Édition internationale

À Lorient, le commerce interceltique célèbre dix ans de coopération

Lundi 3 août, la Chambre de commerce et d'industrie du Morbihan accueillait la dixième édition de l'Interceltic Business Forum, volet économique du Festival interceltique de Lorient. Acteurs économiques, universitaires, décideurs venus d'Irlande, d'Écosse, du Pays de Galles, de Cornouailles, de l'Île de Man, de Louisiane et de Bretagne y ont débattu de commerce international, d'intelligence artificielle et de coopération économique mais également une nouvelle étape outre-Atlantique!

@CCI56 Interceltic-Business-Forum 2026@CCI56 Interceltic-Business-Forum 2026
@CCI56 Interceltic-Business-Forum 2026

 

Charles Kergaravat, entrepreneur breton né à New York et fondateur de l'association Breizh America, a fait le pari d'un forum d'affaires en écho au plus grand rassemblement de cultures celtiques d'Europe à Lorient. Lundi 3 août, dans les salons de la CCI du Morbihan avait lieu la 10ème édition,  à deux pas des quais où résonnait la musique de la  55ᵉ édition du Festival interceltique. Entrepreneurs, investisseurs, universitaires et élus étaient présents pour cette édition anniversaire, organisée par Lorient Agglomération, la CCI du Morbihan, AudéLor et Breizh America.

 

 

Le commerce international comme dénominateur commun

Plus qu'un simple événement de réseautage, l'Interceltic Business Forum s'est imposé, en une décennie, comme un espace où se négocient concrètement des partenariats entre PME, collectivités et investisseurs de territoires que rapproche une même histoire linguistique et culturelle.  Cependant c’est sans pour autant partager la même monnaie, la même langue de travail ni les mêmes réalités réglementaires. C'est précisément cette tension féconde entre proximité culturelle et hétérogénéité économique qui donne au rendez-vous lorientais sa singularité. Ici, l'appartenance à un même monde celtique sert de terrain de confiance pour aborder des sujets aussi concrets que l'éolien flottant en mer Celtique, le défi du logement de Guerbet en Bretagne à l’Irlande ou Cornwall, le projet transfrontalier Irish Sea Rim ou les circuits d'exportation agroalimentaire.

La journée s'est ouverte sur la présentation de la stratégie industrielle de Lorient Agglomération, avant une intervention de Charles Kergaravat retraçant dix années de coopération économique entre les nations celtiques. Une table ronde a ensuite réuni acteurs publics et privés autour de la double transition (écologique et numérique) illustrée par plusieurs expériences territoriales, notamment celle de l'Île de Man, présentée par Kirree Gooberman, Peter Tylee et l’inspirante Sarah Mercer, avec un objectif partagé de renforcer la compétitivité des entreprises locales sans sacrifier les engagements environnementaux du territoire.

 

 

forum economique

 

 

 

L'intelligence artificielle, fil rouge de l'édition 2026

Sujet incontournable de cette dixième édition : l'intelligence artificielle. Frank Feighan, ministre d'État irlandais chargé notamment de la transformation numérique et Allan Mulrooney, directeur général de la Western Development Commission, ont présenté la stratégie de développement de l'IA dans l'ouest de l'Irlande. Le territoire mise sur l'innovation numérique pour compenser son relatif isolement géographique. Un enjeu qui trouve un écho particulier pour les langues minoritaires : plusieurs interventions ont abordé la question de la place du gaélique et, plus largement, des langues celtiques dans le développement des grands modèles d'intelligence artificielle. Un défi que la Bretagne connaît bien s'agissant du breton.

L'Île de Man a de son côté détaillé ses initiatives en matière d'innovation en étant reconnue réserve de biosphère par l'Unesco.  Les Cornouailles, invitées d'honneur du Festival cette année, se sont présentées comme le nouveau « tigre celtique », porté notamment par une renaissance de son activité minière historique. La délégation, conduite par Leigh Frost, président du Cornwall Council ainsi que Perran Moon, député à la Chambre des communes, a ainsi illustré la capacité de ces territoires à réinventer leur modèle économique en s'appuyant sur un patrimoine industriel commun.

