À la tête du Cned depuis mars 2025, Anne Szymczak met son expérience de terrain et de pilotage stratégique au service d’un objectif clair : réduire la distance – géographique, pédagogique et sociale – pour sécuriser les parcours et favoriser la réussite de chaque apprenant. Face aux nouveaux enjeux du monde, elle se confie à la rédaction.


Vous avez exercé à la fois des fonctions de terrain et des responsabilités de pilotage au sein de l’Éducation nationale. Comment ces différentes expériences nourrissent-elles aujourd’hui votre vision et votre action à la tête du Cned ?
J’ai enseigné pendant presque 20 ans. Ensuite, je suis entrée à l’inspection générale en 2013, puis j’ai pris la direction générale du Cned en mars 2025. Il y a une forme de continuité dans ce parcours, qui permet de connaître le système éducatif, de la classe au cabinet des ministres, et de la partie scolaire à l’enseignement supérieur. Cela offre à la fois de la hauteur et de la largeur de vue sur l’ensemble des métiers de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur, sur les plans réglementaire, organisationnel, mais aussi en termes de richesse humaine.
Nourrir l’excellence de l’établissement et de le faire évoluer avec son époque
Actuellement au Cned, avoir enseigné et suivi l’ensemble des degrés d’enseignement à l’inspection générale permet de comprendre les analogies et les différences entre l’enseignement présentiel et la conception, l’ingénierie de formation pour l’enseignement à distance, ainsi que les modalités d’accompagnement des apprenants. C’est une véritable richesse pour s’adresser au cœur du métier du Cned. Qu’on soit professeur ou directrice générale d’un tel établissement, l’objectif reste d'amener chacun vers son propre niveau d’excellence. Aujourd’hui, c’est ce que je m’efforce de faire pour chacun des agents, enseignants et vacataires, afin de nourrir l’excellence de l’établissement et de le faire évoluer avec son époque.

Après avoir observé l’Éducation nationale à tous les niveaux - enseignement, terrain, inspection, pilotage stratégique....Comment percevez-vous le système éducatif français à l'international aujourd'hui ?
Le système éducatif français conserve une place singulière à l’international, grâce à la rigueur de ses programmes, la valeur de ses diplômes et la solidité de ses parcours disciplinaires. Sa tradition d’analyse critique ainsi que les valeurs de liberté, laïcité et égalité qu’il promeut renforcent son attractivité, attirant des élèves et familles de tous horizons à travers le monde.
Nous sommes également conscients de la qualité et de l’attractivité de certains systèmes étrangers, ce qui nous encourage à innover
A l’international, sa force réside également en un maillage territorial important et son réseau scolaire se distingue par son ouverture sur le monde : plurilinguisme, interculturalité et exposition à des environnements multiculturels permettent aux élèves de développer des compétences globales et de s’adapter à des contextes variés, l’objectif final étant bien centré sur la réussite de l’élève. Nous sommes également conscients de la qualité et de l’attractivité de certains systèmes étrangers, ce qui nous encourage à innover et à faire évoluer nos pratiques.
Nous exerçons une veille systématique : l’éducation nationale, et par extension le Cned, surveillent en permanence les travaux de recherche et les inspirations internationales. La pratique du benchmark est devenue quasi systématique. Dans mon précédent poste à l’inspection générale, nous avions d’ailleurs institutionnalisé l’élaboration d’un panorama des traitements des sujets à l’international. Ces démarches sont essentielles, d’autant que les rencontres internationales se multiplient et contribuent concrètement aux progrès réalisés.
Le Cned vit ces enjeux au quotidien et s’efforce d’offrir des solutions de continuité éducative et de pluralité de parcours, intégrant innovations pédagogiques et outils numériques. Ces dispositifs permettent à chaque élève de suivre son cursus à son rythme et de bénéficier d’un accompagnement adapté à ses besoins.
notre responsabilité est de réduire la distance – géographique, pédagogique ou parfois sociale

