Édition internationale

HISTOIRES D'OZ - Suite et fin de "Bronte beach"

Deuxième partie de la nouvelle "Bronte Beach", sélection spéciale de la redaction du petitjournal.com de Melbourne, écrite par les élèves de CM1 du Lycée Condorcet de Sydney et leur enseignant, Patrick Leroul, en 2004


.../...Voici Tim parti. Il se trouve un passage entre les serviettes jusqu'à l'escalier qui mène au parc, grimpe les marches, une à une. Sa progression est ralentie par les mouvements de sa langue : pas facile d'avancer en léchant une glace... Le voici sur le remblai. Pour arriver à l'entrée de la piscine il n'a  simplement qu'à continuer à avancer sur vingt mètres. Mais il veut d'abord jeter un coup d'œil au petit train : il est fasciné par la locomotive.

Il passe sur le gazon où une partie de volley-ball est engagée entre quatre adolescents blonds, élancés et bronzés. Les garçons jouent contre les filles, qui leur ont lancé un défi. Pour l'instant les garçons mènent, mais ils n'ont pas la partie facile. Le plus blond des garçons est en train de reculer pour essayer de rattraper un lob bien exécuté. S'il se place bien, son smash sera efficace. Sans se rendre compte qu'il est en train de s'approcher de la surface de jeu, Tim continue d'avancer en mesurant l'état d'usure de la boule de crème glacée. Il a maintenant tout à fait oublié la brûlure de méduse. Il adore ce parfum, “chocolate chip”, c'est d'ailleurs celui qu'il préfère. On  a le goût du chocolat dans la bouche et, en plus, d'autres petit morceaux de chocolat qui fondent plus lentement. Le goût dure plus longtemps...

 

Le choc n'est pas très violent. Tim est resté debout mais le jeune homme l'a accroché par le coude et la boule de crème s'est écrasée sur le sable, où déjà, elle commence à fondre. Tim, stupéfait, réalise à peine, le cornet vide à la main, ce qu'il vient de se passer. Le jeune homme blond s'approche et s'agenouille devant Tim. Il se confond en excuses :

            - Ça va ? Je ne t'ai pas fait mal ? Tu sais je ne t'avais pas vu. Je suis désolé pour ta glace. Viens, on va en chercher une autre, double, je te l'offre.

Du côté de Tim la surprise fait peu à peu place à la colère : d'abord le bain interdit, puis la méduse et maintenant plus de glace à cause de ce gars qui peut tout se
, alors que lui : rien  !... C'en est trop pour lui, et tout à coup il s'entend hurler sans pouvoir se contenir, ces mots qui sortent de sa bouche :

            - J'EN VEUX PAS D'TA GLACE  ! ! ! TU PEUX LA GARDER  ! ! !

Devant l'air interdit du jeune homme face à une réaction si violente, il ajoute :

            - J'TE DETESTE  ! ! !

Les quatre adolescents échangent un regard. Sur leur visage on devine un étonnement mêlé d'amusement.

Tim a conscience qu'il est peut-être en train de se couvrir de ridicule, mais il est allé trop loin. Il jette encore :

            - J'VOUS DETESTE TOUS  ! ! !

Et il lance le cornet vide dans la direction du groupe avant de tourner les talons et de partir, bras croisés, la moue aux lèvres et l'œil furieux, en direction de la piscine.

 

Sous les parasols, la mère de Tim a entrepris, tout en continuant de bavarder, d'appliquer la traditionnelle crème solaire sur la peau de sa fille. Absorbée par le thème de la discussion, elle doit en être à la troisième couche. La petite se tient debout à son côté et continue de tourner, à la manière d'une jolie ballerine sur une boîte à musique ancienne, sous les applications successives de crème prodiguées par les mains maternelles. Il est à ce point évident qu'aucun rayon nocif ne se frayera de chemin jusqu'à l'épiderme fragile du bambin. Du haut de ses deux ans la petite en profite, tétine aux lèvres, pour s'abandonner à la contemplation d'un panorama animé, coloré et sans cesse renouvelé.

 

Après avoir apaisé sa colère, appuyé contre le montant de la rampe en inox, Tim s'est assis sur le haut de la volée de marches qui mènent, en contrebas, jusqu'à la piscine. D'ici, il a vue sur tout le bassin. Peu de nageurs y évoluent. Même isolée de l'océan, elle est constamment agitée par les vagues qui s'y déversent. On devine à peine les lignes des couloirs qui sont peintes sur le fond.

Ce qui attire désormais l'attention de Tim, sont les cris des collégiens qui se sont agrippés aux câbles entourant le bassin. Les jeunes se laissent asperger,  par les vagues qui s'écrasent à l'extérieur, sur les rochers, éclaboussant généreusement les abords de la piscine. Ils sont hilares et trempés jusqu'aux os. Ce jeu dure un moment durant lequel, à tour de rôle, les uns et les autres sautent dans le bassin et se succèdent sur les câbles. Puis l'un d'eux propose une pause boisson. En l'espace d'un instant le groupe s'est volatilisé.

 

Tim se retrouve seul face au bassin. De l'autre côté : les vagues et le câble.

Il hésite. Un coup d'œil du côté de sa mère lui confirme que la voie est libre. D'ailleurs, il ne désobéit pas : elle lui a bien interdit de ne pas mettre les pieds dans la piscine...

