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Erasmus : « Le miroir aux alouettes d’une prétendue Europe sociale »

Par Adrien Filoche | Publié le 25/02/2018 à 17:00 | Mis à jour le 26/02/2018 à 10:45
Photo : Jerome Lemasson
Marie Lahetjuzan Erasmus Bonus Malus

Retard et écart dans le versement des bourses, plafonnement des notes et manque d’accompagnement, Erasmus, ce n’est pas toujours l’Eldorado des rencontres interculturelles et des soirées étudiantes. Dans son livre Erasmus Bonus Malus, Marie Lahetjuzan lève le voile sur les travers du programme européen.

Lorsqu’elle s’envole pour Madrid en 2009 dans le cadre d’un échange universitaire, Marie Lahetjuzan, en double licence sociologie et médias à l’Université de Kingston (Londres), se dit que l’expérience sera formidable. Mais dès son arrivée, les problèmes commencent vite à s’accumuler, rendant le séjour bien moins agréable que prévu. Elle a tiré de cette expérience un livre, Erasmus Bonus Malus, qui révèle les galères que vivent certains étudiants qui suivent ce programme. 

Lepetitjournal.com : Quand avez-vous débuté votre enquête ?

Marie Lahejuzan : J’ai commencé en amont, c’est-à-dire avant de partir à Madrid. En fait, écrire était pour moi une façon de clarifier les choses. Quand j’ai entendu parler d’Erasmus, j’étais en première année universitaire à Kingston (Angleterre). Déjà, à la première réunion d’information, on nous vendait Erasmus avec tellement de couleurs, de fleurs et de poésie que ça me semblait un peu louche. Erasmus était présenté comme le fondement de l’Europe sociale : on allait tous recevoir une bourse, être égaux, … On se disait tous que ça allait être merveilleux et je voulais aussi y croire. Dans mon parcours de Française à Londres, j’avais été livrée à moi-même. Avec Erasmus, je me disais que j’allais être encadrée par l’Europe. Au final, dès l’inscription dans notre université d’accueil, j’ai rapidement compris que j’allais devoir un peu tout faire toute seule, et ce n’était pas comme cela que je l’imaginais. 

 

Erasmus Bonus MalusQuels ont été les points de discorde au cours de votre Erasmus ? 

Les bourses. On nous a promis le versement de notre bourse à la rentrée, pour payer notre billet d’avion, nos livres, nos études… Je suis arrivée en septembre et les bourses ont été versées deux mois en retard. Non seulement, tu te retrouves seul dans un pays étranger où tu ne parles peut-être pas la langue, tu n’as aucune aide de ton université ni de l’université d’accueil, et en plus tu n’as pas d’argent. Livré à toi-même, voilà ce que tu es. Et le problème était le même pour tous les Erasmus avec lesquels j’ai discuté. Autre problème propre aux étudiants britanniques : l’argent des bourses était mis sur le compte de notre pays de provenance, avant d’être transféré en Espagne. Sauf qu’au cours du séjour, le taux de change s’est écroulé. En transférant l’argent d’Angleterre en Espagne, j’ai donc perdu quasiment 1/3 de ma bourse. Par la suite, c’est aussi après avoir discuté avec des étudiants que j’ai remarqué qu’il y avait des écarts importants entre nos bourses. J’ai décidé d’envoyer un questionnaire anonyme aux gens et j’ai remarqué que d’un étudiant à l’autre, il y avait parfois 200 à 300 euros d’écart. Ça allait totalement à l’encontre de ce qu’on nous vendait au départ. Tout le système était bancal. Et en plus, les seuils de bourses sont trop bas. Il y a donc des parents qui s’endettent pour que leurs enfants restent en Erasmus. De mon côté, j’ai dû faire un prêt supplémentaire pour mon séjour à Madrid. Erasmus, ce n’est malheureusement pas accessible à tous, contrairement à ce qu’on pourrait croire… Pour moi, c’est le miroir aux alouettes d’une prétendue Europe sociale. Pour tout vous dire, je suis revenue de Madrid dégoutée de l’Europe… 

 

J’ai cru comprendre que les notes ont, elles aussi, posé problème.

