

La SEC n'en a pas fini avec Goldman Sachs. Le Sénat vient de dévoiler des e-mails internes à la banque d'affaires, qui pourraient bien confirmer ses pratiques douteuses. Fraude liée aux subprimes, délits d'initiés, les criminels de la finance auront maintenant à répondre de leurs actes devant la justice
La Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme de Wall Street, a déjà ouvert, il y a une dizaine de jours, une enquête sur la banque d'affaires Goldman Sachs (AFP) pour une fraude liée aux subprimes, les crédits immobiliers mis en cause lors de la précédente crise financière. Samedi, des e-mails remontant à fin 2007 ont été rendus public par la commission d'enquête du Sénat. Ils viennent confirmer les profits engrangés par la banque à force de spéculer contre le marché immobilier.
Messages compromettants
''On dirait qu'on va faire un gros paquet d'argent !'' La réponse : ''Oui, nous sommes bien positionnés''. En octobre 2007, alors que le marché immobilier chutait, les traders de la banque dirigée par Lloyd Blankfein se félicitaient de leurs profits. Au détriment des banques rivales, comme Morgan Stanley, qui subissaient des dévalorisations massives de leurs actifs. Dès juillet, le directeur financier, David Viniar, se vantait des 50 millions de dollars empochés par Goldman Sachs en vingt-quatre heures, rien qu'en pariant sur la chute de l'immobilier. La série d'e-mails est accablante, surtout pour l'un des vice-présidents, le courtier français, Fabrice Tourre. Dès janvier 2007, il réalise la possible chute des investissements dont il fait la réclame auprès de ses clients. Dans un e-mail, il révèle son pessimisme sur les produits qu'il élaborait : ''Ce marché est complètement mort et les pauvres petits emprunteurs sub¬prime ne vont pas faire long feu''.
La banque se défend
Ces e-mails ne révèlent aucune action frauduleuse. Mais ils contredisent la théorie défendue par Goldman Sachs selon laquelle elle a perdu de l'argent dans ses investissements sur les fameux subprimes ou crédits hypothécaires à risque. Goldman Sachs prépare sa défense en ressortant d'autres messages, échangés en interne, évoquant de lourdes pertes, s'élevant à 1,2 milliard de dollars, subies sur des titres adossés aux subprimes. La banque explique s'être adaptée au marché. En novembre 2007, le PDG, Lloyd Blankfein, reconnaît : ''Bien entendu, nous n'avons pas échappé à la pagaille des crédits immobiliers à risque. Nous avons perdu de l'argent, ensuite nous avons regagné plus que nous n'avons perdu grâce à des positions courtes''. Les positions courtes sont des opérations boursières, permettant à celui qui les passe de réaliser des gains en cas de baisse des titres sur lesquelles elles portent. Elles sont prises dans un but purement spéculatif, ou dans un souci de se protéger. De cette manière, Goldman Sachs a réalisé des profits record de 11,6 milliards de dollars, et ses traders ont empoché 67,9 millions de bonus.
Alors que la banque d'affaires est déjà en conflit avec la justice civile, une nouvelle accusation de délits d'initiés se profile à l'horizon. Le Wall Street Journal révèle que cinq dirigeants de la banque se seraient empressés de revendre leurs actions lorsqu'ils ont appris que la SEC menait une enquête. Une vente qui aurait rapporté 65,4 millions de dollars. En revanche, le jour où la SEC a annoncé avoir porté plainte pour fraude contre Goldman Sachs, l'action a perdu 13% de sa valeur à la Bourse de New York.
LR (www.lepetitjournal.com) mardi 27 avril 2010
En savoir plus :
FINANCE ? La SEC saque Goldman Sachs
Libération, Goldman Sachs trahie par ses mails
Le Parisien, Des courriels compromettants pour la banque Goldman Sachs
Boursier.com, Les dirigeants de Goldman Sachs seront entendus par une commission d'enquête du Sénat américain demain




















