Alors que les phases de poules se terminent, la Coupe du monde 2026 est toujours au cœur de polémiques. L’une d’entre elles qui a le plus marqué l’opinion publique est le refus d’entrée sur le territoire à de nombreux supporters de football. Comment expliquer juridiquement les refus de visa de la part des États-Unis pour assister à des matchs de la Coupe du monde ? Roger Magayane, avocat spécialiste du droit du sport, y répond.


La Coupe du monde de football a débuté le 11 juin 2026 sans pour autant éteindre les polémiques qui lui incombent. Entre record de pollution, prix des billets et des hébergements, influence de Donald Trump, menaces de boycott, c’est peut-être le refus d’attribuer des visas à certains supporters qui a fait le plus parler.
Donald Trump avait publié une liste de pays « blacklistés » . Parmi eux figurent plusieurs nations qualifiées pour ce Mondial 2026, comme Haïti, l'Iran, le Sénégal ou la Côte d'Ivoire. Des dérogations ont été annoncées pour les équipes et leur staff, mais les supporters n'ont pas le droit d'aller soutenir leur pays s'ils ne sont pas titulaires d'un visa en cours de validité avant le 1er janvier 2026.
L'article 4 des statuts de la FIFA interdit toute forme de discrimination fondée notamment sur l'origine nationale. Pourtant, des arbitres, des responsables fédéraux, des journalistes et des supporters se retrouvent empêchés de participer pleinement à l'événement.
Comment expliquer juridiquement les refus de visa de la part des États-Unis ?
Comment expliquer que pour un événement sportif, des supporters étrangers se voient refuser l’entrée sur le territoire américain ? En droit international, les États sont libres d’appliquer les règles qu’ils souhaitent relatives aux entrées de territoire. « Cela revient à la souveraineté de l’État, explique Roger Magayane, avocat spécialisé dans le droit du sport au barreau du Nord-Kivu en République démocratique du Congo. C’est à lui de vérifier si un citoyen X ou Y est éligible à fouler ses pieds sur son territoire.»
Pour des questions géopolitiques, avec le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, de nouvelles règles ont vu le jour, comme la demande d’un extrait de casier judiciaire, l’historique des réseaux sociaux, les numéros de téléphone utilisés ces cinq dernières années, les adresses électroniques utilisées ces dix dernières années, ou encore les noms, adresses, numéros de téléphone, dates de naissance et lieux de résidence des membres de la famille.
La FIFA est une association créée en Suisse et donc régie par le droit suisse. Elle n’est pas soumise au droit international. De ce fait, face aux grandes puissances soumises au droit international, elle n’a pas la compétence pour se faire entendre. « Elle a du mal à s’imposer face aux États-Unis car selon eux, ils protègent leur territoire », continue Roger Magayane.
Cependant, la FIFA signe des accords avec les pays hôtes de la Coupe du monde, « Les Governement guaranties ne sont pas respectées par les États-Unis.» explique l’avocat spécialisé dans le droit du sport.
Le cas de l’arbitre Omar Artan est particulièrement alarmant, selon l’avocat. Élu meilleur arbitre de la CAN, la Coupe d’Afrique des nations, en janvier 2026, il fait partie des arbitres officiels sélectionnés pour arbitrer lors de la Coupe du monde 2026. Alors qu’il avait atterri sur le sol américain à Miami, pour rejoindre le camp d’arbitrage des arbitres de la compétition, il a été interrogé pendant 11 h par la police sur place avant de devoir rentrer chez lui en Somalie. Il ne peut donc pas arbitrer lors de la Coupe du monde de football. Une situation inquiétante selon Roger Magayane puisque cette décision concerne un officiel.
L’avocat congolais estime que la FIFA a décidé de « fermer les yeux ». La Fédération Internationale de Football est proche des États-Unis car la FIFA ouvre de nouveaux bureaux de la Division Juridique et Conformité à Miami en Floride.
Quelle solution juridique peut être apportée ?
Une faiblesse juridique est constatée au sujet de l’autorisation d’entrée sur le territoire de supporters lors d’évènements sportifs. Aucune sanction n’existe à l’heure actuelle pour ce genre de situation. « La FIFA doit renforcer son arsenal juridique », déclare Roger Magayane. D’après lui, des clauses contraignantes devraient exister pour créer de l’autorité et faire le poids face à ces grandes puissances et « en cas de violation de certains principes, qu’on puisse recourir directement à des sanctions.»
Parmi les potentielles solutions juridiques, il y a la révision en profondeur des Government Guarantees, ces accords signés entre la FIFA et les pays hôtes. Une révision permettrait d’inclure des obligations précises à propos de la délivrance de visas pour les supporters, les arbitres et les officiels accrédités. Ces clauses devraient être assorties de pénalités financières ou encore, comme l’évoque Roger Magayane, de la réattribution de l’organisation d’une Coupe du monde à un autre État.
Ensuite, certains juristes évoquent la création d'un organe arbitral indépendant, distinct du Tribunal Arbitral du Sport (TAS), qui n’est pas compétent dans cette situation, « le TAS de par sa nature, ne traite que ses litiges propres aux activités sportives, après avoir épuisé les recours internes.» Un nouvel organe juridique pourrait statuer en urgence, comme dans le cas d'Omar Artan, lorsqu'un arbitre ou un officiel se voit refuser l'entrée sur un territoire à quelques jours du début d'une compétition.
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Les refus de visas pourraient se répéter lors des éditions suivantes de la Coupe du monde ?
Il est probable que si aucun organe juridique n’est créé, des situations similaires pourraient se reproduire lors de prochaines compétitions sportives. Roger Magayane, lui, est plutôt sûr que des cas similaires se reproduiront à l’avenir, « Peut-être que cela sera face à un État économique moins fort et moins imposant sur le plan international. Avec la FIFA, dans des cas similaires, chez les uns on applique et chez les autres on se tait.»
La prochaine Coupe du monde aura lieu en 2030 entre trois pays, l’Espagne, le Portugal et le Maroc. Pour l’édition suivante, le risque est moins important car deux pays parmi les trois futurs organisateurs, l’Espagne et le Portugal, font partie de l’espace Schengen, garantissant la libre circulation des personnes. L’inquiétude porte particulièrement sur l’édition de la Coupe du monde 2034, attribuée à l’Arabie saoudite. Un pays souvent pointé du doigt quant à sa politique, ses restrictions à la liberté de circulation et ses lois discriminatoires.
La Coupe du monde 2026 risque de faire jurisprudence. Si la FIFA ne réagit pas fermement aujourd'hui face aux États-Unis, elle pourrait se retrouver en difficulté pour se faire entendre face à de futurs pays organisateurs.
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