Les Belges du Bout du Monde (RTBF) : 37 ans de Belgique à travers la planète premium

Par Anne-Claire Voss | Publié le 29/05/2022 à 18:00 | Mis à jour le 30/05/2022 à 14:01
Adrien Joveneau, présentateur de Belges du bout du monde

Adrien Joveneau est le présentateur qui, avec son sourire contagieux, emmène les Belges jusqu’au Bout du Monde. Passionné de voyage et de rencontre, le journaliste de la RTBF propose chaque semaine, depuis 37 ans, cette merveilleuse émission. Il présente les nouvelles vies, parfois surprenantes, des Belges installés à l’étranger. Sans surprise, notre rédaction a souhaité découvrir les coulisses.

 

Comment est née l’émission Les Belges du Bout du Monde ?

Une longue histoire ! Mais je vais la jouer courte. Je viens du milieu des radios libres qui ont éclos au milieu des années 80. Quand François Mitterand est passé au pouvoir, j’étais à quelques kilomètres de la frontière belge, à Tournay, dans une école de communication. Avec mes camarades de cours, nous avons sauté sur la brèche et avons créé une radio libre. Chez moi est alors née une passion pour la radio libre, pour un long moment, en dehors des sentiers battus.

 

Quand j’ai commencé à travailler pour la RTBF, j’ai obtenu un contrat assez classique. Je devais faire les matinales, de 6 à 9h, tous les jours de la semaine. On m’avait proposé en plus de faire le dimanche. J’étais d'accord, à la condition où l’on me réserverait un créneau durant lequel je ferais ce que bon me semble. De là est née l’idée d’aller à droite et à gauche, et de proposer une émission en direct depuis différents endroits. C’était un jour dans une boulangerie, dans une ferme ou à l’école. L’émission était financée par Belgacom, une société de communication belge. Un jour, Belgacom m’a dit : « C’est très bien ! Tu réalises ton émission partout, viens un jour chez nous. »

 

37 ans après, je continue à présenter la même émission Les Belges du Bout du Monde...

 

Un jour je me suis donc rendu au central téléphonique officiel de la Belgique. Et comme il n’y avait pas grande animation, Belgacom m’a dit : « Ici nous ne payons pas le téléphone, tu peux utiliser celui que tu veux », c’était au frais de la princesse ! (rires) J’ai donc lancé un appel, expliquant que si vous aviez de la famille ou des amis établis à l’étranger, appelez sur cette ligne et je vous mettrai en contact l’un avec l’autre. C’était bien avant WhatsApp ou Skype, et à l’époque, ces communications à l’étranger coûtaient très cher.

 

L’opportunité a plu, et nous avons reçu énormément d’appels de personnes demandant à être en contact avec leurs amis au Brésil, aux États-Unis ou encore leurs enfants au Canada. À ce moment là, j’ai senti qu’il y avait un créneau. La preuve : 37 ans après, je continue à présenter la même émission Les Belges du Bout du Monde. Elle a évolué, je propose maintenant des reportages, je me rends sur place, chez l’habitant. Nous ne faisons plus uniquement d’appels téléphoniques.

 

 

 

Comment les destinations de vos émissions sont-elles choisies ?

J’essaye à chaque fois de varier les destinations, les continents, les profils et les générations. Il y a quand même 186 pays sur la planète. Je crois que mon émission a été dans tous ces pays, et, il y a au moins un Belge qui y habite. Nous avons un tout petit pays, et on en est très vite sortis. (rires) Les Belges s’expatrient très bien. Nous sommes généralement plus ou moins polyglottes, puisque que nous vivons avec différentes cultures. Nous parlons facilement le néerlandais, un petit peu l’allemand et l’anglais. Nous nous exportons donc bien.

 

J’essaye, avec cette émission, de ne pas juste répondre à la demande, sinon je n’appellerais que l’Australie et le Québec. Je me rends dans des pays un peu moins connus, comme Zanzibar ou le Botswana.

 

 

Le voyage est redevenu un petit peu exceptionnel

 

Cela fait plus de 30 ans que vous présentez cette émission. Quel est votre regard sur le voyage ?

D’abord, toujours enthousiaste et positif, même si le monde s’est un peu rétréci et que les communications sont devenues presque plus « banales ». À l’époque, il s’agissait presque d’un exploit que de réaliser une émission en Antarctique ou aux Marquises. Maintenant, c’est devenu un peu plus commun avec les transports, quoi que, la dernière pandémie connue a remis légèrement, je crois, les pendules à l’heure. Le voyage est redevenu un petit peu exceptionnel.

 

Je porte toujours ce regard enthousiaste et suis très confiant envers la nouvelle génération. J’ai deux enfants qui ont entre 20 et 30, qui voyagent, qui apprennent plusieurs langues, qui apprennent à entreprendre et bien d’autres choses… Je trouve cela encourageant pour l’avenir. Cette nouvelle génération voyage tout en faisant attention à son empreinte écologique. C’est plutôt réconfortant.