C’est exact. Quand je suis rentrée en Angleterre, les notes ont été plafonnées à 75 %. J’avais 8,6/10 de moyenne, en ayant énormément bossé pour obtenir une mention, et toutes mes notes ont été rabaissées. Cette conversion me paraissait absurde. J’ai donc enquêté et découvert qu’il existait une table de conversion officielle qui plafonnait les notes à 75 %. Mais ça, personne ne nous l’a dit avant de partir ! C’est après une longue bataille que j’ai réussi à faire modifier la table de modification. Les notes ont été réajustées à la hausse pour mieux convenir à la réalité. Avec les Erasmus, on a abordé une autre problématique : celui des modules. J’ai trouvé étonnant que personne n’ait le même emploi du temps. En fouillant un peu, j’ai découvert que les modules de sociologie valaient entre 5 et 6,5 crédits ECTS, alors que ceux de médias et journalisme seulement 4,5. Pourquoi un étudiant en journalisme devrait en valider plus, alors que cela représente le même nombre d’heure et la même charge de travail… C’est complétement hallucinant. 

 

Regrettez-vous d’être partie en Erasmus ? 

(Après quelques secondes d’hésitation) Je ne regrette pas. Et c’est vrai que pour les jeunes qui partent pour la première fois à l’étranger, seuls, c’est une opportunité merveilleuse. Dans mon cas, j’avais déjà une expérience à l’étranger, donc c’était sûrement moins magique que les autres. Et malgré tous les problèmes, cela m’a apporté de bonnes choses. D’un pays à l’autre, on ne lit pas les mêmes auteurs. Grâce à mon Erasmus à Madrid, j’ai découvert la philosophie d’Amérique Latine, des auteurs argentins, colombiens, etc… et une toute autre vision des disciplines que j’étudiais. Attention, il ne faut pas croire que mon livre incite les gens à ne pas partir. Au contraire, il invite les gens à voyager, tout en leur conseillant de faire attention avant de se jeter tête baissée dans les idéaux d’Erasmus. 

 

Son livre : Erasmus Bonus Manus, paru le 10 octobre 2017, disponible sur Amazon 

Sa page Facebook 

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Adrien Filoche

Étudiant en Mastère de Journalisme spécialisation Internationale à Nice, je suis depuis janvier 2018 au sein de la rédaction de Paris du petitjournal.com
9 Commentaire (s)Réagir
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Solaine mer 28/02/2018 - 06:15

C’est un seule experience. Des milliers d’etudiants partent en Erasmus et chaque experience est differente. Je suis partie en Espagne en 2008, et c’etait une fabuleuse experience qui m”a prepare a partir a l’etranger et plus loins (Afrique du Sud, Mexique) et m’a permis d’apprendre a me debrouiller toute seule ( j’ai degote des bourses europeennes et internationales ). Je la trouve tres negative. Elle se sit perdue et seule dans un pays ou elle ne connait pas la langue. Passe 20 ans, c’etait une grande fille, il fait se prendre en main a un moment.et surtout quand on pars a l’etranger on apprend un minimum la langue en amont!

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JDBNice lun 26/02/2018 - 10:13

Bien trouvé ce témoignage ! Finalement, aussi pénibles que ces dysfonctionnements aient pu être, ce n'était pas si terrible que ça et il faut encourager l'extension d'Erasmus aux apprentis et aux lycéens. La région PACA offre déjà des séjours MOBIPRO aux élèves du cursus bac professionnel, du moins l'offrait vers 2010. Le président Macron veut justement étendre Erasmus et c'est là qu'il faut améliorer les aspects pratiques évoqués dans l'article, car cela s'adressera à un public moins favorisé que Marie et avec ce genre de problèmes l'effet serait contre productif. Pour ma part, j'insiste qu'il faut un monde plurilingue et inciter vivement les jeunes à apprendre et faire apprendre le plus de langues possible. Donc prévoir les modules des langues des pays d'accueil et contenir à défaut de supprimer les échanges en anglais lorsqu'on n'est pas dans un pays de langue maternelle anglophone. Je m'exprime ici en angliciste confirmé.

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Kriss lun 26/02/2018 - 13:53

