Antarctique, polar, écologie : Nuit polaire, un roman glaçant signé Balthazar Kaplan

Par Natacha Marbot | Publié le 03/06/2022 à 18:00 | Mis à jour le 14/06/2022 à 12:26
Antarctique, polar, écologie : Nuit polaire, un roman glaçant signé Balthazar Kaplan

Balthazar Kaplan signe le premier tome d’une trilogie, Nuit polaire, publié en 2021 aux éditions Ab irato. Nuit polaire est un thriller qui se passe en Antarctique, dans un futur proche, en 2040. Apollon Maubrey enquête sur la disparition mystérieuse d’un homme et mène les lecteurs au croisement d’enjeux scientifiques, géopolitiques et écologiques que nul n’aurait imaginé vingt ans plus tôt.

 

Vers quelles aventures se dirige Apollon, votre personnage principal ?

Apollon est probablement un double de moi - ce que je crois être ou ce que je voudrais être. Au fur et à mesure de l'écriture, il est devenu surtout lui-même : un mélange de rusticité et de sensibilité, de doute et de détermination. Il est aussi un double du lecteur : comme lui, il ne connaît pas l'Antarctique et le découvre. Il est le manager de la base Concordia, il aime cette dimension humaine, c'est un meneur d'équipe qui se retrouve enquêteur. Il a une énigme à résoudre (la disparition de son prédécesseur en plein hiver austral) mais ce qui l'intéresse, avant tout, c'est que ce mystère est très lié à cet Antarctique qui lui échappe. Résoudre cette énigme, c'est réussir à saisir ce continent situé aux confins de l'humanité. Dans toutes ses dimensions : physiques, métaphysiques et géopolitiques.

 

Couverture de Nuit polaire de Balthazar Kaplan

 

Comment est née l’idée de votre dernier roman, Nuit polaire ?

L’idée d’écrire un roman comme Nuit polaire remonte à très longtemps. D’abord, j’ai toujours rêvé d’être explorateur : enfant j’ai beaucoup lu de romans d’explorations polaires, j’étais un petit garçon très intéressé par la science. J’étais un grand lecteur de Jules Verne, ce qui a forgé mon goût pour les voyages extraordinaires. Ces lectures m’ont aussi apporté une curiosité pour la science et l’Antarctique est un continent de sciences.

 

Les 12 Apôtres en Australie
Les 12 Apôtres en Australie 

 

Le véritable déclic pour écrire sur ce continent remonte à un souvenir très précis. J’étais en Australie, en 1995, le long de la Great Ocean Road. Sur ce site, on observe les douze apôtres, des pitons rocheux qui se détachent de falaises très impressionnantes. L’endroit était vide lorsque j’y suis allé, c’était un moment magnifique. Mais une chose rendait le moment étrange : un vent très froid venait du large - alors qu’il faisait plutôt chaud. Un Australien qui était à coté de moi m’a alors dit qu’il s’agissait d’un vent venu de l’Antarctique et cela m’a frappé : j’étais en face de ce continent plein de mystères.

L’idée du roman lui même est venu quelques années plus tard, lors de la conférence de Kyoto en 1997. J’habitais alors au Japon et en suivant cet évènement, j’ai commencé à accumuler de la documentation sur les questions écologiques et de ressources. J’ai débuté l’écriture en 2004, lors d’une résidence à la Villa Mont-Noir, la maison de Marguerite Yourcenar. Ils avaient d’ailleurs édité une page du roman cette année là, 17 ans avant sa publication. J’ai ensuite écrit plusieurs versions du roman, pour arriver à la version finale en 2021.

 

Le réchauffement climatique se ressent : cette année pour la première fois, il a plu en Antarctique.

Pensez-vous que l’Antarctique puisse un jour être habitable par l’Homme, comme n’importe quel autre continent ?

