Édition internationale

GANG DES BARBARES – Entre justice, vengeance et politique

La cour d'assises de Paris a rendu son verdict concernant l'affaire du "gang des barbares", à l'origine de la mort tragique du jeune Ilan Halimi. Après deux mois et demi de procès, la sentence semble trop indulgente pour la famille de la victime et Michèle Alliot-Marie vient de demander au parquet de faire appel des condamnations. Une décision de la ministre qui provoque l'ire de la magistrature

Photo AFP

(Rédaction internationale)
- Le "gang des barbares", responsable du meurtre du jeune juif Ilan Halimi en février 2006, vient d'être jugé par la Cour d'assises des mineurs de Paris. Au total, 27 personnes ont comparu pour divers chefs d'accusation dont des faits d'enlèvement, de séquestration, de torture et barbarie, et de meurtre aggravé d'antisémitisme sur la personne d'Ilan Halimi, 23 ans. Verdict rendu après 3 jours de délibérés et deux mois et demi de procès à huis clos : la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une mesure de sûreté de 22 ans pour le chef du gang, Youssouf Fofana, 28 ans. Ses deux lieutenants prennent 15 et 18 ans, tandis que la jeune fille ayant servi d'appât a été condamnée à neuf ans ? un peu en deçà des 10 à 12 ans qui avaient été requis. Les autres membres du groupe écopent de peines allant de six mois avec sursis à dix ans de réclusion. Deux des prévenus sont acquittés.

Vengeance ou justice ?
L'avocat général Philippe Bilger défend un arrêt qu'il juge "équilibré" avec une "échelle cohérente des responsabilités". Il souligne que le droit des prévenus a été respecté et félicite la cour d'assises d'avoir su prendre en compte "le caractère singulier de chacun (?)". "C'est une justice exemplaire", a t-il ajouté. La famille de la victime quant a elle se dit "assez déçue, pour ne pas dire effarée"du verdict. La mère du jeune Ilan en apelle a un nouveau procès : "Tout ce qui pourra être fait pour que le calvaire d'Ilan soit sanctionné à la mesure de ce qu'il a vécu dans cette horreur et cette angoisse de chaque minute, sera pour moi justifié". Les organisations juives de France telles le CRIF ou le BNVA, sont venues en soutien à la mère de la jeune victime, demandant qu'une décision d'appel soit prononcée par le parquet général. Les parties civiles ne peuvent en effet pas exercer une demande en appel dans un procès d'assises. Pour appuyer cette requête, une manifestation de soutien a été organisée en début de semaine à Paris, non loin du ministère de la justice. L'avocat de la compagne d'Ilan Halimi, Xavier Filet, quant à lui, insiste sur le huis clos qui "n'a pas permis à ce procès de revêtir le caractère exemplaire qu'il se devait d'avoir?. Telle fut également la première source de frustration des parties civiles.". Et en effet, la famille et une partie de l'opinion aurait souhaité un débat public. Le président de l'Union syndicale des magistrats (USM), Christophe Régnard, souligne "la réalité dans tout ça c'est que pour les victimes les peines ne sont jamais assez sévères et je comprends Mme Halimi qui a vécu un drame horrible"avant d'ajouter qu'il est important de distinguer justice d' "un système de vengeance privée".

Pressions et politique
Les protestations ont été entendues par la toute nouvelle ministre de la justice Michèle Alliot-Marie qui compte bien faire entendre sa voix dans son nouveau ministère. "Ce matin (lundi), j'ai demandé au procureur général de la cour d'appel de faire appel des condamnations inférieures aux réquisitions de l'avocat général", a-t-elle déclaré à l'issue du Conseil des ministres. Le parquet général de Paris a indiqué lundi qu'il y aurait bien un appel. Ce seront donc 14 personnes qui seront rejugées au total. L'avocat de la mère d' Ilan, Me Francis Szpiner, a souhaité que "des dispositions législatives soient prises pour que ce procès soit un procès public"et a assuré que son combat continuerait pour que "le Parlement, je l'espère, puisse voter rapidement la proposition de loi qui avait été présentée par François Baroin et par Jack Lang de manière à ce que la cour d'assises d'appel"puisse "décider souverainement de l'opportunité de la publicité des débats ou non". Cet appel a provoqué la colère des magistrats qui dénoncent l'immixtion du politique répondant à des pressions extérieures. Emmanuelle Perreux, présidente du syndicat de la magistrature commente : "il y a un aspect très communautariste à cette demande de vengeance. Or c'est une cour d'assises, des jurés populaires, le citoyen qui s'est prononcé. Ça montre à quel point aujourd'hui le politique entend gouverner le cours de la justice et ce n'est pas un gage de sérénité".
Laetitia Gueugnon (www.lepetitjournal.com) jeudi 16 juillet 2009

A voir :
Notre article : ILAN HALIMI ? Le procès de la barbarie
L'article du Monde : Assassinat d'Ilan Halimi : vive polémique sur le verdict rendu contre les co-accusés de Youssouf Fofana 
L'interview d'Europe 1 : Nouveau procès du "Gang des barbares": colère des magistrats

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