

Une horde de pilleurs panaméens à l'assaut de la Samaritaine en feu, une carcasse de tank russe devant l'Arc de triomphe, le sommet de la Tour Montparnasse victime d'une explosion, Notre-Dame envahie par des combattants canadiens ? Figure du photojournalisme, Patrick Chauvel projette la guerre dans la capitale avec des photomontages saisissants. A découvrir à La Monnaie de Paris
(crédit photo : Patrick Chauvel)
Ces images sont improbables et pourtant le choc est immédiat. En superposant ses clichés de guerre sur des lieux emblématiques de Paris, Patrick Chauvel dénonce la banalisation des conflits. Et, le journaliste sait de quoi il parle. Témoin direct des souffrances du monde, pendant quarante ans, il a été sur tous les fronts : Yougoslavie, Tchétchénie, Erythrée, Liban, Panama, Irak, Iran, Afghanistan? En 1967, il n'a que 18 ans lorsqu'un autre grand photographe Gilles Caron lui prête un Leica. La Guerre des Six jours sera son baptême du feu et marquera le début d'une vie consacrée à couvrir les conflits.
La paix reste fragile
Mais de la guerre, on n'en revient jamais indemne. "Je suis comme un marin qui serait parti en mer sous une forte tempête. Quand il revient à quai, il tangue toujours un peu. Moi, je tangue de la guerre", explique-t-il dans une vidéo mise à la disposition des visiteurs. De ses flashs post-traumatiques, Patrick Chauvel a souhaité en faire une arme contre l'oubli. L'oubli d'une guerre qui, loin de nous, n'intéresse personne. Le photographe met aussi en garde. Et, si cela se passait sous nos yeux ? "La paix n'est pas un acquis", martèle ce baroudeur qui se souvient de Beyrouth, une ville heureuse et prospère avant qu'elle ne bascule du jour au lendemain dans un conflit sanglant. La volonté n'est cependant pas d'effrayer le spectateur. Patrick Chauvel ne nous montre pas un Paris en guerre mais un Paris fantasmé. D'ailleurs, chaque photomontage est soigneusement accompagné de la photo originale, avec en légende le lieu du conflit et le nombre de victimes. Malgré des tirages un peu décevants, le message passe : pour protéger de la paix, ayons conscience de la guerre?
Sophie Djouder (www.lepetitjournal.com) mardi 8 février 2011
"Guerre, ici", de Patrick Chauvel, dans le cadre de l'exposition collective "Peurs sur la ville", jusqu'au 17 avril à la Monnaie de Paris, 11, quai Conti, Paris VIe. Tous les jours de 11h à 18h, sauf le lundi. Nocturne le jeudi jusqu'à 21h30.
Entrée : 6 euros




































