Édition internationale

Corinne Dubreuil, 34 ans à capturer l’histoire du tennis à travers le monde

Elle raconte le tennis à travers ses photos depuis plus de 30 ans. Corinne Dubreuil, photographe spécialisée dans le sport, parcourt le monde au rythme des tournois en immortalisant les moments historiques de ce sport. Rencontre avec une femme pour qui un cliché raconte bien plus qu’un simple match.

Corinne DubreuilCorinne Dubreuil
Écrit par Patrice Ajavon
Publié le 25 février 2026, mis à jour le 8 mars 2026

 

Dès son plus jeune âge, Corinne Dubreuil tombe amoureuse du tennis. À 7 ans, elle fait ses premiers pas sur les courts. Très vite, elle devient une adepte de la balle jaune. Sa seconde passion pour la photographie arrivera un peu plus tard dans sa vie : « Mon oncle faisait de la photo amateur. Un jour, il m'a prêté son appareil photo. Je trouvais ça génial de changer les objectifs etc… » Un événement anodin qui permettra à Corinne de découvrir sa vocation : « À 11 ans, j'ai dit à mes parents que je serai photographe de tennis. » Pas de temps à perdre pour la jeune fille qui intègre un club de photo. Cette expérience lui permet d’explorer différents styles : « La photo de nuit, le portrait. On avait un labo noir et blanc et on développait nous-mêmes nos clichés. »

 

Sa rencontre avec Chris Evert et ses débuts comme photographe professionnelle

En 1987, Corinne fait une rencontre qui va changer sa vie. Âgée de 16 ans à l’époque, elle se rend à Roland-Garros en tant que spectatrice pour y prendre des photos. La jeune fille assiste notamment à un match de Chris Evert : « J’ai obtenu son autographe et elle m’a laissé son numéro pour que je puisse la recontacter si je voulais assister à d’autres tournois. »

 

Corinne Dubreuil et Chris Evert
Chris Evert et Corinne Dubreuil © Corinne Dubreuil

 

Je suis partie à Wimbledon avec une amie et nous n’avions pas d’hébergement.

Corinne saisit cette opportunité et se rend à Londres et à New York. Elle assiste aux deux derniers tournois du Grand Chelem de cette saison alors qu’elle est encore au lycée. Pourtant, ce rêve éveillé pour l’adolescente ne commence pas dans des conditions parfaites : « Je suis partie à Wimbledon avec une amie et nous n’avions pas d’hébergement. Nous avons dormi à l'aéroport sur les fauteuils. Ensuite, on a rencontré des Londoniens qui nous ont hébergées. En y repensant, je me dis “mais n'importe quoi“. »  Pour financer son nouveau quotidien, Corinne a dû faire preuve de stratégie : « Je vendais mes photos à des fans de tennis en faisant paraître des annonces dans Tennis de France. Grâce à l’argent gagné, je pouvais payer mes déplacements. » Après avoir proposé plusieurs de ses clichés à Tennis Magazine, la jeune photographe est embauchée par le média en septembre 1990.

 

Voir comment les gens vivent ailleurs permet de relativiser nos petits problèmes.

 

Découvrir de nouvelles cultures grâce à la photo

Au fil de sa carrière, Corinne Dubreuil s’est rendue aux quatre coins du monde avec son appareil photo. Lors de ces semaines intenses, les photographes n’ont pas forcément le temps de visiter le pays ; Corinne, elle, met un point d’honneur à le faire : « Tous les tournois que j'ai faits, j'ai toujours essayé de prendre des vacances avant ou après pour découvrir tous ces lieux. » Parmi ces destinations, l’une d’entre elles occupe une place importante dans le cœur de Corinne : « J'aime beaucoup la ville de Sydney. Elle me fait penser à Biarritz où je vis, avec l'océan, le surf et le sport. » La photographe a également eu l’occasion d’aller dans des territoires moins aisés. Lorsqu’elle travaillait pour l’Équipe Magazine, elle s’est rendue à Mayotte : « Je suis allée faire le portrait d’un athlète qui faisait de la course. Il vivait dans un logement de 10 m² au cœur d’un bidonville. C’était frappant. » Ce reportage l’a particulièrement marquée : « Voir comment les gens vivent ailleurs permet de relativiser nos petits problèmes. »

 

La photographie pour transmettre des émotions 

En 36 ans de carrière, Corinne a photographié les plus grandes figures du tennis. De Roger Federer à Novak Djokovic, en passant par Serena Williams ou, plus récemment, Carlos Alcaraz, tous ont rempli ses cartes SD et ses disques durs. Elle a aussi eu la chance de suivre toute la carrière de Rafael Nadal de ses débuts à sa retraite en octobre 2024, un joueur pour qui elle a une affection particulière.

