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FINANCE - Les marchés s'interrogent sur l'exposition des banques françaises au subprime

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Sanctionnées en Bourse, les banques françaises affichent des expositions variables à la crise actuelle, essentiellement dans la banque de financement et d'investissement, qui conduisent les analystes à revoir leurs prévisions de résultats. Elles sont toutefois protégées par leur modèle diversifié
 
Quelle exposition pour les banques françaises dans la crise actuelle ? Alors que leurs concurrentes européennes, notamment allemandes et britanniques, ont annoncé des mauvaises nouvelles ces derniers jours, les marchés s'interrogent sur l'impact que la crise aura sur les banques de l'Hexagone et leurs résultats du second semestre. Elles ont reculé sensiblement en Bourse depuis le début de la crise. BNP Paribas a perdu 15,29 % depuis trois mois, Société Générale 14,89 %, Crédit Agricole SA 9,56 % et Natixis 17,38 %.
Pourtant, les données publiées par les banques ne sont pas, en l'état, de nature à les fragiliser durablement. Elles paraissent en tout cas moins en risque que leurs homologues britanniques ou allemandes. Les expositions, le plus souvent indirectes, sont de deux ordres : sur les revenus et sur les classes d'actifs à risque. Du côté des revenus, les banques françaises sont plutôt protégées par la diversification de leurs revenus, même si les métiers de banque de financement et d'investissement (BFI) ont tendance à peser de plus en plus. Les métiers jugés à risque car devant subir des baisses de volumes dans les prochains mois sont la titrisation, les CDO (dérivés de crédit sophistiqués) et les financements LBO.
« Contenir le risque »
BNP Paribas a ainsi affirmé la semaine dernière que l'assiette de ses revenus « à risque », à savoir liés à ces trois métiers, représentait environ 800 millions d'euros, soit environ 10 % des revenus de sa BFI. La Société Générale s'est contentée de donner son exposition aux activités de titrisation et de CDO aux Etats-Unis, qui s'élevait à 80 millions d'euros en 2006, soit un peu plus de 1 % de ses revenus en BFI. Dans les financements à effet de levier, l'exposition s'élevait à 160 millions d'euros, soit un peu plus de 2 % pour 2006. Avare en chiffres, Calyon se contente d'évoquer les « financements d'acquisitions » dans lesquels sont logés les financements LBO et qui représentaient 4 % des revenus de la BFI au premier semestre. Selon Credit Suisse, les revenus dans les dérivés de crédit chez Calyon pourraient représenter plus de 9 % des revenus. Natixis tire pour sa part 11 % de ses revenus en BFI de la tritrisation mais reste peu exposé aux LBO, qui pèsent entre 3 % et 4 % des revenus, pour l'essentiel sur des petites opérations qui ne sont pas interrompues.
S'ajoutent à ces activités les revenus tirés du compte propre, variables selon les banques. La Société Générale a réduit ses positions pour compte propre au mois d'août, « pour contenir le risque », tandis que Calyon vient d'enregistrer 250 millions d'euros de pertes sur le compte propre à New York. BNP Paribas, dont moins du quart des revenus provient du compte propre, reste pour sa part confiante.
En portefeuille, l'exposition est aussi inégale. Dans les conduits de titrisation figurant au hors-bilan des banques, la part des actifs « subprime » américains reste très réduite. Certaines reconnaissent néanmoins avoir du mal à placer tout le papier commercial émis par ces véhicules pour se refinancer. Si la crise de liquidité se prolongeait et que les banques étaient amenées à devoir consolider ces véhicules - un cas extrême -, l'impact sur leur ratio de solvabilité (Tier-1) serait sensible : 15 points de base pour BNP Paribas, 40 pour la Société Générale et 35 pour Natixis. Pour Calyon, il serait de 26 points de base, selon les analystes de Credit Suisse.
Recommandations abaissées
La BFI du Crédit Agricole est en outre davantage exposée dans ses activités de dérivés de crédit, puisqu'elle a en portefeuille 586 millions d'euros d'encours d'ABS adossés à des crédits « subprime » américains, achetés pour structurer des CDO. Elle a également 4,4 milliards d'euros de tranches non encore vendues de CDO, certes notées AAA.
Du côté des portefeuilles de prêts LBO, qui se placent actuellement difficilement sur le marché, c'est BNP Paribas qui est le plus en risque, depuis qu'il a arrangé le financement de l'opération Elis cet été. Ses encours en attente de syndication s'élèvent à 3,7 milliards d'euros à fin août, tandis qu'il conserve un total de 6,3 milliards d'euros au bilan. Ce chiffre atteint 1,4 milliard d'euros pour la Société Générale (et 2,7 milliards au bilan), 1,1 milliard pour Calyon (et 4,3 milliards au bilan), et 900 millions d'euros pour Natixis (5,8 milliards d'euros au bilan).
A partir de ces éléments, certains analystes ont choisi d'abaisser leurs recommandations. D'autres estiment que le modèle diversifié des banques hexagonales les protège mieux que leurs consoeurs européennes, notamment grâce à leur franchise dans les dérivés actions. La plupart d'entre eux ont toutefois revu à la baisse leurs estimations de résultat pour le troisième trimestre. « Ce qui préoccupe le marché en ce moment, c'est si la crise de liquidité continue, note un analyste. Cela risque de finir par impacter d'autres métiers que la BFI, ce qui affectera le résultat. »
Elsa CONESA.
De notre partenaire Les Echos (www.lesechos.fr) vendredi 28 septembre 2007
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