 

 

Comment envisagez-vous le fait de voyager aujourd’hui avec la crise écologique ?

À moins de 1.000 km, je fais tout en train. Et j’essaye de réduire mon périmètre. Je ne fais plus qu’un ou deux grands reportages par an. Cela m’a permis d’aller en Slovénie, en Croatie, en Moldavie, dans des pays proches mais peu connus. Je prends cela comme une opportunité. J’essaye toujours de positiver. On nous coupe un tout petit peu les ailes, mais c’est aussi bien de ne plus prendre l’avion n’importe comment.

 

 

J’étais tellement porté par la passion du voyage que je ne voyais pas les côtés négatifs

 

20 ans plus tôt, il m’est arrivé - je l’avoue et je n’en ai pas honte parce qu’à l’époque, cela ne posait pas de problème - d’aller passer 48 heures à Bora Bora pour un reportage. J’avais passé plus de temps dans l’avion que sur place et nous n’avions aucun scrupule. Je le reconnais parce qu’à cette époque nous n’en parlions pas. J’étais tellement porté par la passion du voyage que je ne voyais pas les côtés négatifs. Maintenant, je ne ferai plus cela. Je réfléchis quand je prends l’avion, est-ce cela vaut-il vraiment la peine ? Est-ce que je ne peux pas faire un reportage aussi passionnant à côté de chez moi ? Dans le Jura, en Italie ou en Grèce par exemple ? Je fais vraiment très attention maintenant.

 

Je suis aussi un disciple de Bertrand Piccard (NDLR : psychiatre, explorateur et environnementaliste suisse) qui précise que l’écologie ne doit pas nous priver de liberté. Je pense que nous devons tenter d’améliorer les moyens de déplacement, d’aller vers des voitures à hydrogène, des avions solaires. Alors c’est utopique, ce n’est pas pour demain, mais il faut continuer à creuser ce sujet. Je crois qu’il ne faut pas se punir. Il faut rester curieux et ne pas se dire « ah je ne peux plus rien faire », il y a d’autres moyens.

 

La nouvelle génération bouge, de manière différente, elle redessine les lignes, et des bonnes décisions se prennent. J’essaye, à ma modeste place, de prendre cela en compte dans mon quotidien, en allant au bureau à vélo ou en remplaçant les avions par des pratiques plus écologiques. Je crois aux vertus des crises. Elles nous enseignent de nouveaux chemins et sont aussi faites pour essayer d’inventer de nouvelles choses. Je crois que chacun à sa place peut se demander, sans se punir, que peut-il faire.

 

 

Quels impacts Les Belges du Bout du Monde a t-elle eu sur les spectateurs ?

Le plus bel impact pour moi, avec 37 ans de recul, est d’avoir rencontré un gamin me racontant avoir été biberonné à mon émission, avoir été même obligé de la regarder, car c’était la chaîne diffusée quand il mangeait avec ses parents, et que ça lui a éveillé et donné l’envie, d’aller protéger les tortues au large des côtes bretonnes et de devenir ostréiculteur.

 

Quand j’éveille une vocation, je suis un homme heureux. Et je crois que, dans l’émission, grâce aux profils inspirants interviewés, nous faisons naître des vocations. J’imagine que c’est pour cela que notre émission est encore là, 37 ans plus tard. Elle est porteuse d’espoir, et c’est un peu différent de ce que nous entendons tous les jours à la radio, bien qu’il le faille évidemment ! J’essaye de faire entendre le murmure de la forêt qui pousse, et pas seulement le cri de l’arbre qui tombe. C’est une de mes devises.

 

 

Pour les Français : prenez votre bicyclette et venez découvrir notre pays !

 

Quel meilleur conseil pourriez-vous donner à un Français qui souhaite voyager ?

Venez en Belgique, nous sommes près de chez vous et il y a des choses étonnantes ! Il y a beaucoup de Français qui reviennent découvrir la Belgique. On peut y venir en train, ou à vélo. Il y a la voie maritime, qui passe par la baie de Somme. Vous longez la côte non-stop, passez par Dunkerque, et vous arrivez à la côte belge. C’est une route fabuleuse, sur laquelle je viens de faire un reportage. Il y a aussi la véloroute, qui vient de Saint-Jean-Pied-de-Port et qui arrive jusqu’à chez nous.

 

Une de mes autres passions est le voyage à vélo. Les voies vertes en France sont interconnectées, il y a des grandes routes cyclables européennes. Pour les Français : prenez votre bicyclette et venez découvrir notre pays. Nous faisons la taille d’un département mais nous proposons d’excellentes bières et de très beaux paysages !

Anne-Claire Voss

Anne-Claire Voss

Diplômée d'un Bachelor en Management et médiation culturelle à l'ICART (Paris), elle décide de réaliser un Master en journalisme à l'ISFJ (Paris) et de se former avec notre rédaction.
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