 

Corinne Dubreuil avec Roger Federer à Wimbledon
Corinne Dubreuil avec Roger Federer à Wimbledon © Corinne Dubreuil

 

Selon elle, être photographe consiste à « raconter une histoire où les gens comprennent ou ressentent un peu ce qui se passe sur le court ». À chaque tournoi, chaque match, elle s’efforce de trouver de nouveaux angles, de nouvelles idées pour ne pas tomber dans la lassitude. Ainsi, au fil du temps, certains joueurs ont représenté pour elle un véritable défi photographique. Peu expressif sur le court, Jannik Sinner en faisait partie : « Lorsque Sinner est arrivé, je m’ennuyais profondément quand je faisais des photos de lui. » Mais avec l’expérience et l’observation, son regard a évolué : « Aujourd’hui, j’ai appris à le connaître, son jeu, ses attitudes. Et c’est devenu un challenge, quand il joue, de faire ressortir quelque chose, de l’émotion. » 

 

 

Ses livres sur les légendes du tennis

Rafael Nadal est l’un des joueurs favoris de Corinne. En 2012, la photographe s’amuse même à réaliser un livre sur le joueur espagnol qu’elle présentera à son agent. Ce dernier décline la proposition estimant qu’il est encore trop tôt pour ce type de projet. 10 ans plus tard, une opportunité d’accomplir ce rêve se présente à elle. L’un de ses anciens collègues journalistes la sollicite pour illustrer son livre : « J’ai rencontré le directeur de la maison d’édition Amphora, au fil de la discussion, j’ai découvert qu’il était fan de Rafael Nadal. Je lui ai alors confié mon rêve de faire un livre sur lui. Il a tout de suite accepté. »

 

Rafael Nadal à Roland Garros qui salue Corinne Dubreuil
© Corinne Dubreuil

 

En 2023, Iconic Nadal sort et connaît un véritable succès. L’année suivante, elle enchaîne avec Iconic Federer. Enfin, la boucle est bouclée avec la parution d’Iconic Djokovic en 2025. Ces trois livres sont le fruit de beaucoup d’heures de travail et de plusieurs années à suivre ces légendes du sport : « Pour chaque livre, je pars de milliers de photos. J'arrive à 6000 photos. Et puis, j'en présente 500 ou 600 au directeur artistique de la maison d'édition. » Dans cette sélection, Corinne ne s’est pas seulement restreinte aux photos prises sur le court :  « Je voulais montrer tout ce que j'avais pu faire et tout ce que j'aime aussi chez le sportif. Je ne voulais pas juste montrer la sueur sur le court de tennis mais aussi tous les à côté » 

Peu après la sortie de son premier livre sur Nadal, Corinne se rend au Koweït dans le cadre de l’ouverture d’une des académies du joueur majorquin. Dans sa valise, deux exemplaires du livre qu’elle fera dédicacer par le tennisman, un moment rempli d’émotion pour elle : « Nous nous sommes assis tous les deux, et la scène était assez drôle : il a commencé à écrire en espagnol, s’est arrêté, a réfléchi. Ça m’a profondément touchée, car je voyais tout son côté humain. » 

 


Corinne est photographe en freelance depuis 2004. Elle justifie ce choix par une volonté de liberté et d’indépendance. « Au début, il m'est arrivé de partager ma chambre d'hôtel, parce que cela coûtait moins cher », explique-t-elle. Ce choix lui a permis de travailler pour différents clients tels que l’ATP, des agences de presse, des sponsors ou encore des tennismen comme Jo-Wilfried Tsonga ou Stan Wawrinka.

 

Corinne Dubreuil et Stan Wawrinka
Corinne au côté de Stan Wawrinka, auteur de la préface de son livre Iconic Federer © Corinne Dubreuil

 

À 54 ans, elle continue de couvrir les tournois du circuit ATP et WTA tout en ayant la liberté de choisir où elle souhaite aller. En avril 2026, elle se rendra à Miami pour le Masters 1000. Elle participera également à une exposition du 15 au 31 mars à l'EAST Hôtel de Miami, où ses photos seront mises à l’honneur. Une belle reconnaissance pour cette femme passionnée au parcours si inspirant : « J’essaie de partager ma passion du tennis à travers mon regard et ma sensibilité. »

 

Corinne Dubreuil avec ses appareils photos
© Corinne Dubreuil

 

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