

Dans un an jour pour jour, le 1er mai 2015, Expo 2015, l'exposition universelle de Milan ouvrira officiellement. Six mois durant, la cité lombarde deviendra la capitale du monde. Pour lancer le compte à rebours, Alain Berger, Commissaire général de la France et donc patron du pavillon français nous livre quelques repères quant au rôle de la France et à l'enjeu de l'événement. Confiant, positif et enthousiaste, il partage avec nous son ressenti.
Lepetitjournal.com : Nous sommes à un an jour pour jour de l'ouverture d'Expo 2015. Où en est la France ? Quel est l'enjeu de l'événement pour le pays ?
Alain Berger : Concernant le pavillon de la France, nous avons l'intention d'avoir terminé les travaux fin mars 2015. Le mois d'avril doit ainsi nous permettre de tester les installations. C'est donc, en réalité moins d'un an qu'il nous reste pour être prêts. Nous sommes, pour l'heure, parfaitement dans les temps; l'architecte est choisi, la scénographe aussi et le pavillon est actuellement en préfabrication. Au niveau du calendrier, nous pouvons donc dire que les choses avancent correctement. Voilà pour la forme.
Concernant le fond, nous travaillons avec les partenaires potentiels pour la mise en scène pour répondre à la problématique "Nourrir la planète". Le défi alimentaire mondial est un sujet en soi, un vrai défi. L'accès à l'alimentation est une problématique importante. Il faut donc faire face aux difficultés de demain. Une exposition universelle est la mise en place du multilatéralisme, donc de la coordination, de la concertation, de la mutualisation des efforts. Il s'agit donc de mettre en mouvement de façon coordonnée les États du monde entier pour qu'ils puissent apporter des réponses.
Le thème retenu pour cette exposition universelle est "Nourrir la planète. Energie pour la vie". Concrètement, comment la France s'inscrit-elle dans la dynamique ? Que va-t-elle proposer ?
La France se devait d'être dans le mouvement. Elle est actrice dans cette problématique de l'alimentation mondiale. Sa vision internationaliste et ouverte sur le monde fait qu'elle a toute sa place. Je pense à sa longue tradition de coopération internationale, notamment sur les problématiques agricoles et alimentaires. La France est aussi active sur le plan scientifique et technologique grâce à ses organismes de recherche qui sont à même d'apporter des réponses. Mais la France est également actrice sur le plan économique puisqu'elle contribue déjà à nourrir d'autres populations grâce à ses entreprises qui exportent. Enfin, la France prend part au problème de santé publique. Nous savons qu'il y a des déséquilibres alimentaires avec d'un côté des problèmes de carences alimentaires, et de l'autre le développement de l'obésité. Là encore, nous avons des réponses parce que nous avons un modèle alimentaire spécifique, que l'on partage avec l'Italie. La diète méditerranéenne, c'est allier le plaisir de la table avec la santé alimentaire. La France est donc très attendue sur ces sujets et nous serons prêts.
J'ai beaucoup abordé le premier volet de la thématique mais le thème de l'énergie est tout aussi important. L'alimentation, c'est le carburant. Sans carburant, il n'y a pas de vie. Mais nous y intégrons la notion de développement durable. Il faut certes nourrir 9 milliards d'êtres humains, mais il faut aussi préserver les potentialités naturelles de la planète. 2015 sera l'année du climat et Paris accueillera la prochaine Conférence internationale sur le sujet. Le problème du réchauffement climatique sera remis sur la table. Nous, nous disons qu'il est possible de concilier défi économique et défi environnemental. C'est aussi un bon moyen de raisonner le modèle agricole. Nous ne sommes plus dans une logique productiviste à outrance qui a prouvé qu'elle était néfaste. Il y a d'ailleurs une réelle prise en charge politique du sujet, notamment par Stéphane Le Foll, le ministre de l'Agriculture qui défend un projet de loi sur l'agro-écologie. Il s'agit là de produire plus, et de produire mieux. Pour revenir à l'énergie, l'idée est d'optimiser nos ressources tels que le soleil, l'eau et la terre. Je pense par exemple à la biomasse végétale et aux carburants qui en découlent. Ne plus opposer l'agriculture et la production d'énergie, les deux pouvant se développer côte à côte.
