

Comme le stipule la nouvelle constitution c'est le Roi qui doit nommer le Premier ministre parmi l'un des dirigeants du parti politique arrivé en tête des élections
Le secrétaire général du PJD, Abdelilah Benkirane (AFP/ABDELHAK SENNA)
D'un point de vue purement politique c'est Abdelilah Benkirane qui devrait être appelé à former le nouveau gouvernement, mais des interrogations liées à son caractère pourraient investir Saâdeddine El Othmani le président du conseil national. C'est une question qui interpelle l'ensemble du PJD, même si Abdelilah Benkirane n'a jamais caché son ambition d'être à la tête d'un gouvernement. L'article 47 de la nouvelle Constitution est bien claire sur ce point : " le Roi nomme le chef du gouvernement au sein du parti politique arrivé en tête des élections des membres de la Chambre des représentants, et au vu de leurs résultats". Donc pas forcément le secrétaire général mais peut-être un des dirigeants du parti, voire un militant de base. L'histoire rappelle que les derniers chefs de gouvernements qui ont été nommés étaient des secrétaires généraux de partis. Au PJD, c'est le secrétariat national qui peut tenir une session extraordinaire pour débattre de cette question et présenter, pourquoi pas, une liste de noms.

Saâdeddine El?Othmani
Deux personnalités pour un seul parcours
Mais dans les faits le choix se limite à ces deux personnages clés du PJD : Abdelilah Benkirane, le secrétaire général et Saâdeddine El?Othmani, le président du conseil national. Cela fait plus de 30 ans qu'ils mènent ensemble le chemin du pouvoir. Si Abdelilah Benkirane, issu d'une famille populaire de Rabat, est un des militants d'un des mouvements les plus radicaux et des plus violents de l'Islam politique, Saâdeddine El?Othmani est lui issu d'une famille dont la notoriété dépasse son petit village natal près d'Agadir et est passé très vite dans le nouveau parti fondé par Abdelilah Benkirane : la Jamaâ Islamiya devenu en 1996 le Mouvement Unicité et Réforme, antichambre du PJD. Depuis cette date les deux hommes se sont relayés aux destinées du parti, l'un comme président du conseil national, l'autre comme secrétaire général, alors que depuis 2008 c'est l'inverse. Si Abdelilah Benkirane est plus connu pour son franc parler et son penchant pour la confrontation, Saâdeddine El?Othmani est plus affable et diplomate ce qui lui a permis de prendre en charge les relations extérieures du parti. Un poste qui l'a légitimé à l'étranger et permis de vendre l'image d'un parti islamiste modéré souvent écorché par les sorties médiatiques virulentes de son secrétaire général. M. Benkirane représente pour tous l'image d'un leader alors que M. El Othmani donne plutôt celle d'un homme de conciliation. C'est sûrement pour cela que son passage à la tête du parti a été unanimement salué contrairement à celui d'Abdelilah Benkirane, qui a fait l'objet il y a quelques temps d'une tentative de destitution non aboutie.
Les clés sont entre les mains de Sa Majesté le Roi Mohammed VI pour trouver le meilleur à ce poste. Le nouveau Premier ministre devra être diplomate pour rassembler d'autres partis afin de gouverner en toute sérénité dans un nouveau Maroc où la donne politique vient d'être bouleversée.
Pierre Verger (www.lepetitjournal.com/marrakech.html) mardi 29 novembre 2011






































