Édition internationale

Cannes 2026 : La Fabrique Cinéma dévoile 10 projets engagés internationaux

À Cannes, certains films naissent loin des projecteurs, mais racontent déjà le monde avec une intensité rare. En 2026, la Fabrique Cinéma sélectionne dix projets venus des pays du Sud, portés par des cinéastes et réalisateurs qui transforment leurs réalités en projets audiovisuels.

photo projet strong windsphoto projet strong winds
Écrit par Manal Oumaline
Publié le 23 avril 2026, mis à jour le 8 mai 2026

 

 

Créé par l’Institut français en partenariat avec le Festival de Cannes, le programme Fabrique Cinéma accompagne chaque année plusieurs projets de longs métrages portés par des cinéastes issus des pays du Sud. Au-delà de l'accompagnement, l’initiative prend en charge le développement à travers des partenariats. Les jeunes réalisateurs et cinéastes sont accompagnés et formés par des experts français et certains voient leur projet diffusé dans plusieurs salles en France. Avec plus de 68 nationalités représentées, cela permet de mettre en avant le cinéma étranger, avec des sujets sous-représentés et tabous dans des sociétés ou traditions culturelles étrangères. 

Mais au-delà du simple accompagnement, le projet agit comme un accélérateur de destin pour ces réalisateurs. Elle leur permet d’entrer de connaître une notoriété plus grande, d’entrer dans un réseau international et surtout, de faire exister des histoires qui, sans cela, resteraient invisibles. Ce qui frappe dans la sélection 2026, c’est la manière dont ces films s’ancrent dans des thématiques sociales actuelles : guerre, deuil, transidentité, oppression sociale, incest… Lepetitjournal.com vous présente les dix séléctions du programme de la Fabrique Cinéma : 


 

Brésil : The Last Dog on Earth réalisé par Nina Kopko

À São Paulo, une pandémie ravage les rues. Luana roule une dernière fois. Elle a prévu sa mort, tout est calculé. Jusqu’à cette rencontre improbable avec une chienne, peut-être la dernière sur Terre. Ce point de bascule donne au film une tension émotionnelle constante : continuer ou renoncer ? Vivre ou disparaître ?

 

©Nina Kopko
©Nina Kopko

 

La réalisatrice brésilienne Nina Kopko, déjà primée dans de nombreux festivals, injecte dans ce récit dystopique une expérience personnelle : celle d’avoir accompagné un être vivant vers la fin. Elle transforme la science-fiction en réflexion profondément intime sur l’attachement, la solitude et ce qui nous retient encore à la vie.

 

 

Équateur : UFOs in the Tropic de Rob Mendoza

Dans les montagnes équatoriennes, un cultivateur d’orchidées voit sa vie basculer avec l’arrivée d’un être extraterrestre. Mais derrière l’étrangeté du récit se cache une histoire d’amour fragile, menacée par l’homophobie et la violence économique.

Rob Mendoza est un cinéaste équatorien qui explore la spiritualité et la science-fiction à travers le point de vu queer et rural. Son premier long-métrage, OVNIS sous les tropiques (Ovnis en el trópico), a bénéficié du soutien d’Ibermedia, d’Open Doors de Locarno, du CNC et de la résidence du Moulin d’Andé.

fleur jaune


 

Haïti : Pays poète éternel de Samuel Suffren

Anacacis voulait lire, écrire, rêver. Mais à Port-au-Prince, la réalité rattrape vite ses ambitions. Fille d’un évangeliste et d’une dactylographe, elle se voyait étudier, mais un événement bouleversant vient faire basculer son destin : sa mère tombe gravement malade. Anacacis se voit quitter la rue et devient serveuse dans le bar littéraire Distraction, où sa passion pour la littérature s'intensifie plus que jamais. Samuel Suffren est une figure montante du cinéma haïtien et puise dans son histoire personnelle. Récompensé dans plusieurs festivals, il développe un cinéma profondément ancré dans la mémoire et l’intime. Ici, il filme Haïti comme un poème fragile, mais toujours vibrant.

 

enfant fille noire qui marche sur trottoir

 

 

Kenya : Strong Wind de Lydia Matata

Sur un ancien terrain au Kenya, Wairimu, une mère kényane, apprend à faire de la moto après la mort tragique de Kemi, sa fille co-fondatrice du club de motardes pepo Kali. La mère sera alors déterminée à terminer le voyage que sa fille n’a pas pu achever. Guidée par la seule survivante de l'accident et meilleure amie de sa fille, Sly, Wairimu continuera cette aventure jusqu’à ce que certains secrets enfouis ressurgissent et mettent en péril sa guérison. 

 

desert Kenya motarde femme mere

 

Le film exprime une pensée émotionnelle autour du deuil, de la mémoire et de la reconstruction. Lydia Matata, également scénariste pour Netflix, s’inspire de son propre rapport à la perte pour écrire cette histoire. Elle ancre son récit dans la réalité de Nairobi, notamment à travers les clubs de motardes féminins.