Où en sont les partenariats avec les entreprises françaises qui prendront part à l'événement ? Qui seront les
Le dispositif est en pleine mise en place. Les entreprises attendaient de savoir ce que serait ce pavillon français avant de s'engager. C'est maintenant chose faite depuis la récente présentation officielle du pavillon au Petit Palais à Paris. Nous pouvons donc commencer à travailler concrètement avec les entreprises. Nous avons tous les types d'entreprises qui sont intéressés au projet, même si rien n'est véritablement formalisé pour le moment hormis quelques partenaires comme Peugeot ou la SNCF. Des grandes entreprises de l'agroalimentaire comme Lactel sont fortement intéressées mais aussi des groupes comme LVMH. Mais, notre souci est aussi de mettre en scène les petites et moyennes entreprises parce que dans notre patrimoine agroalimentaire français, nous avons un grand nombre de PME et TPE (très petites entreprises, ndlr). L'idée est de leur permettre de s'exprimer à cette occasion, que ce soit au travers du pavillon de la France ou en "off" grâce au projet que nous sommes en train de formaliser avec Ubifrance et la Chambre Française de Commerce et d'Industrie en Italie (CFCII) pour créer un lieu de rencontre B to B (Business to business, ndlr) pour le monde de l'entreprise. Cela permettra de montrer à tous les clients potentiels ce que la France propose en matière de produits et de savoir-faire. Nous présenterons probablement le projet lors de la présentation du pavillon français, à Milan cette fois, d'ici fin juin.
La France aura sa base arrière établie au Palazzo delle Stelline, qui accueille notamment Ubifrance et l'Institut français. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur le off ? Que va-t-il s'y tramer ?
Le fameux off, il permet aux entreprises de se sentir plus à l'aise. Les entreprises françaises vont pouvoir utiliser cette base arrière pour émanciper leurs dynamiques commerciales. La fonction première du off est donc de permettre aux entreprises de bénéficier d'un lieu d'expression à destination des autres entreprises. Il s'agit de respecter cette vieille tradition milanaise qui fait vivre toute la ville au rythme des grands salons, en dehors de l'événement en lui-même. Nous l'avons donc intégré et nous nous sommes dit que la France devait s'inscrire dans cette tradition. L'Italie et d'autres pays vont s'implanter sur Milan. La France sera, elle aussi de la partie. Le Palazzo delle Stelline nous permettra donc d'être présents.
L'Institut français prévoit, par exemple une programmation spéciale pendant toute la durée d'Expo 2015. On peut imaginer que différentes facettes culturelles s'expriment, que ce soit la filmographie, la photographie, la littérature, etc. Nous organiserons aussi des réceptions diverses, des colloques, des rencontres. L'idée est de faire interagir différents acteurs ou spécialistes de problématiques liées à l'exposition universelle. Les organisations non gouvernementales prendront part au projet pour animer des débats. Ce lieu se veut être un lieu vivant pour faire avancer le dialogue, la connaissance et la mise en scène des réponses internationales sur de grands sujets. Mais un autre off n'est à surtout pas négliger à l'ère du numérique, c'est tout ce qu'il se passe sur les réseaux sociaux et internet au sens large, afin de toucher des visiteurs virtuels. Tous les outils de communication seront donc utilisés.
Comment travaillez-vous avec les institutions et les représentants politiques français ? Y aura-t-il des personnalités présentes ?
Ce projet est effectivement un projet porté par le gouvernement français, à l'initiative du président de la République et coordonné par le Premier ministre. Six ministères sont directement impliqués dans le financement et dans le suivi du programme. Il y a donc une très forte implication politique. Mais les collectivités territoriales ne sont pas en reste. Les régions veulent aussi s'impliquer dans le pavillon de la France. La dimension territoriale est très importante dans ce débat sur l'alimentation mondiale. Dans mon comité consultatif, j'ai des représentants parlementaires qui sont partie prenante. Je pense à M. Fromantin pour l'UMP et M. Fauconnier pour le PS. Ceci montre que l'enjeu se situe au delà des clivages politiques. C'est la France qui est représentée.