Comme d'habitude l'européiste forcené MACRON monsieur "tout en même temps au départ et rien ne sera à l'arrivée" veut absolument continuer à emplâtrer à qui mieux mieux politique, la même jambe de bois bruxelloise! Toujours persister à communiquer en "sautant comme un cabri en criant l'Europe l'Europe"! Rien à faire pour faire comprendre à ces politicards que ce sont les fondations même de l'EU qui sont problèmes et que rien ne pourra être reconstruit sur ces fondations là, Erasmus est comme le reste de la gabegie! Quand vous imaginez que constitutionnellement quelqu'un a sorti qu'il faut la majorité absolue de 27 pays pour changer quoi que ce soit dans une organisation qui doit s'adapter au jour le jour à un monde qui bouge ? Qui ne comprend qu'un nouveau type de mafia est aux commandes pour que justement rien ne bouge! L'UE a donc était voulu comme un énorme pachyderme qui ne pourra jamais marcher car trop gras, ventripotent, impotent, un tas de graisse sans cerveau en proportion de sa masse! Un volume adipeux pseudopodé qui ne peut que déplacer de l'air politique et c'est donc ce qu'il fait! Il a été divisé en un troupeau de pachydermes montés de politiciens cornacs technocrates seulement préoccupés de leurs intérêts personnels sans aucune réglementation engageant leur responsabilité personnelle aux résultats! Pas mal dans un monde capitaliste qui ne veut que des résultats immédiats ! Vous avez déjà vu dans le privé, cette société civile aujourd'hui macronistement mise en avant, un patron conserver un employé qui la mène à la faillite ? Alors votre Erasmus itou voilà tout, c'est seulement un beau nom pour un éléphant! Bien pire encore que vous ne voulez voir! Toute cette UE ondule dans un système international identique ... des "machins" surmontés de mêmes cornacs, chacun sur son mammouth ONU FMI UNESCO etc...perchés comme des maharadjas endiamantés, car ne le sont-ils de nos impôts en effet! Ainsi ces animaux sont bien embrigadés en colonne et pour ne pas les effrayer des bruits intempestifs de citoyenneté , de Peuple, d'éthique, de toutes ces mauvaises notions humaines trop bruyantes qui dérangent, que peuvent-ils faire d'autre que "discuter" "adapter" "négocier" "faire selon le vent" pour ne pas rompre le pas lent de l'autre pachyderme devant et celui derrière? Sinon c'est toute la colonne qui s'emboutira la trompe de l'un dans les fesses de l'autre! Le "Livre de la Jungle" en réalité vous n'y pensez pas! La jungle est là pourtant! Alors effectivement experts en tromperies par nature même, on légifère évidemment selon les "ondulations" des pas des mammouths et subrepticement on en profite pour "onduler" ses propres responsabilités en les camouflant pour le temps de ses intérêts personnels! La jungle est bien là oui et vous ne la voyait pas et ce sont les citoyens du monde civilisé qui seuls payeurs écrivent le Livre! Ainsi "en marche" oui, forcée vers la faillite de toute philosophie sur le simple bien-être humain qu'on veut niveler, écraser sous les pas de ces bestiaux. On oublie alors que l'éducation par la connaissance des autres et le vécu des différences est la vraie fondation pour construire un ensemble mondial ! Erasmus c'est cela, pas cet animal nivellement là mais justement le contraire! Alors voilà, malheureusement votre Erasmus est comme le reste des ambitions UE! Un fiasco qu'on camoufle pour plus de fiasco encore car des irresponsables notoires cornacs grouillent dans les couloirs de Bruxelles et sont irrémédiablement là, toujours là car on a prévu aussi qu' ils se nomment entre eux! Macron, lui comme les autres politicards, vous embarquent donc à ne voir que peinturlure sur le stuc, pas même la jambe de bois belge et moins encore la vraie jambe citoyenne démocratique qu'on a volontairement coupée ! L'Europe claudique et n'avance pas, cela vous étonne ? Dommage qu'universitaire, comme vous semblez l'être, vous vous laissez prendre au jeu de ne voir que fanfreluches de com politique et non fondements de la réalité. C'est pourtant vous qui devriez tirer la sonnette d'alarme en utilisant votre utilitaire "anglicisme confirmé" pour servir internationalement aux autres, avant tout pour défendre l'idée fondamentale initiale de la "philosophie confirmée" d'Erasmus! Or le livre de cette étudiante comme la réalité n'est pas ce que l'on constate dans les faits! Les faits sont bien plus simples à voir et vous faites erreur de tenter les minimiser alors qu'ils sont énormes car ils portent sur les fondements non sur la forme! Simple le problème ERASMUS..... il n'est que celui plus général de l'UE!

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socrate94 mer 28/02/2018 - 13:27

Quelle lucidité de votre part, Kriss. Voilà une analyse que je partage absolument!

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Euroyoyo mar 27/02/2018 - 10:55

Bravo Kriss.Ca fait plaisir de lire des personnes lucides qui ne pratiquent pas la langue de bois comme nos politiciens et les journaleux à visée propagandiste.

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