Édition internationale

Jean-Marc Merriaux, mlfmonde « repenser ce que doit être l'enseignement français international »

À l'occasion de la rentrée scolaire 2026, Jean-Marc Merriaux, directeur général du réseau mlfmonde, mission laïque française, détaille sa vision pour l'avenir de l'enseignement français à l'étranger. Il est convaincu : “l'une des grandes forces du système éducatif français demeure le développement de l'esprit critique. Cette capacité à analyser, questionner et prendre du recul est essentielle.” Entretien inédit.

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Écrit par Capucine Canonne
Publié le 16 septembre 2026

 

En cette rentrée scolaire 2026, que peut-on souhaiter au réseau mission laïque française dont vous êtes le directeur général ?

Je souhaite au réseau mlfmonde de poursuivre sa transformation. Depuis plus de 18 mois, nous avons engagé une réflexion profonde sur notre modèle éducatif afin de construire ce que nous appelons une « troisième voie » : repenser ce que doit être aujourd'hui l'enseignement français international.

 

Cette rentrée marque donc le déploiement à grande échelle de notre stratégie MLF 2030 

 

Nous avons mené un important travail de structuration et de formalisation de notre stratégie pédagogique. Tout repose d'abord sur le cœur de notre métier, la pédagogie. Nous avons revu nos référentiels enseignants et élèves pour mieux identifier les compétences à développer. Nous avons également élaboré des politiques en matière de plurilinguisme, de citoyenneté locale et mondiale, ainsi que de pratique pédagogique et d'évaluation des enseignants.

En 2025, nous avons lancé plusieurs expérimentations dans nos établissements. Cette année, nous passons à une phase de généralisation. Cette rentrée marque donc le déploiement à grande échelle de notre stratégie MLF 2030.

 

 

La Mission laïque traverse une situation financière préoccupante. Cette crise est-elle désormais derrière vous ?

Je dirais qu'elle n'est pas totalement derrière nous. Lorsqu'on sort d'une crise comme celle qu'a connue la Mission laïque française ces dernières années, il faut continuer à stabiliser un certain nombre d'éléments financiers.

 

La situation s'est nettement améliorée, mais certaines fragilités demeurent 

 

Nous sommes sur une trajectoire positive et en bonne voie pour tourner cette page. Mais nous restons fortement dépendants du contexte géopolitique international. Les instabilités actuelles ne nous permettent pas de garantir que nous ne serons pas confrontés à de nouvelles difficultés.

Nous n'avons notamment pas encore totalement reconstitué une trésorerie suffisante pour absorber d'éventuels chocs futurs. La situation s'est nettement améliorée, mais certaines fragilités demeurent. Si de nouvelles crises survenaient, elles pourraient avoir des conséquences sur la santé financière de l'association.

 

 

 

Jean-Marc Merriaux, directeur général de la mission laïque française
Jean-Marc Merriaux, directeur général de la mission laïque française

 

 

La cession des neuf établissements espagnols, validée en mai 2026, est-elle un choix stratégique ?

Oui. Nous avons choisi au printemps le repreneur de ces établissements et signé en cette rentrée scolaire le contrat de cession avec l’AFLEC, partenaire historique de la Mission laïque française.

 

La Mission laïque française cède ses neuf établissements en Espagne à l’AFLEC

 

Depuis le 1er septembre, cette opération est effective. La cession se réalisera progressivement, car elle nécessite encore diverses autorisations administratives, mais le contrat global a bien été signé. Cette décision s'inscrit dans une logique de responsabilité. Pendant longtemps, le réseau espagnol a été déficitaire. Nous avons mené un important travail de rationalisation et d'optimisation. Mais, pour retrouver de l'attractivité, ces établissements ont désormais besoin d'investissements importants, aussi bien sur le plan pédagogique que sur les infrastructures.

L’AFLEC possède une réelle expérience de l'internationalisation des modèles éducatifs. Son approche présente de nombreuses convergences avec notre projet MLF 2030. Nous savons qu'elle dispose de la capacité d'investissement nécessaire pour accompagner le développement de ces établissements et renforcer leur attractivité.

Il était également essentiel pour nous de garantir une continuité sociale et partenariale. Tous les personnels sont repris et les établissements restent au sein du réseau mlfmonde. Ils passent du statut d'établissements en pleine responsabilité à celui d'établissements partenaires.

 

 

Quels types d'investissements sont aujourd'hui nécessaires sur ces établissements ?

Nous avons toujours investi pour garantir la sécurité des élèves et des personnels, mais nous avons dû reporter de nombreux projets liés à l'attractivité des établissements : rénovation des bâtiments, amélioration des infrastructures sportives ou modernisation des espaces. Il existe également un besoin important d'investissements pédagogiques. Par exemple, le développement du baccalauréat français international représente un coût significatif. Le renforcement de l'enseignement de l'anglais ou l'évolution des parcours pédagogiques nécessitent eux aussi des moyens financiers conséquents.

 

 

Aujourd'hui, on constate une érosion du nombre d'élèves qui entrent en maternelle dans les établissements français à travers le monde.

