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Quelles sont les destinations à privilégier pour les expatriés à mobilité réduite ?

S’expatrier en tant que personne à mobilité réduite peut présenter des défis uniques et parfois même sembler impossible pour certaines personnes. Il serait cependant dommage de passer à côté d’une telle expérience ! 
Voici donc les destinations d’expatriation les plus accessibles à travers le monde, sous les précieux conseils de l’association Handilol.

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Écrit par Elena Rouet-Sanchez
Publié le 11 février 2024, mis à jour le 28 février 2024

S’expatrier demande des préparatifs particuliers, d’autant plus lorsque des critères spécifiques s’ajoutent à nos choix de destination. Un logement adapté, des voiries larges et accessibles, des transports appropriés… Julien et son frère Rudy ont anticipé chacun de ces aspects, avec le guide touristique en ligne Handilol. Ensemble, ils nous partagent leur expertise sur les destinations les plus favorables, leurs expériences et leurs recommandations pour une expatriation réussie. 

 

Julien et Rudy à New York Handilol
Julien et Rudy à New York
©Handilol 


« Il ne faut pas se freiner, il est totalement possible de s’expatrier ! »

En tant qu’évaluateur Tourisme et Handicap, ainsi qu’aidant familial de son frère Rudy, atteint d’une forme rare de myopathie, Julien a ressenti le besoin de partager son expérience et d’offrir des conseils aux personnes à mobilité réduite souhaitant explorer le monde. L’inspiration derrière la création de Handilol remonte à 2012 : « Je me souviens d’un voyage catastrophique à Amsterdam, relate-t-il. À l’époque, nous avions réservé un logement où les éléments d’accessibilité dont Rudy nécessite étaient bien mentionnés. Une fois arrivés sur place, panique totale : la largeur du passage de la porte pour accéder à la salle de bain (et aux WC) était bien trop étroite. Le fauteuil électrique de Rudy ne pouvait pas passer. L’hôte n’a rien pu faire pour remédier à cela. En fin de compte, on a dû utiliser les toilettes des musées et divers lieux publics durant toute la semaine, ce qui a totalement gâché notre séjour. ». 

Julien et Rudy sont loin d’être les seuls à s’être retrouvés dans cette situation. Plus localement encore, ces mêmes difficultés persistent. Karine est en fauteuil, et pour elle, il est impératif que la France améliore considérablement son accessibilité et ses offres : « L’année dernière, ma recherche de gîtes dans le département de l’Hérault, en Alsace, a été infructueuse. La possibilité de logement existe, si vous êtes prêts à dépenser entre 3 000 et 5 000 euros ; mais pour des budgets inférieurs, cela devient quasiment impossible. Même les campings les plus vastes ne proposent que très peu d’options, et il reste extrêmement difficile de les repérer. Certains établissements vont même jusqu’à indiquer qu’ils ont « priorisé » d’autres installations au sein de leurs mobil-homes, telles que la climatisation. À l’inverse, j’ai constaté des infrastructures adaptées dans d’autres pays moins développés, tels que la Bulgarie ou la Grèce, à l’inverse de notre beau pays. ». 

Alexandre, quant à lui, a pris les choses en main. Passionné de voyages, il est devenu tétraplégique à l’âge de 16 ans suite à un accident de moto ; pour lui, hors de question de se priver d’aventures : « J’ai eu l’opportunité de parcourir diverses destinations en fauteuil, entamant mon premier voyage seul en 2011. Mon choix s’est porté sur Los Angeles, car, du point de vue de l’accessibilité, les États-Unis, tout comme le Royaume-Uni, sont en avance sur ce plan-là. D’emblée, j’ai pu louer une voiture adaptée avec des commandes ; quelque chose d’inenvisageable en Europe, par exemple. Aujourd’hui, expatrié en Thaïlande depuis quatre ans, j’ai ouvert mon propre hôtel 4 étoiles inclusif sur l’île de Koh Phangan, accessible pour les « PMR actifs ». Les salles de bain sont spacieuses, équipées d’une douche à l’italienne, des toilettes rehaussées  ; l’objectif est d’accueillir tous les clients, malgré leurs besoins. ».


