6 questions à la NUPES pour les Français de l’étranger

Par Natacha Marbot | Publié le 29/05/2022 à 17:45 | Mis à jour le 29/05/2022 à 18:05
logo de la NUPES

La Nouvelle Union populaire écologique et sociale, NUPES (à prononcer « nupèss ») concentre les interrogations et les incompréhensions. C’est un accord historique entre les grands partis de la gauche de l’échiquier politique français. Les responsables des Français de l’étranger du Parti socialiste, d’Europe écologie les verts, de la France insoumise et de Génération·s ont accepté de répondre à nos questions pour vous éclairer sur la NUPES.

 

La NUPES est une coalition politique de gauche, rassemblant les partis suivants : le Parti socialiste, Europe écologie les verts, la France insoumise, Génération·s et le Parti communiste français. Après de longues négociations, les membres de la NUPES se sont réparties les circonscriptions des Français de l’étranger afin de n’avoir, à chaque fois, qu’un candidat unique pour la coalition de la gauche. La France insoumise présente un ou une candidate dans 6 circonscriptions (n°1,2,5,7,8 et 10), Europe écologie les verts dans 2 circonscriptions (n°3 et 5) et le PS (n°4), le PCF (N°11) et Génération·s (N°9) présentent chacun 1 candidat.

 

Comment se sont déroulées les négociations entre les 5 partis ?

Cécilia Gondard, secrétaire fédérale de la fédération du Parti Socialiste pour les Français de l’étranger : Les négociations ont été longues car l’enjeu est de taille : changer de majorité à l’Assemblée Nationale ! La colère que nous avons vue en France, à travers la crise des gilets jaunes notamment, nous l’entendons à l’étranger. À quelques jours de ces élections législatives, les syndicats d’enseignants à l’étranger et le quai d’Orsay se mettent en grève: l’urgence sociale et écologique est plus pressente que jamais. C’est pour faire face à l’urgence que nous avons pris collectivement, à gauche, nos responsabilités.

Florence Poznanski, co-animatrice du groupe des Français de l’étranger à La France Insoumise : La dimension historique de cet accord est qu’il ne s’agit pas d’une simple répartition de circonscriptions, mais qu’il se concentre sur une stratégie politique historique qui vise à donner aux élections législatives une importance politique qu’il n’y avait plus dans la 5e République : se rassembler autour d’un programme et une stratégie commune : gouverner avec une majorité parlementaire. 

Alexandre Chateau-Ducos, co-secrétaire EELV région Hors de France : Il est évident qu’un accord n’allait pas de soi. Cependant, c’est très rapidement que nous, écologistes, avons décidé d’ouvrir les négociations avec le parti de Jean-Luc Mélenchon afin de mobiliser la gauche pour une autre politique que celle proposée par Emmanuel Macron. Répéter un quinquennat saccageant notre modèle social et inactif en matière climatique nous a mis face à nos responsabilités. L’union des gauches était nécessaire pour répondre aux crises majeures que nous connaissons. Les négociations ont duré, car on ne s’accorde pas “à l’improviste” mais elles ont permis de se respecter, d’entendre les programmes des uns et des autres et d’aboutir à un accord de cadrage et surtout, à ce que les militants et militantes de toutes les formations attendaient également.

Raphaël Leiba, co-référent de Génération·s Monde : Les électeurs de gauche nous le disaient depuis cinq ans : « Faites l’union, vos différences sont si faibles sur tant de sujets ! ». Génération·s s’est construit sur cet ambition de rassembler les partis luttant pour une réelle efficacité face à la perte de biodiversité et à la crise climatique et les pour plus de justice sociale. Le pôle écolo, construit il y a un an autour de EELV, devait être la première pierre de cette union large de la gauche et de l’écologie. Les négociations ont été évidemment compliquées mêlant des petites divergences programmatiques et des questions de personnes à investir mais, collectivement, nous l’avons fait ! Nous avons cherché et trouvé le dénominateur commun plutôt que la petite bête.

Avez vous convenu d’une plateforme commune, ou s’agit-il d’accords bipartites ?

Cécilia Gondard (PS) : En effet, nous avons des candidats uniques partout en France, et un programme commun pour la NUPES. N’oublions pas que nous avons l’habitude de travailler tous ensemble. à l’Assemblée des Français de l’étranger, nous avons un groupe commun, à l’Assemblée et au Sénat, nous votons ensemble à 85% depuis 5 ans. Nous avons voté ensemble par exemple, pour ouvrir le bénéfice du RSA pour les moins de 25 ans jusqu’en décembre 2023, pour renforcer les moyens alloués à l’office français de la biodiversité, ou pour un revenu de base. C’est dommage que la majorité macroniste ait rejeté ces propositions. À l’inverse, c’est ensemble que nous avons voté contre ces lois qui nous font honte à l’étranger : loi séparatisme, pénalisation de la diffusion d’images de la police, loi sécurité globale, régime fiscal pour les français de l’étranger. 

