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Faut-il avoir peur du coronavirus?

Par Patricia Herau-Yang | Publié le 09/02/2020 à 14:00 | Mis à jour le 10/02/2020 à 01:15
Photo : Petit mais costaud, vraiment?
Faits sur le coronavirus de Wuhan

Les articles se succèdent sur le coronavirus, les rumeurs aussi. Garder son sang-froid peut sembler une gageure quand on parle de santé. Pourtant, si on ne sait pas encore tout sur la mystérieuse pneumonie de Wuhan, les premiers rapports d’experts sont disponibles et pour l’instant, pas si alarmistes.  

Une virulence qui reste à prouver

Il s’agit d’un virus d’origine animale qui s’est s’adapté à l’humain. Il reste à prouver qu’il se stabilisera dans notre espèce: son cousin le SARS était un cul-de-sac génétique et est aujourd’hui éradiqué. Un facteur important qu’il faudra suivre est le taux de transmission. Il est aujourd’hui de 2 personnes (1 malade transmet le virus à 2 personnes), contre 12 pour la rougeole par exemple. Le nombre exact de cas et les chaînes de transmission sont méconnues, mais le taux de transmission se situe entre 1.5 et 3.5 personnes. Si nous nous trouvons en haut en bas de l'échelle, ce chiffre changera complètement l’importance de l’épidémie. Enfin, dans dans toute épidémie ce taux baisse au cours du temps, on n'est donc pas toujours dans une augmentation exponentielle comme on peut le lire.

Le lieu exact dans les poumons où le virus s’installe (épithélium supérieur ou inférieur) est aussi en cours de clarification: ce lieu nous en dira plus sur le mode de transmission et la stabilité (ou pas) du virus.

Une population malade très particulière

La situation environnementale et épidémiologique à Wuhan est très particulière. La ville est très dense (11 M d’habitants), les lieux de vie y sont confinés, la population très importante par appartement. Les habitudes sociales et d’hygiène sont aussi typiques. L’installation de l’épidémie dans des pays à hygiène de type occidentale va être un test pour le virus. Sur le terrain chinois où le virus s'est développé, 40% des malades ont des co-morbidités (diabète, hypertension, maladie cardio-vasculaire), 72% ont plus de 40 ans, 64% sont des hommes (la tabagie masculine en Chine joue-t-elle un rôle ?). Il y a très peu de cas chez les enfants. Les malades sont donc déjà des terrains propices.

Autres chiffres à noter: 11% des cas connus sont considérés comme sévères, 2.6% des malades meurent. Quand il joue chez lui, le virus tue peu. A titre de comparaison, la grippe aviaire de 1997 tuait 53% des malades, celle de 2013 40%. Mais comme dans toute épidémie, les cas moins sévères ne se font pas connaître, ne sont pas dépistés, ou n’entrent pas dans les chiffres car les patients ne sont pas hospitalisés. Malgré tout, même si les chiffres ne sont pas parfaitement fiables, il y a une marge.

 

Faits sur le coronavirus de Wuhan
Le masque, une mesure à adopter pour les lieux confinés

 

Un virus sensible aux mesures d’hygiène usuelles

Si l’homme n’a pas développé d’immunité au virus de Wuhan, et s’il n’y a pas à ce stade de médicament pour soigner ni encore moins de vaccin pour prévenir la maladie, cela ne signifie pas que le virus est insensible: il est au contraire très sensible aux mesures usuelles d’hygiène, désinfectants, et solutions nettoyantes. Ce n’était pas le cas du MERS, qui a causé une épidémie nosocomiale en 2015 en Corée et tué massivement le personnel soignant dans un environnement hyper désinfecté.

Pour le virus de Wuhan, la seule transmission sûre se fait par gouttelettes. On peut donc s’en protéger en se lavant les mains consciencieusement, en gardant ses distances (2 mètres), en mettant des masques dans les espaces confinés, en lavant enfin tout ce qu’on est susceptible de toucher avant de porter ses mains à son visage. Le virus est actuellement au niveau 2 de dangerosité sur 4. Les informations sur une transmission aérosol ou dans les selles restent à vérifier. Il n’y a pas de risque de transmission par le sang.

La période d’incubation maximale évoquée est de 14 jours, mais la plupart des gens hospitalisés avaient déjà des symptômes sérieux dès la première semaine d’incubation. Les symptômes se développent donc rapidement, ce qui veut dire que peu de personnes sont contagieuses sans le savoir et que les malades cherchent de l’aide médicale dès la première semaine. Pour le SIDA, c’est 10 ans.

Un déploiement qui reste limité

A l’échelle de la Chine, le nombre de cas reste limité, même s’il ne faut pas être naïf sur la fiabilité des chiffres communiqués. A l’international, pour chacun des malades, un séjour récent en Chine continentale principalement dans le Hubei, épicentre de l’épidémie, a été identifié. La définition même du virus dans les instances médicales internationales est: symptômes de type pneumonie + voyage en Chine continentale uniquement. A ce stade, c’est donc assez simple à définir. 

La Chine a réagi par des mesures drastiques de fermeture de régions entières et applique des contrôles sur les populations qui ont voyagé durant le congé annuel du nouvel an chinois. Les autres gouvernements ont réagi en fonction de l’apparition de cas chez eux par des contrôles aux frontières (prise de température des personnes venant de régions touchées, extension aux personnes ayant été en contact avec des malades, fermeture de frontières). Hong Kong, dont la frontière est extrêmement poreuse, a confirmé 36 cas dont un décès à rapporter à une population de 7.5 M d’habitants. La traçabilité des derniers cas ne montre pas de contact direct récent en Chine continentale, à suivre donc.

 

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pat

Patricia Herau-Yang

Patricia a passé de nombreuses années en Chine, exercé le métier de traductrice français-chinois. Depuis son arrivée à Hong Kong, elle s'est mise au cantonais et pratique la randonnée. Elle contribue au Petit Journal sur le volet culturel, entre autres...
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