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Hong Kong International Photo Festival: "Pour un langage à venir"

Par Gérard Henry | Publié le 06/11/2018 à 11:00 | Mis à jour le 06/11/2018 à 15:24
Photo : Moriyama Daido, SCANDALOUS, 1969-2016 ©Daido Moriyama Photo Foundation - Courtesy of Akio Nagasawa Gallery, Tokyo
MoriyamaDaidoScandalous_1969

“En s’appropriant le titre de de l’expo séminale de Takuma Nahakira "Pour un langage à venir" comme thème du festival, nous espérons susciter une réflexion sur le langage photographique d’aujourd’hui et à notre tour développer ce langage." Lau Ching Ping, président du festival photo de hong kong.

Ce festival de photographie a lieu tous les deux ans et grandit à chaque édition en taille et en qualité. Présidé cette année par le photographe hongkongais Lau Chi Ping, il est organisé sous le titre de Provoke & Beyond autour de quatre expositions majeures: 

  • Provoke the age, the Acts: 50 Years ; Quest for a langage to come par le commissaire japonais Asio Nagasawa, 
  • Takuma Nakahira (1938-2015) co-fondateur de Provoke par le commissaire taiwanais Yaji Huang, 
  • B/W Nostalgia l’art de la photographie argentique sur gélatine 
  • Rétrospective du photographe hongkongais Joseph Fung Hon Kee qui fête ses 80 ans.  

Nous reviendrons dans un prochain article sur les deux dernières expositions. À côté et en parallèle, le festival lance une nouvelle catégorie Satellite Exhibitions qui regroupe 20 expos dans tous les coins de la ville.

Provoke the age, the Acts: 50 Years ; Quest for a langage to come

"Provoke m’a inspiré. La plupart des gens n’y ont pas prêté attention, mais ce mouvement a eu l’effet d’une bombe." Nobuyoshi Araki. 

Largement ignoré en son temps, la revue Provoke publiée en 1968-1969 est aujourd'hui reconnue comme un jalon majeur de l'histoire de la photographie mondiale. Le collectif, composé de photographes, penseurs et poètes, a polarisé le meilleur de la création photographique japonaise des années 1960, privilégiant dans sa pratique l'image imprimée sous toutes ses formes (presse, livres, revue). 

 

HamaguchiTakashi_TheShuddersOfNaritaAirport_1971
Hamaguchi Takashi, The Shudders of Narita Airport, 1971  © Hamaguchi Takashi. Courtesy of Case Co., Ltd.

 

Le contexte d'apparition de Provoke est la profonde métamorphose de la société japonaise, les multiples fronts de rébellion contre l'État et l'emprise américaine mais aussi le foisonnement de nouvelles pratiques artistiques privilégiant les actions et performances de l'espace public.

Provoke, ce magazine japonais de la photographie devenu légendaire n’eut qu’une courte vie, ne publiant que trois numéros mais eut une profonde influence sur la photographie japonaise des années 1970 et 1980, ses trois co-fondateurs principaux, Moriyama Daido, Takuma Nakahira, and Yutaka Takanashi publièrent également trois livres de photographies au début des années 70 qui restent les meilleurs livres publiés au Japon.

Cette exposition extraordinaire dans  le Jockey Club Creative Centre à Skek Pik Mei regroupe 227 œuvres d’une douzaine d’artistes japonais des années 60 et 70 qui défient toutes les règles traditionnelles de la photographie. Elle est accompagnée de visites guidées, de conférences et d’ateliers (voir le site d'HKIPF pour plus de détails).

Takuma Nakahira (1938-2015)

Le photographe, théoricien et critique Takuma Nakahira(1938-2015) est, avec Koji Taki (1928-2011), responsable de l’armature discursive du magazine Provoke. Photographe souvent sous-estimé, il est peut-être le plus important de la photographie japonaise. Diplômé en Études espagnoles, grand connaisseur des mouvements d’indépendance latino-américains, Nakahira devient responsable éditorial de la revue culturelle de gauche Gendai no me (l’Oeil contemporain) entre 1964 et 1965. En 1968, il est un des quatre fondateurs de Provoke.

 

Takuma Nakahira For a language to come HKIPF
Nakahira Takuma, For a Language to Come, 1970  © Gen Nakahira - Courtesy of Akio Nagasawa Gallery, Tokyo

 

"Nakahira ne considère pas la photographie comme le moyen d’expression d’un artiste photographe, mais comme la simple capture mécanique d’une perception subjective. En 1970, il édite Pour un langage à venir son livre-manifeste,  suite d’images non-linéaire et sans hiérarchie, évoquant des scènes imaginaires et post-apocalyptiques" selon Le Bal qui l’exposa à Paris.

Ses photographies contiennent des éléments urbains - étranges ruptures dans un espace débordant d'objets, de produits et d'information - que Nakahira croisaient et saisissaient dans sa vie quotidienne; depuis le lierre grimpant sur les murs et les bouches d'égout de la chaussée aux pneus d'un énorme camion, d'un requin au ventre pâle flottant dans une transparente obscurité derrière la vitre d'un aquarium à des portraits en gros plan dans une station de métro.

Personnage introspectif, il renonce progressivement à son style iconique et voyant que la photographie a repoussé  au loin toute réalité. Il détruit toutes ses photos en 1973 et se retire pour proposer de nouvelles théories et méthodologies. Mais une extrême désillusion le fit sombrer dans l’alcool en1977 avec une sévère perte de mémoire et aphasie. Ce qui a contribua à une méconnaissance relative de son travail. Il meurtle 1er septembre 2015 à l'hôpital de Yokohama d'une pneumonie sévère à l'âge de 77 ans. 

 

Informations pratiques:

  • Provoke & beyond, du 26 octobre au 6 décembre 2018,  LO & L1 Jockey Club Creative Centre, 30 Pak Tin Street - MTR: Shek Kip Mei. 
     
  • Nakahira Takuma, du 3 au 27 novembre, à HART Project @ H CODE,  45 Pottinger Street, Central.

 

Gérard Henry

Gérard Henry

Ecrivain, journaliste et critique d’art, Gérard Henry est l’auteur de nombreux catalogues d’artistes, des Chroniques hongkongaises (Editions ZOE/2008) et de Hong Kong dans la tourmente, (essai, Editions Hermann/ 2010)
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