Cela dépend de quelle partie on parle. L’Antarctique est un continent plus varié que ce que l’on pourrait croire. Il y a une partie appelée la Péninsule qui est en réalité déjà habitée, car les Argentins et les Chiliens y ont construit des villages. Il s’agit de familles de scientifiques, et ce sont eux qui ont connu les premières naissances du continent ! Il s’agit, en réalité, pour l’Argentine et le Chili d’être les premiers à revendiquer un droit du sol pour ces enfants. La Péninsule est une zone habitable, dans des conditions difficiles certes, mais possibles. Il ne neige pas toute l’année, et il arrive que le mercure atteigne 0°. Le changement climatique provoque aussi un réchauffement de l’Antarctique donc cette partie du continent n’est pas bien différente du Groenland ou de l’Alaska. Le réchauffement se ressent : cette année pour la première fois, il a plu en Antarctique.

Là où les choses se compliquent, c’est sur la calotte glacière, où se passe une grande partie de Nuit polaire. La température la plus chaude est -25° et en hiver on peut descendre à -80°. Cela devient alors plus difficile d’y habiter pour des motivations autres que scientifiques.

 

La base Concordia en janvier 2005
La base Concordia en janvier 2005. Le camp d’été est visible à l’arrière-plan du camp d’hiver.

 

Quel est le statut de l’Antarctique aujourd’hui, quels sont les enjeux autour ?

C’est un continent très riche en ressources - certes difficile d’accès mais intéressant. Au niveau géologique, l’Antarctique est un morceau qui s’est détaché du Gondwana (ndlr : super continent qui rassemblait l’Amérique du Sud, l’Afrique, l’Antarctique, l’Inde et l’Australie), il y a 160 millions d’années. On y trouve ainsi les mêmes ressources qu’en Afrique du Sud ou en Australie : des ressources minières, du pétrole, du charbon, des métaux rares, de l’uranium et même des fossiles … Mais tout est sous la glace et peu exploré : on ne connait que 2% des espèces vivantes sur le continent.

En termes légaux, aujourd’hui on ne peut s’installer en Antarctique que pour des raisons scientifiques. Mais comme dit précédemment, les Chiliens et Argentins trichent un peu associant des familles et des militaires pour les protéger. Il faut dire que la Péninsule est à moins de 1000 km de la pointe de l’Amérique du Sud. Un autre pays qui s’intéresse de très près à l’Antarctique et dont on ne parle pas beaucoup est la Chine. Les Chinois ont énormément investi et ont construit nombre de bases. Les questions géopolitiques autour du continent sont passionnantes et prennent une grand place dans Nuit polaire, et surtout dans la suite (ndlr: le tome 2 est en écriture).

 

Le voyage est très important car la lecture et l’écriture sont toujours des formes de voyages. Lorsqu’on ouvre un livre, on se plonge dans un imaginaire.

Vous avez à la fois écrit sur l’Antarctique et le Japon, quelle est la place du voyage dans votre écriture ?

Le voyage est très important car la lecture et l’écriture sont toujours des formes de voyages. Lorsqu’on ouvre un livre, on se plonge dans un imaginaire. J’ai toujours considéré qu’il y avait un lien fort entre les deux. Le Chimiste (édité chez Flammarion) part d’un voyage réel et Nuit polaire d’un voyage imaginaire. J’ai aujourd’hui assez envie d’écrire sur la France. Nous avons un pays qui regorge d’endroits extraordinaires et qui invite au voyage. La France, en plus, a la chance d’avoir une longue histoire, ce qui rajoute un couche d’intérêt au voyage. Les paysages de montagne, notamment, m’inspirent beaucoup. C’est un lieu ou l’on est rappelé à notre humilité; on ne domine jamais la montagne. Tout comme on ne domine jamais la mer.

 

Quelles sont vos influences littéraires ?

J’ai l’envie secrète d’écrire une trilogie comme celle de Peter May, la Trilogie écossaise, que j’ai adorée et qui m’a beaucoup inspiré dans l’intrigue policière. J’écris avec une multitude de livres et d’écrivains en référence, ce sont des stimulis de l’écriture. Beaucoup d’influences se croisent dans Nuit polaire - c’est peut-être cela la maturité aussi. C’est un récit d’aventures, un récit policier, géopolitique, écologique …

 

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natacha marbot

Natacha Marbot

Natacha Marbot, étudiante rennaise diplômée d’un master de Relations internationale à l’Inalco en 2022, russophone et spécialisée sur l’espace post-soviétique. Elle a rejoint l’équipe de rédaction internationale pour un stage d’avril à juillet 2022
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