Édition internationale

FOOTBALL : Le dribble de la polémique

Le dribble du phoque (drible da foquinha en VO) agite le football brésilien depuis deux semaines, sur le thème « provocation ou action légitime ? ». Un geste inventé par un jeune joueur aujourd'hui dépassé par l'ampleur du débat.

Kerlon débute son fameux dribble

La polémique a débutée le 16 septembre dernier, date du clássico de Belo Horizonte entre Cruzeiro et l'Atlético Mineiro. Jusqu'à la 80ème minute, les spectateurs assistaient « juste » à un superbe derby, avec retournements de situations et buts spectaculaires à la clé. L'action qui a fait entrer cette rencontre dans l'Histoire débute donc à dix minutes de la fin, alors que Cruzeiro mène 4-3. Et elle part des pieds, ou plutôt du front de Kerlon, le prometteur milieu offensif de Cruzeiro. Depuis l'aile droite, il enclenche son fameux dribble da foquinha en se levant la balle, pour foncer vers la surface de réparation tout en jonglant de la tête. Il déborde ainsi un premier défenseur, avant de se faire sèchement stopper, à la limite de la surface, par Dyego Coelho. L'agresseur se fait logiquement expulser, un début de bagarre générale éclate, et la polémique est lancée. Emerson Leão, le técnico de l'Atlético, lâche une première bombe lors de la conférence de presse d'après match : « C'est une action pour provoquer. Il a le droit de faire ce dribble, rien à dire là-dessus. Seulement j'ai peur qu'un jour il soit éloigné des terrains pour de longues années après avoir pris un gros coup dans le visage. ». Le lendemain, tout le monde ne parle que de cette action, et pas seulement à Belo Horizonte. La presse unanime trucide le brutal Coelho et sanctifie le magicien Kerlon, soudainement devenu l'ultime représentant du futebol-arte. Le Roi Pelé sort même de sa réserve pour « féliciter ce joueur, qui fait preuve de courage et d'habilité avec un tel dribble » et pour « l'inciter à tenter cette action, encore et toujours. Bravo à lui ! ».

« S'il tente ça face à moi, je le démonte ! »
 Beaucoup moins fan, le défenseur de Fluminense Luiz Alberto prévient Kerlon : « S'il tente ça face à moi, je le démonte (sic). J'utilise des coups de capoeira s'il le faut. Ce dribble est une insulte aux joueurs qui sont en face. »
Du haut de son mètre 67, Kerlon ne se laisse pas impressionner : « Seul un décret pourra m'empêcher de faire cette action. Je l'utilise en match depuis mes onze ans, et je rêve de marquer ou de provoquer un penalty en faisant la foquinha. » Avant de conclure, lucide : « Quand je l'enclenche, je sais que je vais prendre un coup. Ce que j'ignore, c'est à quel endroit du corps je vais être frappé ».
Pendant ce temps-là, le « méchant » Coelho s'est muré dans un silence de circonstance en attendant son jugement, pour agression physique. La sentence du Tribunal de Justice Sportive est tombée il y a quelques jours : quatre mois de suspension.
Bertrand BLAIS (
www.lepetitjournal.com - São Paulo) 2 octobre 2007

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