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Lá Nails : une formation pour jeunes femmes en difficulté

Par Loanne Jeunet | Publié le 16/04/2019 à 17:30 | Mis à jour le 16/04/2019 à 17:30
la nails formation femmes

Fondé sur le modèle d’une entreprise sociale, le salon de manucure Lá Nails  accueille des jeunes femmes vietnamiennes et leur prodigue une formation professionnelle solide, qui puisse leur permettre de trouver un emploi. Eclairage avec Camille Gravier,  chargée de projet au sein de  l’ONG Planète Enfants et Développement.

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Camille Gravier

Entraide. C’est ce que signifie le mot « Lá » en vietnamien. Et « nails » qui veut dire « ongles » en anglais. Lá Nails a ouvert ses portes en septembre 2018, à l’initiative du centre de formation Nhan Dao, situé dans le D3, et l’ONG Planète Enfants et Développement (PE&D). Le but de ce salon de manucure ? Permettre à des jeunes filles en difficulté de suivre une réelle formation, et faciliter leur insertion professionnelle dans le marché du travail saigonnais, toujours plus dynamique et difficile. Au Vietnam, certaines formations se révèlent trop théoriques, et peu adaptées à l’attente des jeunes. Dans ces conditions, dur de trouver un emploi stable. "Faute d’orientation pertinente, le taux d’abandon des jeunes en formation est de 40 %. C’est vertigineux", affirme Camille Gravier, française expatriée à Ho Chi Minh Ville. Chargée de projet au sein de l’association PE&D, cette jeune femme de 24 ans en service civique assure plusieurs rôles : marketing, communication, fundraising et surtout, elle donne des cours d’anglais aux étudiantes de Lá Nails deux fois par semaine. Un enseignement indispensable qu’elles pourront mettre à profit, dès lors que des clients étrangers passeront le pas de la porte. 

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La formation de styliste ongulaire à Lá Nails 

En mai 2018, une étude réalisée par l’ONG Friends International, spécialisée dans la mise en place d’entreprise sociale, mettait en évidence le marché en plein développement des prothésistes ongulaires (avec une demande en croissance des clients et des réseaux sociaux qui mettent cette discipline en valeur) et l’attrait des jeunes pour cette profession. Un local fut mis à disposition quelques mois plus tard par le centre de formation Nhan Dao, et l’équipement du salon principalement financé par l’Agence Française de Développement (AFD) et le Secours Catholique. "Au sein de l’association PE&D - qui travaille déjà sur l’accompagnement familial et les formations professionnelles, le projet 360 -, nous voulions une branche plus innovante, raconte Camille Gravier, nous avons donc créé un atelier de formation de toutes pièces, qui permette aux jeunes de pratiquer en direct, sur de vrais clients." Ainsi, la shop manager, professionnelle diplômée en manucure, dispense aujourd’hui ses cours pratiques à trois étudiantes, dont la formation est payée grâce aux profits du salon et à une bourse d’études donnée par un couple de Singapouriens. "Cette formation se fait en 3 parties, détaille Camille : comment faire une manucure et mettre du vernis ; le nail art, plus créatif, aux dessins plus précis ; et enfin c’est assez pointu : les ongles en acrylique. On se sert d’une poudre, d’un liquide spécial etc., c’est très technique, mine de rien ! (Rires)"

Le reste du temps, ces jeunes filles peuvent participer à des clubs de compétences annexes, celles qui leur seront utiles pour avoir un comportement adapté dans leur vie d'adultes et professionnelle (résistance au stress, flexibilité, communication..). Ces clubs sont aussi l'occasion de faire de la sensibilisation sur des thématiques cruciales comme les premiers secours, les relations amoureuses et amicales, l'éducation sexuelle, la prévention contre l'usage de drogues…etc. 

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Des études difficiles face aux problèmes sociaux 

Cette formation fondée sur le modèle d’une entreprise sociale a parfois ses limites, indépendantes de sa volonté. En effet, malgré un enseignement de qualité et des conditions de travail "souples", il est difficile pour certaines étudiantes de suivre pleinement leurs études. "Pour l’instant, les recettes du salon sont insuffisantes pour pouvoir rémunérer les filles, regrette Camille Gravier. Elles sont parfois obligées de cumuler deux emplois pour pouvoir subvenir aux besoins de leur famille, en plus de leur formation. Quand on connaît leur situation, elles sont impressionnantes : toujours volontaires, motivées et souriantes." 

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La plus jeune Thao, a 17 ans. Tuyen, 18 ans, vit chez la cousine de sa grand-mère. Elle habite loin du salon, et pour venir au travail, elle devrait normalement prendre deux bus, mais pour économiser, la jeune femme préfère marcher 2,5 km jusqu’à la deuxième station. Le soir, après sa journée à Lá Nails, elle enchaîne avec un deuxième emploi. Enfin, Thanh a 24 ans. Victime de violences conjugales, elle élève seule ses deux enfants, le troisième ayant été pris par son ex-conjoint, et cumule elle aussi deux jobs. Camille Gravier se rappelle d’une étudiante qui n’a pas pu finir sa formation. "Au nouvel an lunaire, chacun retourne chez soi. Mais elle n’est jamais revenue. On suppose que sa famille a voulu la garder pour travailler avec eux, comme elle a beaucoup de frères et sœurs, et qu’on ne peut pas encore payer les étudiantes au salon." Si elles ont été choisies pour leur même profil, en situation familiale et professionnelle précaires, ces problèmes sociaux et de pauvreté menacent tout de même l’avenir du salon, sans compter que son emplacement ne favorise pas la clientèle, au bout d’une petite rue du District 3, dans un quartier peu fréquenté. L’association n’exclut pas d’ouvrir la formation à d’autres jeunes, moins vulnérables. 

D’ici 2020, Lá Nails espère être autonome financièrement, et compter une trentaine de jeunes en formation, qui pourront par la suite trouver un emploi stable. Quant à l’association PE&D, présente également au Cambodge, au Népal et au Burkina Faso, ses projets sont vastes au Vietnam : "Si ce modèle marche, on voudrait mettre en place des formations en alternance, ouvrir d’autres entreprises sociales qui permettent aux jeunes d’apprendre un métier en situation réelle  et surtout de financer les études des plus défavorisées", énumère Camille Gravier. Et d’ici fin 2019, un projet sur les droits des femmes contre les violences, "Hy Vong" (espoir en Vietnamien) devrait être mis en place à Hanoi et à Ho Chi Minh, avec le concours de l’association Batik International. 

Visiter la page Facebook Lá Nails 

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loanne jeunet

Loanne Jeunet

Journaliste passionnée, responsable de l'édition Ho Chi Minh Ville ; rencontrer, partager et raconter. :)
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