Jordan Bardella a présenté le programme du Rassemblement National pour les Législatives 2024. Parmi les différentes propositions présentées, celle « d’empêcher » les personnes binationales d’occuper des « emplois sensibles » est vivement critiquée.


Déjà portée en 2022 par Marine Le Pen puis abandonnée, la mesure rendant incompatible double nationalité et postes stratégiques au sein de l’Etat a été à nouveau proposée par le chef de file du Rassemblement National le 24 juin 2024 en conférence de presse. « Les postes les plus stratégiques de l'Etat seront réservés aux citoyens français et aux nationaux français », excluant ainsi les binationaux. « Nous n'entendons pas remettre en cause la double nationalité (...). En revanche, nous entendons effectivement réserver un certain nombre d'emplois stratégiques dans les secteurs notamment liés à la sécurité et à la défense exclusivement à des citoyens français » annonce-t-il.
3,3 millions de binationaux en France en 2008
Selon des chiffres de l’INED, datant de 2008, rien qu’en France, environ 3,3 millions de personnes disposent d’une double nationalité. Face à cette réalité, de nombreuses questions demeurent sur l'annonce du RN : Toutes les doubles nationalités sont-elles concernées ? Quels métiers sont considérés comme sensibles ? Les personnes binationales déjà en poste perdraient-elles leur poste si le parti arrive au gouvernement ?
Le 24 juin 2024, Sébastien Chenu, député RN déclare sur TF1 que cette interdiction ne portera que sur « des emplois extrêmement sensibles, par exemple des binationaux russes pour occuper des postes de direction stratégique dans la défense ». Exemple franco-russe repris également par Jordan Bardella, sans pour autant donner davantage de détails sur le type d’emplois concernés. Sur Twitter, Marine Le Pen a précisé qu’il ne s'agirait que de « quelques dizaines d’emplois », en matière de défense, de nucléaire ou de renseignements notamment.
Et maintenant la fake news sur les emplois interdits aux double-nationaux !
— Marine Le Pen (@MLP_officiel) June 24, 2024
Stop !
Les double-nationaux peuvent occuper TOUS les emplois dans la fonction publique, bien sûr. La restriction ne concernerait que quelques dizaines d’emplois très sensibles dans des postes…
Difficile encore d'y voir clair sur les métiers concernés par la mesure proposée. Côté politique par exemple, de Meyer Habib, - député sortant (LR) de la 8ème circonscription des Français de l’étranger - à Malika Sorel, future députée européenne (RN), nombreuses sont les personnalités politiques françaises à avoir une double nationalité.
Dans l’opposition, les voix s’élèvent
Sur X (ex-Twitter) comme dans les médias, la proposition est jugée discriminatoire et raciste par certains. Même son de cloche chez les politiques de gauche, à l’instar du socialiste Boris Vallaud : « En République, c'est l'excellence d'un parcours qui permet de devenir haut fonctionnaire, pas la "pureté" d'un arbre généalogique ».
En République, c'est l'excellence d'un parcours qui permet de devenir ministre ou haut-fonctionnaire, pas la "pureté" d'un arbre généalogique.
— Boris VALLAUD (@BorisVallaud) June 24, 2024
Le Rassemblement national n'a pas changé.
Que ceux qui mettent plus d'énergie à combattre la gauche que l'extrême-droite se réveillent. https://t.co/xPaRSRe8uR
L’homme à la tête du parti d’extrême droite défend : « l’idée est de protéger les intérêts français, d’éviter les tentatives d’ingérence ». La mesure sera mise en œuvre par « une loi organique et un décret pour empêcher les ingérences », car il s’agit de « se protéger » dans les « secteurs sensibles », a insisté Sébastien Chenu. Cependant, ce texte devrait au minimum se heurter à la Constitution, qui s’est déjà exprimée en 2022 sur le sujet - lorsque Marine Le Pen avait fait cette proposition - en affirmant qu’il n’y a pas de distinction entre les nationaux et les binationaux.
Sur le même sujet











































