

Arrivée en Espagne à l'âge de 17 ans, Florence Milet a vécu une passion pour un pays dont elle est tombée amoureuse avant l'heure, "avant même de le connaître". Son attirance pour les terres ibères et son attachement à ses racines françaises ont trouvé, au sein de l'association d'amitié franco-espagnole Diálogo, un écho et une raison d'être toute particulière. Directrice depuis 1989, elle revient à l'occasion de sa décoration de l'Ordre national du mérite, sur les motivations qui la poussent à être constamment sur la brèche et à s'investir à fond pour son travail
Florence Milet, directrice de Diálogo depuis 1989 (Photo Lepetitjournal.com)
Lepetitjournal.com : Pouvez-vous revenir pour nous sur vos premières années Diálogo ?
Florence Milet : Fin 87, j'ai travaillé en tant que stagiaire à Diálogo, pour un grand groupe d'assurances. Je devais être la deuxième ou la troisième stagiaire de l'association, qui à l'époque était encore naissante. A la fin de mon stage, le président de cette société m'a proposé un autre stage, au sein de Diálogo même cette fois. Ma première mission a consisté à installer le minitel chez les patrons des grandes entreprises !
Qu'est ce qui vous a poussé à rester 22 ans au sein de Diálogo ?
Il faut revenir sur mon enfance : ma mère était membre fondateur de la fédération nationale des villes jumelées. Le concept de jumelage et d'école bilingue a été inventé par mes parents. J'ai donc été bercée toute jeune par les idéaux de paix dans le monde et d'entente entre les peuples. Diálogo, c'était l'occasion de mettre en pratique ces idéaux, de participer à l'amitié entre la France, mon pays d'origine, et l'Espagne, mon pays d'adoption.
En 22 ans l'association a pris de l'ampleur...
Oui, en 1988 la bourse de stage Diálogo a permis d'accueillir une dizaine de jeunes. En 1989, ils étaient 540... Aujourd'hui, nous comptabilisons 10.000 mois de stage par an, soit 2.500 personnes placées. Mais ce n'est pas tout : d'une dizaine d'entreprises adhérentes à la fin des années 80, nous sommes passés à une centaine aujourd'hui, auxquelles viennent s'ajouter 250 adhérents particuliers.
Vous évoquez souvent le travail et la passion, nécessaires pour en arriver à ces résultats.
Je suis une travailleuse forcenée : le travail bien fait, j'aime ça. Travailler dans la vie associative sous-entend avoir une véritable vocation : on n'y entre pas pour gagner de l'argent, ou pour bénéficier d'une progression professionnelle fulgurante. A cela s'ajoute que souvent les gens font l'amalgame entre vie associative et amateurisme. C'est pourquoi je crois qu'il n'y a que le travail qui fait qu'un organisme comme celui-là peut grandir. Diálogo est une association "pro", et au début il a fallu le démontrer. Mais lorsque l'on travaille par plaisir, par passion, on ne compte pas son énergie. Pouvoir ?uvrer au rapprochement franco-espagnol et faire en sorte que les relations s'améliorent, ça a toujours été un plaisir, jamais un sacrifice.
Il y a quand même dû y avoir des moments difficiles, des déceptions ?
Le revers de la médaille, c'est que je prends tout très à coeur. Lors de l'organisation de nos premiers événements, je souffrais énormément de peur que quelque chose ne se passe pas bien.
(Pierre Joxe, ancien ministre, a décoré Florence Milet / Photo Lepetitjournal.com)
Vos moments les plus forts ?
Je n'oublierai jamais la conférence miradas cruzadas que nous avions organisée entre Jorge Valdano, directeur général du Real Madrid, et le footballeur Didier Deschamps. Trois heures avant la conférence, ce dernier a averti qu'il ne pourrait pas venir. C'était la catastrophe. J'ai appelée Valdano et il nous a proposé que Fred Hermel, notre Directeur de Communication mais aussi journaliste sportif, et qui devait assurer le rôle de modérateur, prenne la place de Deschamps. Il avait deux heures pour se préparer : c'était fou mais nous n'avions pas le choix. Lors de la conférence, la salle était pleine, j'ai dû suivre les débats depuis l'extérieur, sur un écran télé. Fred a été magnifique, j'en avais les larmes aux yeux.
Quand l'Espagne vous a-t-elle le plus fait vibrer ?
A deux reprises : lorsque le conseiller municipal basque Miguel Angel Blanco a été assassiné par l'ETA tout d'abord. Je me rappele être descendue dans la rue en apprenant la nouvelle. Il y avait un silence terrible sur la Gran Via et une émotion incroyable. Puis le 11 mars 2004, lorsque nous avons appris la nouvelle des attentats d'Atocha, nous sommes tous restés sous le choc. Nous avons couru à la Plaza Mayor pour donner notre sang : il y avait une queue énorme, un nombre impressionant de personnes venues donner ce qu'elles pouvaient. Nous ressentions tous le besoin de faire quelque chose, un geste. C'est cette capacité de solidarité qu'a le peuple espagnol qui m'impressionne le plus, je crois.
Que retenez vous d'autre de l'Espagne ?
L'Espagne, c'est une autre manière de vivre, d'appréhender la vie, beaucoup plus centrée sur l'instant présent. Pour moi, la réussite de l'Espagne, c'est d'avoir su s'adapter à l'Europe, sans pour autant perdre son côté humain et chaleureux.
Cela dit, ce qui m'énerve un peu depuis deux ans, c'est que certains Européens profitent de l'éclatement de la bulle immobilière pour affirmer que toute la croissance était basée là-dessus. Je note une certaine satisfaction chez certains, à affirmer que le miracle espagnol c'était du vent. Eh bien moi, je n'y crois pas, je pense au contraire que l'Espagne a des ressources qu'ont peu d'Européens et que nous allons arriver à sortir de la crise bien plus tôt que prévu.
Revenons à vous. Que représente pour vous le fait d'être décorée de l'Ordre national du mérite ?
Cela symbolise tout le travail fait au sein de Diálogo. Pour moi, cette médaille, elle est avant tout pour Diálogo. Si j'ai personnellement un mérite dans l'histoire, c'est avant tout d'avoir su écouter mon c?ur : cela m'a permis de libérer beaucoup d'énergie, de n'avoir peur de rien, et d'être fidèle à mes principes.
Pouvez vous me citer trois qualités qui vous plaisent particulièrement ?
L'intégrité, car elle permet de lutter contre l'adversité. Le courage, grâce auquel l'on surmonte la peur, qui elle paralyse. Le c?ur et la bienveillance, enfin. Ah oui, et l'amour du travail bien fait. Ça en fait quatre !
Propos recueillis par Vincent GARNIER (www.lepetitjournal.com - Espqgne) Mercredi 19 janvier 2011




