Il se lève et contourne le bassin. Il attend qu'une première vague vienne s'écraser sur le bord, puis s'approche de la mince barrière et empoigne le câble métallique qui lui arrive presque à hauteur de visage. Ici l'air est plus frais : ce côté de la piscine, construit sur la mer, est exposé au vent. Aux pieds de Tim, l'écume qui achève de se retirer, découvre un bref instant des rochers couverts d'algues avant que l'eau, qui remonte déjà, ne les recouvre à nouveau. Tim a vu la vague suivante. Il l'attend, les dents serrées. Quand elle explose à ses pieds, une pluie salée s'abat soudain tout autour de lui, le recouvrant d'une fraîcheur agréable. Il est surpris d' être à la fois effrayé et excité par l'expérience. Il tremble, mais il ne saurait dire si c'est de peur ou de froid. Pendant ce temps, la mer s'est retirée. Quand la vague suivante se profile, il l'attend avec une excitation grandissante. Cette fois-ci la vague n'explose pas en contrebas mais remonte rapidement le long du mur avant de déborder à l'intérieur du bassin. Durant son passage, elle lui arrive jusqu'à la mi-cuisse, et Tim peut voir au sol la blancheur de ses deux pieds se découper sur le ciment peint du bord de la piscine. Une nouvelle fois la mer se retire. Claquant des dents, Tim crie d'excitation et trépigne d'impatience. Ses deux petits poings serrent le câble au point d'en être blanchis aux jointures. Quand la vague suivante s'annonce, il crie déjà. Mais cette fois-ci il sait que c'est de peur, car de son dos qui grossit, la vague lui masque soudain l'horizon et continue de grandir. Il lui semble maintenant que c'est une montagne d'eau qui s'avance vers lui, qui reste paralysé, accroché à son câble.

Il est toujours en train de crier quand la vague l'engloutit.

 

Son cri s'étrangle dans sa bouche. Il ressent une vive brûlure du côté de ses mains quand il lâche le câble et se sent aussitôt soulevé de terre, puis projeté dans l'eau, la tête en bas, dans un tourbillon d'écume. Il ne voit que des bulles; un bouillonnement incessant l'entoure et le baigne. L'espace d'un instant il croit reconnaître une des lignes peintes sur le fond du bassin, puis une paire de jambes qui s'éloignent. Le fond de la piscine lui apparaît enfin, il s'en approche, il voudrait remonter, il voudrait respirer, il panique, s'agite, quelques bulles s'échappent encore de sa bouche.

 

Une force soudaine venue de derrière l'a soudain saisi. Le fond qui s'approchait s'éloigne rapidement. Un instant plus tard il crève la surface de l'eau, il se sent transporté et hissé sur le bord du bassin. Il happe l'air à grandes goulées en même temps qu'il hoquette et crache l'eau qu'il avait commencé à avaler. Il sent son cœur battre comme un tambour, ses tempes sont brûlantes. Il réalise peu à peu la position dans laquelle il se trouve : quelqu'un se tient derrière lui et le maintient debout, plié vers l'avant sur son bras, afin de l'aider à rendre son eau. Tim voit ses propres pieds, encadrés, de chaque côté, par deux autres, bien plus grands et bronzés que les siens; et il entend une voix calme qui dit :

            - C'est ça... Vas-y... Bien... allez, respire maintenant, doucement... bien... continue...

Peu à peu il retrouve ses sens. La voix est chaude, rassurante. Maintenant il se sent frictionné et enveloppé dans une immense serviette chaude de soleil. Il réalise qu'il est en train de claquer des dents. Mais son sang coule à nouveau dans ses veines. Il se sent mieux, il revit. Il relève la tête. Autour de lui des inconnus qui le dévisagent, inquiets et rassurés en même temps. Il ne reconnaît personne, à part peut-être cette fille qui jouait tout à l'heure au volley, à côté de la piscine... On le retourne tout à coup. Il lui faut quelques secondes pour reconnaître son ange gardien. L'eau lui dégouline sur le visage et ses cheveux blonds sont encore collés à ses tempes, mais c'est bien le garçon qui l'a bousculé tout à l'heure.

            - Alors mon gars : on va boire un coup, comme ça, tout seul, sans inviter les copains ?…  Où sont tes parents ?

Tim jette un coup d'œil du côté de sa mère. Tout s'est passé si vite qu'elle n'a rien vu de l'incident, ce qui, curieusement, le soulage un peu.

- Ça va mieux ? demande son sauveur.

Tim réussit enfin à articuler, timidement.

            - Oui.

Ça va mieux, ça va même très bien. La voix du jeune homme lui est de plus en plus sympathique. Mais il ne sait pas comment se sortir de son embarras.

            - C'est bien, fait le jeune homme, et il ajoute une boutade qui achève de rassurer Tim, en même temps qu'il provoque un éclat de rire chez ses amis :

            - Tu sais, il me semble que tu me dois bien une glace !...

Un sourire timide vient d'apparaître sur les lèvres du garçon. Il est tout à fait bien maintenant. Il se sent calme, reposé. La vie est belle.

 

Dans le ciel passe un hélicoptère; c'est celui de la surveillance anti-requins.

Pas d'alerte aujourd'hui. Rien à signaler. Tout va bien sur la plage de Bronte.

 

Cette nouvelle est une production collective réalisée avec les élèves de CM1 du Lycée Condorcet de Sydney et leur enseignant en 2004

Melbourne (www.lepetitjournal.com/melbourne) vendredi 25 janvier 2013 

 

 

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.