 

Maroc : Laissées-pour-compte de Kenza Tazi 

Quatre femmes issues de milieux différents se retrouvent enfermées après une descente de police dans un cabinet pratiquant des avortements illégaux. Maria, Kebira, Fatema et Aicha seront placées dans une même cellule de prison où elles devront cohabiter durant six mois avec comme unique point commun : une grossesse non désirée. Les quatres femmes feront face à une acceptation compliquée vers une maternité, même si ce n’est pas voulu. Le film aborde frontalement la question de la maternité imposée et des pressions sociales faites aux femmes. Kenza Tazi, réalisatrice marocaine a nourrit son récit auprès d’associations. Le film promet une immersion intense dans une réalité souvent invisibilisée dans les pays du Sud. Laissées-pour-compte s’impose déjà comme un projet politique fort.
 

prison femmes marocaines cinema

 

 

Nigéria : Till The Morning Comes de Dika Ofoma

Entre passé et présent, le film suit deux âmes liées par une promesse d’amour qui transcende les vies. Dans la société igbo précoloniale, le chef guerrier Obidike et la jeune Ekemma tombent amoureux. Cette relation brave les tradition d’une société où l’homosexualité est criminalisée. Séparés de force, ils jurent que s’ils reviennent un jour en ce monde, plus rien ne pourra les éloigner.  À l’ère contemporaine, à Enugu, ils renaissent sous les traits de deux hommes : Nnanna, un photographe nigériano-italien, et Achebe, séminariste. Unis par cette promesse ancienne, leur lien s’intensifie, poussant Achebe à affronter le conflit entre sa foi, sa vocation et un amour tabou au Nigéria.

 

projet till the morning comes

 

Dika Ofoma est un réalisateur reconnu sur la scène internationale, pour son travail qui explore l'identité et la masculinité. Le film Till The Morning Comes interroge la place de l’amour dans des contextes de répression au Kénya.  Le cinéaste de 26 ans a déjà été lauréat du prix Rising Star 2024 et du premier prix AFP Critics Prize au S16 Film Festival de Lagos en 2025, pour son film Obi Is A Boy. 



 

Palestine : Ping-Pong de Saleh Saadi 

Dans un village proche entre Nazareth et Haïfa, non loin de la guerre de Gaza, Issam retourne chez ses parents, pour la première fois depuis le décès de son frère. Dans une maison d’enfance, où tout lui rappelle son frère et les échos de la guerre qui font rage, le jeune garçon trouve refuge dans le ping-pong. Ce sport devient alors un symbole de résilience et de maintien du lien humain.

 

femme Palestinienne  gaza
©Anton Demerjian

 

Le film s’ancre dans un quotidien marqué par la guerre, mais choisit de se concentrer sur les gestes simples du quotidien : jouer, parler, partager. Le réalisateur Saleh Saadi développe un cinéma du détail. Cinéaste palestinien originaire de Basmat Tab’un, son travail explore l’identité, la famille et le quotidien. Ses courts-métrages, Borekas et A’lam ont été sélectionnés dans des festivals internationaux.

 

 

Turquie : Divine Poison de Nehir Tuna 

En Turquie, un jeune homme pieux retrouve un ami d’enfance rebelle qu’il a autrefois trahi. Cette rencontre déclenche une crise intérieure intense. Convaincu que cette rencontre n’est pas le fruit du hasard, il entreprend de le sauver, et peut-être, de se sauver lui-même. Mais alors que des désirs enfouis refont surface et que ses certitudes commencent à vaciller, il sombre dans l’obsession. Au bout du chemin, un choix impossible l’attend : l’un d’eux sera sauvé, mais à quel prix ?

Nehir Tuna est un scénariste et réalisateur turc dont les films explorent la masculinité, la foi et l'identité dans la Turquie contemporaine. Ancien participant du Sundance Institute, il a réalisé plusieurs courts-métrages avant que son premier long-métrage, Yurt (Dormitory), ne soit présenté en première au Festival de Venise 2023, où il a remporté le prix Bisato d'Oro du meilleur scénario. 

 

enfant sable feu dance desert


 

Vénézuela : What We Don’t Say de Maria Gracia Saveedra

La veille du Nouvel An, Elena retrouve sa famille dans une maison de plage sur la côte vénézuélienne. Sous l’apparence des festivités, de vieilles blessures et des rancunes enfouies refont surface. Prisonnière d’une famille qui survit dans le silence, elle découvre une intimité inattendue avec la compagnie insouciante de son jeune frère. Mais ce qui naît entre elles commence à fissurer l’ordre fragile qui maintient la famille unie.

ocean
©Alexandra Bas

 

Maria Saavedra est une réalisatrice et scénariste vénézuélienne basée en Espagne. Elle a travaillé entre le Venezuela, le Mexique et l’Espagne. Ses courts métrages ont été projetés à Clermont-Ferrand et dans d’autres festivals internationaux. Son travail explore le silence, la migration et l’ambiguïté morale, s’opposant aux structures intimes qui perpétuent la violence.

 

Vietnam : The River Knows Our Names de Mai Huyên Chi 

Sur une maison flottante dérivant au long du Mékong, Gam, une enfant de neuf ans rêve d’une fête d’anniversaire qu’elle n’a jamais eue. Sa mère se démène sur le fleuve, tandis que son père accepte un dangereux emploi de plongée nocturne dans un débarcadère de poisson. Quand la célébration tourne à la dispute, Gam déniche son propre gâteau. Mais cette nuit-là, leur voisin Tha se noie en voulant récupérer un cadeau pour elle. À l’aube, une maison flottante en feu dérive sur le fleuve. Après cela, Gam refuse de se réveiller, espérant retrouver Tha dans ses rêves, laissant à ses parents le soin de ramener la joie dans sa vie.

enfant rivière
©Huyen Chi Mai 

 

Mai Huyên Chi est une réalisatrice et scénariste vietnamienne dont les films explorent la manière dont l’histoire, le pouvoir et le silence façonnent les récits que les sociétés construisent sur elles-mêmes. Son travail a été soutenu par Talents Tokyo, l’aide au développement du Red Sea Fund, Al Jazeera et le Prince Claus Fund. Elle développe actuellement son premier long métrage de fiction The River Knows Our Names.



 

 

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.