En prenant la direction générale du Cned, quelle est votre priorité absolue pour 2026 ?
Ma priorité depuis mon arrivée en mars 2025 à la tête de l’établissement est de poursuivre et d’amplifier le renforcement de la proximité et de la qualité de la relation à l’inscrit, quel qu’il soit et où qu’il se trouve. Le Cned accompagne des publics très divers, en France comme à l’international, et notre responsabilité est de réduire la distance – géographique, pédagogique ou parfois sociale – pour sécuriser les parcours et favoriser la réussite de chacun. Cela se traduit par des actions très concrètes : la qualité des cours et des ressources pédagogiques, le développement des échanges synchrones, le déploiement d’une application mobile pensée par et pour les apprenants, le renforcement des services d’orientation, et surtout des réponses adaptées et personnalisées aux besoins spécifiques de chaque inscrit.
L’année 2026 sera également marquée par la conduite de projets structurants, au premier rang desquels notre plan de transition écologique 2026-2030, pour transformer durablement nos pratiques, réduire nos émissions de gaz à effet de serre et former les citoyens de demain, et notre stratégie en matière d’intelligence artificielle, fondée sur un usage utile, raisonné et responsable, toujours au service de notre mission de service public.
Vous parlez de distance géographique et parfois sociale. Le sentiment d’isolement est souvent évoqué dans l’enseignement à distance. Qu’en pensez-vous ?
Le sentiment d'isolement est un vrai risque lorsque l’on suit une formation à distance, qu'on soit élève, jeune adulte, étudiant ou adulte en reconversion. Tout dépend des raisons pour lesquelles on s’y trouve confronté. Si un élève l'a choisi, ou si une famille l'a choisi et l'accompagne, l'organisation est telle que la motivation est nourrie, et on peut imaginer que dans le cadre des expatriations il y a un accompagnement des familles, puisque c'est en général un projet partagé.
Nos baromètres indiquent que nos inscrits, qu'ils soient en France ou à l'étranger, recherchent de plus en plus de présence humaine incarnée. C'est intéressant de voir cela six ans après la Covid-19, avec le télétravail et l'utilisation intense des réseaux sociaux pour les jeunes.
Je pense qu'il ne faut pas associer l'enseignement à distance à de l'isolement, mais je pense que notre responsabilité est de le prouver.
On nous demande de développer les moyens d'un suivi individualisé : des classes virtuelles, avec des moments d'échanges oralisés ou des conversations instantanées et des chats qui permettent de compenser cela. Cela fait partie des demandes et constitue des axes forts sur lesquels on travaille : réduire la distance pour limiter le sentiment d'isolement, répondre aux questions au moment où elles se posent ou même avant, et traiter de manière différenciée les besoins des apprenants. Nous avons des classes virtuelles pour lutter contre le décrochage par exemple, lorsque nous repérons des difficultés chez tel ou tel lycéen ou collégien. Nous travaillons aussi à proposer des services permettant de créer des situations d'échange. Je pense qu'il ne faut pas associer l'enseignement à distance à de l'isolement, mais je pense que notre responsabilité est de le prouver.

Le Cned remplit un rôle fondamental pas seulement en France mais aussi à l’international. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Avec près de 20.000 inscrits dont 17.000 scolaires à travers le monde*, le Cned est l’opérateur majeur de la formation à distance et de l’enseignement du français à l’international. Cette dimension fait pleinement partie de l’ADN de l’établissement et constitue un axe fort de notre contrat d’objectifs et de performance.
Aujourd’hui, nous comptons 156 conventions de partenariat à travers le monde
Nous participons pleinement au réseau de l’enseignement français à l’étranger, en tant qu’opérateur public sous la tutelle des ministères de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace. Nous assurons la continuité du service public d’éducation pour les élèves résidant à l’étranger, de la grande section de maternelle à la terminale, lorsque la scolarisation en présentiel n’est pas possible, ou en complémentarité avec l’offre existante. Nous travaillons également en appui des établissements de l’enseignement français à l’étranger mais aussi avec d’autres établissements ou structures éducatives locales souhaitant intégrer un parcours français. Aujourd’hui, nous comptons 156 conventions* de partenariat à travers le monde, et cette dynamique continue de se renforcer.
Enfin, le Cned sait répondre avec agilité aux situations de crise, en apportant des solutions de continuité pédagogique adaptées, sur le court ou le long terme. C’est un rôle essentiel, au service des élèves, des territoires et du rayonnement éducatif de la France. Nous intervenons également sur le volet de la formation, pour toute personne souhaitant initier un cursus, poursuivre ses études ou se reconvertir, ainsi que pour les professeurs de français langue étrangère, en poste ou en devenir, qui cherchent à se professionnaliser.

