléphone mobile ou une simple pression manuelle, mais restent désespérément bloquées en cas de panne.

De ce fait, le ministère chinois de l’Industrie et des Technologies de l’Information (MIIT) a annoncé qu’à compter du 1er janvier 2027, tous les véhicules vendus dans le pays devront être équipés de poignées extérieures et intérieures classiques à déclenchement mécanique. Cela provoquera un énorme changement dans les lignes de productions automobiles, car, actuellement, 60% des véhicules électriques et hybrides chinois sont dotés de telles poignées rétractables.

Comme les constructeurs doivent souvent adapter leurs modèles aux marchés dominants, il y a fort à parier que cette norme chinoise devienne mondiale. De toutes façons, aux Etats-Unis, la National Highway Traffic Administration a également lancé une enquête contre 174000 Tesla Model Y équipées de poignées rétractables. En Europe, la Commission européenne s’en remettra aux conclusions du Groupe de travail de sécurité passive (GRSP) de l’ONU, qui travaille aussi sur le sujet.

Volants yoke, dernier tour

De leurs côtés, Pékin et Washington n’ont pas pour habitude d’attendre les recommandations du GRSP. Leurs deux marchés représentent tellement de clients que les constructeurs adoptent aussitôt leurs normes.

Sur ce plan, Pékin compte donc enchaîner d’autres modifications réglementaires dans le but de protéger les automobilistes et les passants. Après les poignées affleurantes, un autre symbole de Tesla et des voitures électriques est dans le viseur des autorités chinoises : le volant yoke qui donne l’impression d’une voiture de course, mais qui peut projeter des pièces en métal ou en plastique en cas de déclenchement de l’airbag. Ces volants quasi-rectangulaires peuvent aussi se révéler moins maniables quand les angles de braquage sont importants et peuvent davantage entraîner des contacts involontaires.

Là aussi, la date du 1er janvier 2027 a été citée par le MIIT pour un nouveau protocole de test qui rendrait les volants yoke quasiment impossibles à homologuer. En effet, il faudrait des essais sur des points précis de la couronne du volant qui… n’existent pas sur les volants yoke !

Accélération à décélérer

Un troisième point symbolique des voitures électriques de sport pourrait aussi disparaître : l’accélération trop rapide au démarrage. Actuellement, la Xiaomi SU7 Ultra passe de 0 à 100 km/h en 1,98 seconde, contre 2,02 pour la Zeekr 001 FR, et 2,1 pour la Tesla Model S Plaid. Le projet de norme chinoise GB 7258-2017, qui régule aussi les poignées rétractables, vise à faire en sorte que, par défaut, les voitures particulières devront prendre au moins 5 secondes pour passer de 0 à 100 km/h. Il faudra que le conducteur active un mode plus performant à chaque trajet pour pouvoir utiliser pleinement les capacités d’accélération de la voiture.

Tout cela risque encore de faire diverger les normes des voitures entre Hong Kong et le Mainland. Or, depuis décembre 2025 et l’ouverture du projet qui autorise jusqu’à 100 voitures du Guangdong à venir chaque jour à Hong Kong par le pont de Zhuhai et Macao, le département des transports a par exemple dû rappeler que les systèmes de conduite automatique devaient être désactivés dans le Port aux Parfums. Par ailleurs, un membre du Conseil législatif, Chan Siu-Hung, a fait remarquer une rupture d’égalité entre les voitures hongkongaises, qui n’ont pas le droit d’avoir des vitres teintées, et les véhicules aux plaques « FT », qui les utilisent pour réduire leurs consommations d’énergie et éviter les rayons du soleil. Le débat sur les normes automobiles du Mainland risque donc de rebondir très vite dans d’autres entités juridiques, à commencer par Hong Kong.

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