 


« À Lorient, nous voulons créer des liens concrets  entre entrepreneurs, institutions, investisseurs et territoires afin de faire  émerger de nouvelles coopérations à l'échelle interceltique. » - Charles Kergaravat, fondateur de l'Interceltic Business Forum

 

 

De Cork à la Louisiane, une diaspora d'affaires

L'après-midi a fait la part belle aux liens historiques entre la Bretagne et les diasporas celtiques du monde entier. Josselin Le Gall, consul honoraire de France à Cork, a rappelé la profondeur des relations entre la Bretagne et le comté irlandais, avant une conférence consacrée aux « Wine Geese », ces exilés irlandais qui contribuèrent, dès le XVIIIᵉ siècle, à façonner le vignoble européen. Les diasporas celtiques ont toujours été des vecteurs de commerce international et d’innovation. Cette dimension transatlantique n'est pas nouvelle pour Breizh America, qui construit depuis 2016 un pont culturel et économique entre la Bretagne et la Louisiane, autour du patrimoine cajun et créole, de la francophonie. Cette année, ce fut le partage de Michale D. Soileau de Lafayette qui aborda l’importance de la culture dans la conduite des affaires en Louisiane.

 

 

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Les start-up, vitrine de l'innovation celtique

Comme chaque année, l'Interceltic Startup Challenge a clôturé la journée. Six jeunes entreprises, une par territoire, se sont affrontées devant un jury d'investisseurs : Memory Lane Games pour l'Île de Man, Dimply pour l'Irlande, Weeteq pour l'Écosse, Voxmar pour les Cornouailles, emwillcare pour le Pays de Galles et SailToo pour la Bretagne. Les projets couvraient un large spectre : intelligence artificielle, santé, fintech, technologies maritimes, économie numérique. C'est la start-up irlandaise Dimply (plateforme de personnalisation des services financiers) qui a remporté le titre d'Interceltic Startup Champion 2026.

 

« Lorient est une terre d'innovation et d'entrepreneuriat ouverte sur le monde. L'Interceltic Business Forum démontre que notre identité celtique est aussi un formidable levier de coopération économique.» Fabrice Loher, président de Lorient Agglomération, maire de Lorient

 

Cap sur New-York

La prochaine édition hivernale de l'Interceltic Business Forum se tiendra à New York, ville natale de Charles Kergaravat. Après avoir parcouru successivement les six nations celtiques (Bretagne, Irlande, Écosse, Pays de Galles, Cornouailles et Île de Man), le forum amorce ainsi une dimension résolument transatlantique. Tout cela peut advenir grâce aux liens tissés de longue date entre la Bretagne, l'Irlande et leurs diasporas nord-américaines, de New-York à la Louisiane.

 

 

  « Les entreprises ont aujourd'hui besoin de réseaux internationaux solides pour innover et se développer. L'Interceltic Business Forum offre un cadre privilégié pour créer ces connexions, partager les bonnes pratiques et identifier de nouvelles opportunités de coopération entre les territoires celtiques. » - Philippe Rouault, président de la Chambre de commerce et d'industrie du Morbihan

 

 

Mais quid de l’interculturel ?

Reste que cette internationalisation soulève, comme souvent dans les espaces multiculturels, une question de fond : celle de l'interculturel et de la langue commune. La vision portée par le forum, une diplomatie par la confiance, le partage de pratiques et la collaboration a le mérite de la clarté. Sa mise en œuvre l'est moins. Car derrière l'unité affichée du monde celtique se révèlent des cultures d'affaires aux logiques parfois opposées.  Ce pourrait être l'Irlande et l'Écosse, ancrées dans une culture anglo-saxonne du contrat explicite, où tout doit être dit noir sur blanc. Et pour le lien entre la Bretagne ou le Pays de Galles, qui sont plus proches d'un rapport implicite à la relation, où la confiance se construit avant que le contrat ne se signe. Cette hétérogénéité ne se résout pas par la seule proximité identitaire. En effet, être celte ne suffit pas à parler le même langage des affaires.

Comment, alors, faire vivre concrètement ce socle commun entre des économies, des monnaies et des cadres réglementaires aussi différents ? La réponse tient peut-être moins dans l'uniformisation que dans la mise en récit. Souligner ce qui relie plutôt que ce qui distingue et faire du commerce un vecteur de sens plutôt qu'une simple mécanique d'échange. C'est là, sans doute, le véritable savoir-faire que Lorient cultive depuis dix ans. Transformer la diversité culturelle, souvent perçue comme un frein aux négociations internationales, peut devenir la plus grande ressource de coopération. Un débat linguistique et culturel qui, loin d'être anecdotique, dit beaucoup de la manière dont les entreprises bretonnes devront, dans les années à venir, conjuguer identité régionale et intelligence interculturelle pour réussir leur ouverture aux marchés mondiaux.

 




 

 

Cécile Lazartigues
Publié le 6 août 2026, mis à jour le 7 août 2026
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