Le président de la République a lancé la machine et suit l'avancée régulièrement, il n'y a donc aucune raison pour qu'il ne fasse pas le déplacement. En ce qui concerne les membres du gouvernement, malgré le récent remaniement, ce sont presque tous les ministères qui prennent part au projet. Au moment de la signature de la participation de la France à Rome, Claude Bartolone, président de l'Assemblée nationale a fait le déplacement, en compagnie de Guillaume Garot, ministre de l'Agroalimentaire. Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture a fait lui-même la présentation du pavillon au Petit Palais et compte venir à Milan très prochainement. Marisol Touraine, ministre de la Santé est aussi impliquée sur les questions de santé publique. Je pense également à Ségolène Royal, en charge de l'Ecologie qui aura un rôle à jouer. Elle était déjà impliquée en tant que présidente de la région Poitou-Charentes. Enfin, n'oublions pas que l'Italie prend la présidence tournante de l'Union européenne à partir du 1er juillet 2014 et qu'un certain nombre de conseils informels vont avoir lieu à Milan. Des membres du gouvernement feront donc le déplacement.

Il était difficile de faire une communication très forte tant que l'on en était qu'au concept. Il fallait montrer un pavillon, une création architecturale. Le lancement officiel au Petit Palais marque le début du concret. Il faut maintenant que les Français s'approprient l'événement. Pour eux, l'exposition universelle est un concept ancien; n'oublions pas que la dernière qui s'est déroulée en France a eu lieu en 1937. Mais une dynamique est en marche puisqu'un mouvement pour faire de Paris la ville-hôte de l'exposition universelle 2025 a été lancé. Pour revenir à l'Expo 2015, nous programmons une série d'événements mettant en scène les expositions universelles, le fait que la France y participe et des événements sur le thème "Nourrir la planète". Mais pour le grand public, nous sommes encore loin du lancement; il est donc difficile de communiquer trop en avance. L'effet pourrait retomber. Mais petit à petit, nous y arriverons avec une montée en puissance. Des petits signes sont là; des campagnes touristiques sur l'Italie estampillées Expo 2015 commencent à s'afficher dans le métro parisien, par exemple. Plus on se rapprochera de l'événement, plus on aura de la médiatisation. Concernant le volet touristique, nous travaillons avec Atout France, ou la SNCF pour faire des TGV des trains Expo. Nous attendons environ 1 million de visiteurs français sur les six mois de l'exposition universelle.
En France, l'exposition universelle de 1889 est symbolisée par la Tour Eiffel. Selon vous, que restera-t-il d'Expo 2015 ?
Ce que je constate, c'est qu'il y a une véritable appropriation politique du sujet, une vraie dynamique qui se crée. Milan est en pleine évolution. Symboliquement, c'est un signal positif alors que l'Italie a été touchée de plein fouet par la crise. Redonner une dynamique de confiance, c'est fantastique. L'idée que l'on a des atouts et qu'il faille les mettre en valeur est un message fort pour l'Europe. Personnellement, je souhaiterais que l'on monte d'un cran dans la prise de conscience collective de la problématique de la faim dans le monde. Voilà quelque chose qui, je l'espère restera. De toute façon, Milan ne souhaite pas laisser de vestiges fixes et les temps ont changé; plus qu'un édifice, c'est une idée qui doit rester. Aujourd'hui, c'est l'idée d'une concertation mondiale sur des grands sujets qui est au c?ur de ce genre d'événements. La symbolique se trouve dans ce multilatéralisme pacifique, dans la mise en scène du progrès scientifique, de l'éducation, etc. Grâce au numérique, nous allons véhiculer un certain nombre de messages à travers le monde. Et puis le concept même de l'exposition universelle est déjà tout un symbole. Pour moi, le concept n'est pas mort.
Propos recueillis par Aurélien Bureau (Lepetitjournal.com de Milan) ? jeudi 1er mai 2014
Crédits photos : A.B pour lepetitjournal.com
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