Vous l’aurez compris, la recherche d’une destination adaptée est loin d’être une tâche facile, mais reste possible : « Il ne faut pas se freiner, il est totalement possible de s’expatrier ! Nous sommes là pour le prouver et accompagner nos lecteurs, ajoute Julien, qui, dans cet état d’esprit, a donc lancé avec Rudy le guide en ligne Handilol. ». 

 

préparer son expatriation quand on est PMR


Des critères essentiels pour une expatriation réussie

Lorsque l’on est confronté à des défis de mobilité, la planification d’une expatriation nécessite des précautions particulières. Il est important de porter une grande attention à certains critères fondamentaux : des logements adaptés pour assurer un quotidien facilité, des voiries accessibles favorisant la liberté de mouvements, ainsi que des transports appropriés pour une exploration du pays sans entraves. 

« Il ne faut pas hésiter à demander des photos et des vidéos lorsque vous réservez ou louez un logement, précise Julien. Demandez des mesures, appelez la personne, communiquez au maximum, pour éviter les mauvaises surprises à votre arrivée. ».

 

Trois équipements PMR majeurs pour s’expatrier 
Les difficultés varient considérablement d’un pays à un autre. Afin de correctement préparer votre expatriation et d’anticiper les potentielles complications, Julien vous recommande vivement de vous procurer ces trois équipements : 

- Une rampe pliante portable, qui permet de compenser les différences de niveau de faible pente ;
- Une sangle de transfert pour l’avion et autres transports, qui permet un transfert en toute facilité et sans aucune douleur ;
- Davantage destiné aux hommes, un urinoir en plastique, très pratique lorsque vous ne trouvez pas de toilettes adaptées à proximité ; 

 

Quelles sont les villes les plus et les moins accessibles pour les expatriés à mobilité réduite ? 

Handilol crée et met à disposition sur son site un « handilomètre », une carte indiquant l’accessibilité touristique pour chaque pays, sur trois échelles : les vertes, les oranges et les rouges. « Nous recommandons toujours aux personnes réticentes de partir de privilégier une ville en zone verte, pour leur assurer une première expérience en toute sérénité. ».

 

 

Les 5 villes les plus accessibles pour les PMR

 

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5. Vienne

La capitale de l’Autriche offre une expérience agréable pour les PMR, avec des rues bien revêtues et des transports en commun pratiques. Bien que certains WC nécessitent une clef spéciale, Vienne se distingue par son engagement en faveur de l’accessibilité.
« Les quartiers commerçants pourraient bénéficier d’améliorations », commente cependant Julien. Vienne incarne malgré tout une destination où l’histoire rencontre l’accessibilité, où vous pourrez explorer ses charmes en fauteuil roulant. 

 

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4. Londres

Avec toute son élégance britannique, Londres bénéficie de transports en commun pratiques, en particulier leurs célèbres bus à l’impérial rouges, facilitant ainsi les explorations. Bien que certains quartiers présentent une topographie plate, l’accès aux petits commerces peut s’avérer difficile. « Les logements adaptés sont disponibles, mais la ville pourrait améliorer l’accessibilité des WC publics. Londres demeure cependant l’une des destinations que nous recommandons le plus, à condition d’anticiper minutieusement les déplacements. ».

 

s'expatrier à Lyon

 

3. Lyon

La France arrive en troisième position, et non pas avec sa capitale, mais avec la ville de Lyon ! Ses transports en commun, tels que le tram-train Rhonexpress, facilitent les déplacements. Bien que la voirie soit en grande partie adaptée, des défis subsistent, notamment dans le Vieux Lyon aux pavés complexes. « Une rampe manuelle installée sur demande serait vraiment la bienvenue dans les établissements qui ont demandé une dérogation pour ne pas toucher à la marche à l’entrée. » La richesse culturelle et la présence de logements adaptés font de Lyon une destination recommandée.

