Un an après son incarcération en Algérie, le journaliste sportif français Christophe Gleizes reste derrière les barreaux. Malgré une mobilisation exceptionnelle du monde des médias, du football et de la société civile, son avenir dépend désormais d'une éventuelle grâce présidentielle. Pour toute une profession, cette date est celle d'une blessure qui ne se referme pas.


Il y a des anniversaires que personne ne souhaite célébrer. Le 29 juin 2026, un an après son incarcération, le journaliste sportif français Christophe Gleizes est toujours détenu en Algérie. Correspondant pour So Foot et Society, il attend désormais un geste du président algérien Abdelmadjid Tebboune après avoir renoncé à son pourvoi en cassation, dernière étape judiciaire avant de pouvoir espérer une grâce présidentielle. Pour les journalistes, cette journée dépasse largement le destin individuel d'un confrère. Elle rappelle qu'informer peut encore conduire en prison.
Le journaliste Christophe Gleizes condamné à 7 ans de prison en Algérie

Une condamnation qui continue de susciter l'incompréhension
Le 29 juin 2025, le tribunal de Tizi Ouzou condamnait Christophe Gleizes à sept ans de prison ferme pour « apologie du terrorisme » et « possession de publications dans un but de propagande nuisant à l'intérêt national ». Une peine confirmée en appel le 3 décembre 2025. Le journaliste avait été arrêté dès le 28 mai 2024 alors qu'il réalisait un reportage consacré à la JS Kabylie. Pendant plus d'un an, il était resté sous contrôle judiciaire, interdit de quitter le territoire algérien.
Au cœur du dossier figurent des échanges professionnels avec un dirigeant du club de Tizi Ouzou, également membre du Mouvement pour l'autodétermination de la Kabylie (MAK), une organisation classée terroriste par les autorités algériennes en 2021. Des échanges qui remontent pourtant, pour la plupart, à 2015 et 2017, soit plusieurs années avant cette qualification. Le seul contact intervenu en 2024 concernait la préparation de son reportage.
Après la confirmation de sa condamnation en appel, Christophe Gleizes a choisi de retirer son pourvoi en cassation afin de permettre l'examen d'une éventuelle grâce présidentielle. Ses parents, Sylvie et Francis Godard, continuent de porter ce combat avec une dignité saluée par tous ceux qui suivent le dossier. Dans un communiqué et partout, ils déclarent : « Nous saluons les récentes évolutions judiciaires en Algérie (...) Nous prenons acte de ces avancées et appelons à ce qu'elles débouchent rapidement sur une grâce présidentielle. Nous continuons d'attendre, avec espoir et dignité, le retour de Christophe parmi nous. » Leur appel prend une dimension encore plus poignante lorsqu'ils évoquent Mamy Géo, la grand-mère de Christophe, âgée de 102 ans, qui a tenu à enregistrer un message vidéo pour demander à revoir son petit-fils.
« Sa place est dans une tribune de presse, pas dans une cellule »
À l'occasion de ce triste anniversaire, Reporters sans frontières (RSF) renouvelle son appel à une libération immédiate. Son directeur général, Thibaut Bruttin, résume le sentiment partagé par une grande partie de la profession :
« Un an que Christophe Gleizes est injustement détenu. Alors que la Coupe du monde de la FIFA 2026 se joue avec une chaise vide à son nom dans la tribune de presse, son accréditation officielle rappelle que sa place est dans les stades, parmi les journalistes qui couvrent l'événement, et non dans une cellule. Cette détention est une négation de la liberté d'informer. RSF appelle une nouvelle fois à sa libération immédiate et inconditionnelle. »
L'image est devenue le symbole de cette mobilisation : une accréditation délivrée par la FIFA... pour un journaliste qui ne peut pas exercer son métier.

Une profession unie comme rarement
Depuis un an, le soutien à Christophe Gleizes n'a cessé de grandir. Une pétition ayant recueilli plus de 36 000 signatures, la mobilisation des écoles de journalisme, des actions dans les stades de Ligue 1 et lors de la Coupe de France, des banderoles sur le Tour de France, le soutien de collectivités territoriales, une soirée de solidarité au Bataclan…
Rarement un journaliste aura suscité une telle union entre le monde des médias, du sport et de la culture. Des figures du football comme Vahid Halilhodžić, Hervé Renard ou Raí, des journalistes parmi lesquels Hervé Mathoux et Ambre Godillon, mais aussi des artistes comme Médine, François Civil, Gilles Lellouche ou Mohamed Mbougar Sarr ont publiquement demandé sa libération. Au-delà des noms prestigieux, c'est toute une profession qui refuse que le silence s'installe.
Une journée de mobilisation pour Christophe Gleizes se termine en musique au Bataclan

Une blessure pour la liberté de la presse
Pour les journalistes, l'affaire Christophe Gleizes dépasse désormais le simple cadre judiciaire. Chaque reportage réalisé à l'étranger rappelle que certains confrères ne peuvent plus exercer leur métier librement. Chaque conférence de rédaction pense à ceux qui ne peuvent plus écrire. Chaque tribune de presse compte désormais une chaise vide.
Ces pétitions qui ont fait reculer des lois ou des entreprises dans le monde…
L'Algérie occupe aujourd'hui la 145ᵉ place sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse. Un an après son incarcération, Christophe Gleizes n'est pas seulement devenu le symbole d'un journaliste emprisonné. Il est devenu celui d'une profession qui refuse de considérer l'emprisonnement d'un reporter comme une fatalité. Son métier l’attend.
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