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EVASION 3 - Sinulog Festival Cebu, couleurs et fiestas !

Réunissant plus d'un million de visiteurs chaque année, le festival Sinulog de Cebu me plonge, ce mois-ci, au c?ur d'un évènement culturel, religieux, et surtout très musical  et coloré !

Cette année, c'est décidé : j'y vais !

Recherche d'hôtel (a priori, je ne suis pas la seule à vouloir assister à cet évènement spectaculaire et historique !) et de quelques notions de base sur l'histoire de cette fête, recherche d'informations sur le tracé du parcours des défilés? carte en poche, et en tenue confortable, me voilà partie !

Arrivée au port de Cebu, l'accueil des Cebuanos est encore plus chaleureux que d'ordinaire. Je m'entends souhaiter "Pit Señor" à tue-tête, et les chants festifs résonnent déjà sur les ondes radios de mon taxi. Je me dirige vers le centre de la ville, juste avant que les routes n'y soient barrées, "cause parade", me dit-on.

Jamais une course en taxi n'aura finalement été aussi longue. Mais le spectacle m'aura tenue captivée. Autour de moi, les affiches reprennent le slogan de la fête et déroulent la liste de ses nombreux sponsors, les passants ont revêtus des tenues colorées et leurs visages sont pour beaucoup peinturlurés. Je vois, çà et là, des "tatoueurs éphémères", des kiosques par dizaines, des produits à l'effigie de l'enfant Jésus par centaines (des tee-shirts, des chapeaux, des casquettes ornées de plumes colorées?), et partout, la même  musique : "Sinulog, isyagit ug kusog, Pit Senyor, Pit Senyor, Tanan Magsauloy"...

Un peu d'histoire

Je m'enquiers donc auprès de mon chauffeur de quelques informations historiques sur cette célébration devenue une référence aux Philippines.

Fier, il me rappelle que le christianisme est arrivé aux Philippines en 1521 par l'entremise de Ferdinand Magellan qui, dès son arrivée sur l'île de Cebu, a converti le Rajah Humabon et son peuple à la religion catholique. Il m'explique que la représentation de l'enfant Jésus que nous voyons sous tous les formats et sur tous les supports depuis mon arrivée est la reproduction d'une statue offerte par le colonisateur à l'épouse du roi Humabon en hommage au baptême de ce dernier. Il me raconte la légende qui avance que la reine, depuis renommée Queen Juana, se serait mise à danser le sinulog, statue à la main, en remerciement.

Car le sinulog est avant tout une danse, pratiquée depuis des siècles par le peuple cebuano.
Deux pas en avant, un pas en arrière, au son des percussions...

"One Beat, one Dance, one Vision" : tel est le slogan du Festival Sinulog qui, depuis les années 1980, a pris une dimension impressionnante, sous l'impulsion du directeur régional du Ministère des Sports.

La grande parade

Nous nous approchons des lieux "stratégiques" du festival : boulevard Osmeña, basilique Santo Niño, Fuente Osmeña Circle. Les foules se font plus denses. Les routes se barrent, et mon chauffeur me dépose alors aux barrières de cette ville de fête en me souhaitant "Pit Senyor". "Pit" est le diminutif du mot cebuano "sangpit" signifiant "exiger, ou réclamer". "Senyor" fait référence à l'enfant Jésus, en l'honneur de qui cette fête est célébrée. Je lui réponds à mon tour "Pit Senyor", formule d'action de grâce.

Aujourd'hui a lieu l'évènement le plus important du festival : la grande parade.
Je me faufile au milieu de la foule entassée au bord du boulevard Fuente-Osmeña. J'entends, au loin, les percussions et, toujours, ces paroles "Sinulog, isyagit ug kusog". Je me surprends désormais à les fredonner moi-même !

Arrive alors le premier char. A son bord, une princesse, brandissant sa statuette et souriant aux badauds. Elle rayonne. Derrière elle, sa troupe de danseurs et de percussionnistes : vêtements colorés uniformes, rythme bien calé, danse... Magique !


Les chars défilent. Chaque troupe s'arrête pour faire son show, principalement devant les tribunes des membres du jury qui, à la fin de l'évènement, couronneront les meilleurs. Les vainqueurs se verront remettre une somme allant jusqu'à 1.000.000 pesos pour la catégorie "Street Dancing". Je comprends soudain leur engouement et cette recherche bien perceptible de la perfection, tant au niveau des danses et de la mise en scène que des costumes et des décors.

Justement, l'une de ces mises en scène m'interpelle. Le décor évoque la protection de l'environnement et quelques acteurs démarrent le "show" par une sensibilisation au tri des déchets. Bien. Très bien. Les danseurs arrivent et la chorégraphie évoque à son tour la nature et sa préservation, avant le final joué par la Princesse et son emblème de l'enfant Jésus. Comme quoi, les traditions religieuses peuvent dialoguer avec des sujets de société on ne peut plus d'actualité !

Les "troupes" sont constituées selon diverses contingences : barangay (quartier), section d'une université ou d'une école, entreprise, association culturelle d'une province? On appelle ces "cultural troupes" des "Tribu" ou des "Culturang Placereño". Pour chacune d'entre elles, je sens un travail immense. Je ne soupçonnais l'importance de cet événement !

Une fête religieuse? une fête !

Mais au-delà de la grande parade, à l'image des plus célèbres carnavals, le Sinulog est avant tout une fête religieuse. Des nombreux rassemblements ponctuent le festival comme la grand-messe pontificale du dimanche, les processions solennelles dans les rues, les processions fluviales?

Y répondent de fêtes de rue, des feux d'artifices, des soirées électro, qui attirent des stars du petit et du grand écran filippino. La présence d'un certain Coco Martin déclenche d'ailleurs lors de la parade d'impressionnantes émeutes féminines !

Chaque quartier "stratégique" revêt des airs de fête, chaque bar, chaque restaurant et chaque commerce y va se ses enceintes et de sa version de l'hymne. Et jusqu'aux salons de coiffure et aux garages automobiles, chacun semble, à sa place, à son niveau, contribuer à la réussite du festival !

Après cette journée enivrante, direction justement la place Fuente Osmeña Circle et ses restaurants de rue installés pour l'occasion. Ici, des centaines de visiteurs se réunissent en famille pour déguster quelques brochettes ou d'autres mets typiques sucrés. L'occasion (enfin !) de se reposer, l'instant d'un repas.

Démarre alors la grande finale des "DJs", autre catégorie récompensée par les organisateurs du festival. La soirée avance, le volume augmente. Mes oreilles sifflent, demandent du repos. L'heure est venue pour moi de rentrer...

Je me réjouis d'avoir pu vivre ces moments intenses et magiques, me promets de revenir dans un an, et me décide à parcourir au plus vite les routes d'autres célébrations à,travers les Philippines.

Des festivals (ou fiestas), il en est des centaines chaque année. Sinulog, Kadayawan, Dinagyang, Masskara, Moriones, mais aussi fiestas locales qui donnent aux Philippines un air de fête permanent !

Pour plus d'informations, consultez le site officiel du Sinulog.

Carol LE ROUX (www.lepetitjournal.com/manille) mardi 02 février 2016






 

 

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