

Intense, monstrueuse, érotique, psychanalytique et inclassable : Louise Bourgeois est à Beaubourg pour une rétrospective très complète de son travail protéiforme. Son oeuvre intime et organique transforme le Centre Pompidou en un champ de sensations obscures et pulsionnelles
L'incontournable Louise Bourgeois tisse sa toile jusqu'au 2 juin à Beaubourg, Paris
C'est la figure de l'araignée, itérative chez l'artiste, qui frappe d'emblée. Souvent associée à la phobie ou à la prédation, elle joue chez Louise Bourgeois un rôle bénéfique et invoque un souvenir aimé.
L'arachnide tisserande file un lien avec sa mère, restauratrice de tapisserie. Plus généralement, c'est dans l'enfance, ses lieux, ses traumatismes et dans sa biographie qu'il faut chercher la matrice des oeuvres de Louise Bourgeois, 96 ans aujourd'hui et toujours en activité. Comme l'araignée, elle aura remis cent fois l'ouvrage sur le métier et travaillé tout au long du XXe siècle, sans se conformer jamais aux modes et aux mouvements. La reconnaissance est venue tardivement mais a fait d'elle, depuis les années 80, une icône contemporaine, une papesse sulfureuse indétrônable.
Née en France, mais New Yorkaise de longue date à la suite de son mariage avec l'historien de l'art Robert Goldwater, elle s'essaie à la peinture avant de se lancer, en 47, dans la sculpture, sur bois d'abord, avec des ensembles totémiques chargés d'apaiser son mal du pays.
La destruction du père
Dès les années 60, elle s'ouvre à d'autres matières. Le plâtre et le latex lui offrent la possibilité d'explorer les replis organiques les plus troublants, de jouer avec une délectation profonde et ironique avec les principes masculins et féminins. Parfois abruptes, explicitement sexuées, ses pièces d'alors mobilisent notre charge pulsionnelle avec une intensité inégalée. Elles convoquent sans doute la haine et l'amour voués au père, mais transcendent le cas particulier de façon fulgurante.
Le père, lui est mis à mal en 74 dans une grande installation dérangeante, pleine de seins et de phallus, de rouge et de reliefs de festin cannibale, titrée frontalement The destruction of the father.
Viendront ensuite le Cells (Cellules), sorte de cages où se rejouent les drames et les théâtres des tensions passées.
L'exposition du Centre Pompidou est aussi une occasion précieuse de voir, au quatrième étage, les oeuvres récentes d'une vieille dame indigne de haut vol, d'une sorcière, d'une tisseuse, d'une artiste immense qui sait transmuer en pure émotion n'importe quelle matière. Incontournable.
Jean-Marc Jacob (www.lepetitjournal.com) vendredi 4 avril 2008
Louise Bourgeois, jusqu'au 2 juin, Centre Georges Pompidou. Paris








