Florence Poznanski (LFI) : En quelques semaines, des organisations qui ont été pendant longtemps adversaires dans les urnes, ont réussi la prouesse de mettre de côté leurs différends et leurs inimitiés pour réaliser l’union que tant de citoyennes et de citoyens attendaient. 

Alexandre Chateau-Ducos (EELV) : Ne voulant pas tromper les électeurs et électrices de gauche, l’accord ne devait pas être un simple accord technique, il se devait d’aller plus loin qu’une répartition des circonscriptions. Cependant, les points d’achoppement existent et des compromis ont été trouvés. Il s’agit donc d’une feuille de route qui a été complétée par des négociations plus avant dont la présentation en a été faite jeudi dernier. En responsabilité, les points de désaccords qui existent encore seront tranchés lors des débats dans le futur Parlement.

Raphaël Leiba (Génération·s) : Les accords bilatéraux ont d’abord permis de figer des axes programmatiques communs qui ont tracé la voix à un réel travail programmatique de fourmis révélé jeudi dernier. Les 650 propositions du programme de la NUPES sont listées ici, et si différences de points de vue il y a, elles sont clairement indiquées. Oui les membres de la NUPES auront quelques divergences sur quelques sujets, mais ils seront tranchés au parlement, quoi de plus sain pour une démocratie ? C’est là que réside toute la beauté de cet accord programmatique : la volonté farouche du retour en force du parlementarisme. 

Quel est votre regard sur les nombreuses critiques que vous recevez suite à la création de la NUPES ?

Cécilia Gondard (PS) : Les électeurs de gauche attendaient cette union depuis longtemps, 95% d’entre eux y sont favorables. À droite, du coup, elle fait peur. Ils préfèrent taper sur la gauche que sur l’extrême droite, qui leur garantit leur réélection au second tour des présidentielles. En réalité, beaucoup de Français de l’étranger vivent dans des régimes parlementaires plus que présidentiels, et comprennent la notion de coalition de gouvernement. Cela implique une grande maturité politique, et le fait même que nous ayons pu nous accorder sur un programme commun, sans prendre nos identités politiques propres par ailleurs, témoigne de notre préparation à prendre le pouvoir et à mener une politique radicalement différente. Il s’agira d’une politique qui mettra les intérêts des citoyens avant ceux du grand capital, qui s’attachera à aider ceux qui en ont le plus besoin plutôt que d’enrichir davantage les plus nantis.

Florence Poznanski (LFI) : Mon avis c’est que cela prouve que nous sommes sur la bonne voie. Plus la force de ce mouvement sera grande, plus les critiques grandiront. A la France Insoumise, nous y avons été habitués et cela nous a menés aux portes du 2e tour ! 

Alexandre Chateau-Ducos (EELV) : La cinquième République est à bout de souffle, démocratique et institutionnel. Les Français et Françaises le font savoir en boudant notamment et significativement les urnes. Ce système, avantageant plus que de raison la formation arrivée en tête, même très légèrement, est source de frustration civique. L’union des forces est désormais la seule possibilité pour peser et gouverner. LREM ne s’y est pas trompée en agrégeant autour d’un pôle central libéral de petites formations qui y trouvent le moyen d’exister. Ils sont les premiers à avoir voué aux gémonies la NUPES en la qualifiant d’attelage improbable alors que nous y avons plus de points communs que notamment le grand écart Macroniste de la sociale démocratie à la droite sociale. C’est un véritable procès d’intention car un succès de la NUPES mettrait à bas leur propre union de petits intérêts. C’est un procédé vil qui n’honore pas leurs auteurs. 

Raphaël Leiba (Génération·s) : La NUPES et son programme font peur. Ils font peur aux libéraux et aux conservateurs qui, du coup, inventent tous les mensonges du monde pour discréditer cet élan populaire. A nous d’écouter les critiques et d’y répondre méticuleusement point par point pour expliquer le programme et la méthode d’une majorité parlementaire et d’un gouvernement NUPES.

Comment vivez vous les déclarations des ex-membres du PS contre la formation NUPES ?

Cécilia Gondard (PS) :  Il y a un effet générationnel fort dans notre société: les papyboomers (ndlr : Le papy-boom désigne le grand nombre de départs à la retraite qui doivent avoir lieu entre 2006 et 2025 dans les pays développés) votent massivement pour Emmanuel Macron - même si nombre d’entre eux ont aussi voté pour les candidats de gauche au premier tour de l’élection présidentielle. On l’observe dans une certaine mesure, avec ceux de leur génération, qui ont pris le contrôle du PS pendant longtemps, et que les militants socialistes ont, dans leur large majorité, rejetés dans leurs congrès, à l’image d’ailleurs d’une partie de l’ancien électorat PS. 