 

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2. Barcelone

Barcelone, considérée comme la ville d’Europe la plus accessible par les deux frères, se distingue tout particulièrement par son hospitalité envers les PMR. Les rues plates et les trottoirs abaissés offrent une facilité de déplacements remarquables. Les transports en commun, notamment les bus et les tramways, ajoutent à la praticité. Malgré quelques améliorations possibles pour les WC adaptés, Barcelone demeure une destination phare pour une expérience inoubliable. 

 

 

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1. New-York

Tout en haut de ce classement, New-York séduit par son énergie accessible, se positionnant comme une destination de rêve. Les transports en commun, en particulier les bus, ouvrent les portes de la ville qui ne dort jamais. Les rues bien entretenues et les commerces accessibles contribuent à une expérience globale satisfaisante. Il faut cependant prendre en compte la quête d’un logement adapté qui peut s’avérer être compliqué : « Même dans la Big Apple, les normes d’accessibilité doivent êtres respectées ! ». Néanmoins, New-York  reste une destination incontournable pour les expatriés en fauteuil roulant. 

 

 


Les cinq villes les moins accessibles pour les PMR

 

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5. Bruxelles

Bruxelles se situe malheureusement à la cinquième place dans les villes les moins accessibles en fauteuil roulant. La voirie présente des défis avec des trottoirs non abaissés et des pavés abondants, surtout dans le centre. Les commerces posent également problème avec très fréquemment une marche à leur entrée. Les transports restent rudimentaires, et la quête de WC publics adaptés en ville est ardue. La recherche d'un logement adapté demeure complexe, laissant une capitale européenne loin d’être exemplaire en matière d’accessibilité.

 

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4. Lisbonne

Lisbonne présente un bilan mitigé en termes d’accessibilité en fauteuil roulant. Les collines et les pavés compliquent la typologie particulière de la ville, laissant des voiries en mauvais état, des trottoirs non abaissés et de nombreux commerces avec une marche à l’entrée. Les normes de logement sont moins strictes, rendant la recherche complexe. Les transports en commun, bien que peu accessibles, nécessitent une préparation minutieuse. Lisbonne offre des points positifs, mais les défis persistent, en particulier pour les PMR.

 

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3. Essaouira

Se déplacer dans la ville marocaine d’Essaouira sans son propre véhicule n’est pas une mince affaire, surtout en fauteuil. Les transports publics sont souvent peu adaptés, nécessitant des transferts complexes. Malgré la relative facilité de l’Ancien Médina, peu de commerces restent accessibles. La recherche de logements adaptés est un défi, mais la gentillesse des habitants et la beauté de la ville peuvent compenser certains manquements en termes d’accessibilité. 

 

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2. Rome

La seconde place est réservée à la magnifique ville de Rome, qui n’offre malheureusement pas une expérience en fauteuil roulant de tout repos. Si de nombreux lieux touristiques sont étrangement accessibles, les déplacements en transport en commun peuvent être mitigés, notamment avec des trajets en bus assez secoués : “ Je me demande comment font les habitants de Rome à mobilité réduite ? Les lieux touristiques sont accessibles alors que la vie quotidienne ne l’est pas du tout, c’est un peu injuste. ”.
Les quartiers en hauteur, les pavés et le mauvais état des routes ajoutent aux défis quotidiens. Rome, malgré ses charmes, se classe comme une destination difficile à découvrir pour les PMR. 

 

 

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1. Athènes

La dernière place revient à la ville d’Athènes. La plupart des grands monuments et lieux archéologiques restent difficiles d’accès, notamment à cause de l’absence de rampe et de passerelles : “ Heureusement, plusieurs sites culturels ont prévu des aménagements spécifiques, commente Julien. Le dernier exemple en date est l’installation d’un ascenseur fin 2020 sur le site de l’Acropole qui n’existait pas encore lors de notre venue. ”.
Les voiries sont majoritairement en mauvais état, les trottoirs non abaissés, tout comme les marches aux entrées des commerces et divers établissements, ainsi que l’absence notable de toilettes adaptées dans le centre-ville, ce qui génèrent des difficultés non-négligeables. 

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