Pouvez-vous donner un exemple concret de partenariat du Cned avec des acteurs de la diffusion du français à l’international ?
Nous avons, par exemple, sur le DAEFLE (diplôme d'aptitude à l'enseignement du français langue étrangère) un partenariat très fort avec l'Alliance française de Paris. Par rebond, c'est une forme de partenariat avec l'ensemble des Alliances françaises, puisque cette certification est reconnue et largement mobilisée à l'international. La remise des diplômes de DAEFLE à l'Alliance française de Paris est une occasion de mesurer la motivation de toutes ces personnes, venant d'horizons très différents pour travailler soit à l'étranger au service du rayonnement de la France via l'enseignement du français langue étrangère, soit en France comme terre d'accueil.
L’IA n’a de sens que si elle est mise au service de l’intelligence humaine, des apprentissages et de la relation pédagogique
Comment le Cned fait face à des tendances incontournables comme l’intelligence artificielle ? Quel est votre regard sur l’impact du numérique sur les apprentissages ?
L’intelligence artificielle constitue une opportunité réelle, à condition de ne pas en faire une promesse excessive. Notre approche est volontairement raisonnée, éthique et transparente : l’IA n’a de sens que si elle est mise au service de l’intelligence humaine, des apprentissages et de la relation pédagogique. Comme pour toutes les innovations et réflexions au Cned, l’IA est pensée et utilisée pour se mettre au service de l'usager. Concrètement, elle peut apporter une plus-value importante en matière de motivation, d’engagement des apprenants, d’individualisation des parcours, ou encore de différenciation des exercices et de soutien à la mémorisation. Nous menons par exemple des expérimentations d’accompagnement pour des jeunes adultes ou adultes par des personae clairement identifiés comme non humains, dans un souci de confiance et de clarté vis-à-vis des usagers.
Plus largement, nous veillons à maintenir un équilibre entre innovation numérique et pratiques pédagogiques éprouvées. Le Cned assume une approche hybride, qui combine outils numériques performants et supports plus traditionnels lorsque cela est pertinent, afin de favoriser de bons comportements d’apprentissage.
Notre objectif est clair : un accompagnement présent, rassurant, mais non intrusif, attentif aux enjeux de déconnexion comme à ceux d’accessibilité. C’est cet équilibre que nous construisons, notamment grâce aux retours de nos utilisateurs. Nous avons mis en place une communauté de bêta-testeurs « Les innovateurs du Cned », un programme participatif qui place les utilisateurs au cœur de notre démarche UX Design et d’innovation. Ils ont d’ailleurs joué un rôle important dans la mise en œuvre de notre application mobile lancée à la rentrée 2025. Pensée par et pour les apprenants, son objectif est de faciliter les démarches du quotidien et l’accès aux informations clés, directement depuis un smartphone. Cette application s’inscrit dans une logique de complémentarité et de synchronisation avec l’espace de formation, qui reste le point d’accès aux contenus pédagogiques. Elle est disponible pour l’ensemble de nos inscrits en France comme à travers le monde.
Sur nos plus de 140.000 inscrits, environ 45.000 sont des adultes en formation, dont 15.000 étudiants

Le Cned accompagne les jeunes mais propose aussi des formations pour adultes, moins connues du grand public. Pouvez-vous nous en parler ?
Opérateur public de l’enseignement à distance, le Cned conduit son action autour d’une double mission d’éducation et de formation à distance. Il est un acteur majeur de la formation tout au long de la vie. Sur nos plus de 140.000 inscrits, environ 45.000 sont des adultes en formation, dont 15.000 étudiants. * Notre offre s’adresse à des publics très variés : salariés, demandeurs d’emploi, étudiants, agents publics, en France comme à l’international. Nous proposons des formations diplômantes et certifiantes, des titres professionnels, des préparations aux concours de la fonction publique, des formations en langues, ainsi que des cursus universitaires, notamment dans le domaine du français langue étrangère.
L’enjeu, là encore, est d’offrir des parcours flexibles, personnalisés et sécurisés, compatibles avec des contraintes professionnelles et personnelles fortes. Cette mission de formation des adultes est pleinement complémentaire de notre mission sur le plan scolaire : elle participe à l’élévation des compétences, à l’employabilité et à la cohésion sociale, en France comme dans le monde francophone.
Je crois fortement aux solutions hybrides d’enseignement à distance, qui peuvent être couplées à une forme de médiation en présentiel.
Un mot particulier pour nos lecteurs, Français de l’étranger ?
Je ne peux que leur souhaiter d'être épanouis là où ils sont et dans le projet qui les a menés là où ils sont. Redire que le Cned sera toujours un partenaire de tous les apprenants et de tous les parents, où qu'ils soient. Je crois fortement aux solutions hybrides d’enseignement à distance, qui peuvent être couplées à une forme de médiation en présentiel. Nous expérimentons déjà ce type de dispositifs à l’étranger pour répondre aux besoins locaux.
*Source : Rapport d’activité 2024
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