Il y a par ailleurs un décrochage - beaucoup d’experts l’ont très bien expliqué - entre les élections locales et régionales, où le PS est le premier parti à gauche, suivi d’EELV, et les élections présidentielles. Nous n’avons pas encore assez de recul pour l’expliquer, mais des camarades socialistes qui ont reconquis des territoires, à la force de leur militantisme pendant ces dernières années, se sentent plus légitimes, localement, que cet accord. 

À tous ceux-là je voudrais dire: je comprends leur frustration. Mais elle ne doit pas nous empêcher d’avancer. Car l’urgence sociale et climatique s’impose à nous et nous impose de prendre collectivement nos responsabilités, pour permettre à une majorité de gauche et écologiste d’émerger à l’Assemblée nationale. 

Florence Poznanski (LFI) : je salue la position d’Olivier Faure qui a su saisir le moment historique que nous vivons et mettre son parti au service de cette stratégie gagnante. Les dissidences que l’on a vu surgir du côté de certains secteurs du PS, restent pour moi une façon incompréhensible de faire prévaloir la réputation de certaines personnes au profit d’une victoire collective. Cette union a été très difficile à vivre par toutes les bases militantes puisque des centaines de candidats et candidates, parfois très implantées localement, ont dû se retirer au profit de la candidature unique NUPES. Il faut rendre hommage à ces militants qui ont su se ranger derrière la cause collective. 

Alexandre Chateau-Ducos (EELV) : Il faut reconnaître le courage politique d’Olivier Faure qui a su s'affranchir des fameux éléphants du parti, héritiers d’une époque révolue. Qu’ils partent donc rejoindre le clan des fausses solutions pour la transition climatique ou les régressions sociales du libéralisme mondialisé. Le PS a une histoire, il se doit d’être fidèle aux séquences de rupture de nos sociétés et la NUPES l’accueille à bras ouverts. 

Raphaël Leiba (Génération·s) : Il y a à l’évidence une clarification politique en cours au sein du PS. Olivier Faure avait un mandat de négociation donné par une large majorité du Conseil National du PS qui a mené à notre accord. C’est donc bien les ”éléphants”, l'ancienne garde, qui s'arc-boute sur une sociale-démocratie faisant sienne du néolibéralisme alors que les militants du PS ont d’autres idées. Comme Alexandre, je dis aux militants PS soutenant la NUPES : "Bienvenue, vous êtes de retour chez vous, dans ce qu’a porté le PS à sa création”.

Comment vous êtes vous réparties les 11 circonscriptions des Français de l’étranger ?

Florence Poznanski (LFI) : Les négociations ont duré pendant plusieurs jours et les partis ont dû croiser de nombreuses exigences prenant en compte les résultats aux présidentielles, le profil des candidatures localement, la parité au niveau des 577 circonscriptions.

Alexandre Chateau-Ducos (EELV) : La répartition a été faite au niveau des états-majors parisiens et il est vrai que nous avons certaines déceptions quant au fléchage de certaines circonscriptions qui auraient été selon l'analyse des uns et des autres plus favorables à tel ou tel autre parti politique. Cependant, au delà de cet aspect, les militants et militantes de la NUPES se sont rangés derrière les candidats investis et nous faisons campagne commune.

Avez vous une ligne politique identique entre tous les candidats sous l’étiquette NUPES pour les Français de l’étranger ?

Florence Poznanski (LFI) : Au niveau des Français de l’étranger nous pratiquons également la NUPES et nous nous appliquons à ce que nos candidates et candidats travaillent ensemble sous la bannière du programme commun qui a été acté par nos organisations au niveau national. 

Alexandre Chateau-Ducos (EELV) : On ne balaye pas toute une vie de militant ou de militante derrière un parti en quelques jours. Il est évident que chacun et chacune des candidats mène une campagne avec ses convictions propres en s’appuyant sur la plateforme programmatique commune. Nous élisons des hommes et des femmes députés forts et fortes de leurs convictions et de leur grande envie de changer le système actuel qui nous mène droit dans le mur. Il y a évidemment des différences de ligne sur certains sujets mais qui seront tranchées au Parlement, lors de débats entre les futurs groupes constitués. Laissons une chance à l’expression des points de vue et à la démocratie représentative, la démocratie ne s’en portera que mieux. 

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Natacha Marbot

Natacha Marbot, étudiante rennaise diplômée d’un master de Relations internationale à l’Inalco en 2022, russophone et spécialisée sur l’espace post-soviétique. Elle a rejoint l’équipe de rédaction internationale pour un stage d’avril à juillet 2022
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