 

 

Dans quelles régions du monde observez-vous une fragilisation de l'attractivité de l'enseignement français ?

Je ne pense pas qu'il s'agisse d'une région en particulier. Le phénomène est global. Nous l'observons notamment à travers la maternelle, qui a longtemps constitué l'un des pilliers phares du système éducatif français. Aujourd'hui, on constate une érosion du nombre d'élèves qui entrent en maternelle dans les établissements français à travers le monde.

Nous évoluons désormais dans un véritable marché éducatif international. En 2000, environ 230 000 élèves étaient scolarisés dans le réseau d'enseignement français à l'étranger. Ils sont aujourd'hui près de 400 000. C'est une progression importante.

Mais dans le même temps, les écoles internationales anglophones sont passées de moins d'un million à près de sept millions d'élèves. L'environnement concurrentiel a donc profondément changé. Nous devons tenir compte de cette évolution et adapter notre offre pédagogique aux attentes des familles, tout en conservant ce qui fait la force et la singularité de l'école française.

 

 

la web radio dans des établissements mlfmonde

 

 

Quels sont justement les atouts de l'enseignement français à l'international ?

Notre premier facteur de différenciation, c’est le plurilinguisme. Dans une école française internationale, les élèves évoluent dans un véritable environnement multilingue. Les écoles anglophones dispensent certes leurs enseignements en anglais, mais l'apprentissage de plusieurs langues ne constitue pas nécessairement le cœur du projet éducatif. Chez nous, cette dimension est centrale. Le défi est que nous ne savons pas toujours suffisamment valoriser cette spécificité. Nous devons mieux expliquer ce qui fait notre différence et renforcer encore davantage cette dimension internationale. C'est précisément l'un des objectifs du projet MLF 2030.

 

Classement PISA : le niveau des élèves français continue de reculer

 

 

Le Royaume-Uni est l'un des rares pays qui progresse encore dans les résultats PISA

 

Les résultats de PISA 2025 viennent d'être publiés. Y a-t-il des systèmes éducatifs qui vous inspirent particulièrement ?

Je pense qu'il existe de nombreuses pratiques intéressantes à observer à l'étranger. Le Royaume-Uni, par exemple, est l'un des rares pays qui progresse encore dans les résultats PISA alors que la plupart des pays de l'OCDE sont en recul. Cela mérite d'être analysé avec attention.

L'une des caractéristiques des systèmes anglo-saxons est l'importance accordée à l'encadrement pédagogique de proximité. On y trouve davantage de responsables intermédiaires qui accompagnent les enseignants au quotidien et favorisent le travail collaboratif.

Le pilotage par la donnée est également beaucoup plus développé. Cette culture de l'évaluation et de l'analyse des résultats permet d'ajuster les pratiques pédagogiques avec davantage de précision. Nous nous inspirons de certaines de ces approches dans le cadre de MLF 2030, notamment en renforçant l'évaluation des établissements et l'exploitation des données éducatives.

 

 

Concrètement, qu'est-ce qui va changer pour un élève dès cette année 2026 ?

Nous allons renforcer tout ce qui touche à l'engagement citoyen. Les maisons citoyennes, les assemblées citoyennes, les semaines consacrées aux cultures du monde ou encore les cafés philosophiques vont être développés dans nos établissements. Notre objectif est que les élèves se sentent pleinement citoyens du monde et capables de relever les défis d'un environnement en constante évolution. Nous voulons former des jeunes capables de trouver des solutions et d'agir. Nous renforçons fortement notre politique de plurilinguisme. Cela se traduit notamment par le développement des maternelles bilingues.

 

 

la maternelle au sein du réseau mlfmonde

 

 

Que signifie concrètement ce développement des maternelles bilingues ?

Les élèves bénéficieront d'un enseignement respectant les exigences de l'homologation française, avec 51 % du temps en français et 49 % en anglais. Plusieurs établissements fonctionnent déjà sur ce modèle et nous souhaitons désormais l'étendre à l'ensemble du réseau.

 

 

l'une des grandes forces du système éducatif français demeure le développement de l'esprit critique 

 

 

Si un parent expatrié hésite aujourd'hui entre une école française, une école internationale anglophone et une école locale d'excellence, que lui diriez-vous ?

Je lui dirais d'abord que choisir une école française, c'est choisir un véritable environnement international. Le français reste une grande langue internationale et les perspectives de l'Organisation internationale de la francophonie le confirment. Les élèves qui fréquentent nos établissements évoluent dans un environnement multiculturel et multilingue particulièrement riche.

Je lui dirais ensuite que l'une des grandes forces du système éducatif français demeure le développement de l'esprit critique. À l'heure des révolutions technologiques, de l'intelligence artificielle, des réseaux sociaux et de la circulation massive de l'information, cette capacité à analyser, questionner et prendre du recul est essentielle.

Je crois sincèrement que l'école française continue à former des élèves capables d'exercer leur esprit critique. C'est aujourd'hui l'une des compétences les plus précieuses pour évoluer dans le monde de demain.

 

 

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