

L'ancienne juge d'instruction et jeune eurodéputée d'Europe-Ecologie se verrait déjà bien à l'Elysée. L'inflexible Eva Joly promet de faire le ménage dans la politique française comme elle le fit dans le milieu des affaires
Eva Joly était juge d'instruction
A 18 ans, Eva (AFP) quitte sa Norvège natale pour la France où elle exerce plusieurs métiers : styliste, secrétaire chez Eddie Barclay, fille au pair ?Ce n'est que 20 ans plus tard qu'elle fait son entrée dans la magistrature. En 1981, elle est nommée substitut du procureur de la République à Orléans. En 1990, elle devient juge d'instruction au pôle financier du Palais de Justice de Paris. Elle y instruit des dossiers célèbres comme celui de Bernard Tapie, Bidermann, ou encore l'affaire Elf. En 2002, elle retourne en Norvège et devient conseillère du gouvernement norvégien dans la lutte contre la corruption et la délinquance financière internationale.
Elle se lance en politique
Eva Joly avait fait les yeux doux au parti de François Bayrou en se rendant en juin dernier à la conférence du MoDem sur l'Europe. Elle caressait d'ailleurs l'idée de se présenter aux élections européennes de 2009 sous les couleurs de ce parti de centre droit. Mais c'est finalement sous la bannière d'Europe-Ecologie, le mouvement politique mené par Daniel Cohn-Bendit, que l'ex-magistrate s'est présentée en Île-de-France. Si la députée européenne est selon 'Dany le Rouge', "très écologiste", elle n'en oublie pas pour autant son ancien cheval de bataille, en basant sa campagne sur "toute une argumentation sur la fiscalité et les paradis fiscaux".
Eva Joly est un personnage public
Son instruction de l'affaire Elf entre 1993 et 2000 l'a placée sur le devant de la scène médiatique. Cette frasque judiciaire a tant passionné les Français qu'un film (L'ivresse du pouvoir de Claude Chabrol en 2006) et un téléfilm (Les prédateurs en 2007) ont retracé plus ou moins justement la procédure judiciaire et surtout la personnalité opaque de la juge d'instruction. Si Eva Joly dit avoir quitté la France en 2002 pour ne "laisser à personne les moyens et le temps de se venger", ce n'est que pour mieux revenir dès 2003 en lançant très solennellement la "Déclaration de Paris". Ce projet, qui proposait de lutter contre la corruption, sera classé sans suite. Mais cet échec n'aura pas arrêté l'ancienne magistrate, qui s'en prend aujourd'hui aux réformes de la justice entamées par le gouvernement. Elle se désole en particulier de la disparition du juge d'instruction, qui reste, selon elle, un élément essentiel de la balance judiciaire. Eva Joly n'a d'ailleurs pas de mots assez durs pour décrire les acteurs principaux de ce chamboulement : Nicolas Sarkozy ("Les méthodes qu'il suggère sont celles de M. Berlusconi") et l'ancienne garde des Sceaux Rachida Dati ("une imposture", "elle a participé à la destruction de l'image de la justice en France"). La justice française est devenue "un bateau ivre sans capitaine", déclarait-elle. Une position qu'elle a confirmé suite à la possible implication d'Eric Woerth dans le dossier fiscal de Liliane Bettencourt : "Cette affaire démontre une concentration des pouvoirs très malsaine et des dysfonctionnements dans le fonctionnement de la justice".
Intéressée par la présidence
Après un an passé sur les bancs du Parlement, la Franco-norvégienne de 66 ans se sent déjà pousser des ailes présidentielles : "Oui, l'élection présidentielle m'intéresse", avoue-t-elle à Sud-Ouest Dimanche. "Une élection de ce type n'est pas une partie de plaisir pour qui s'y présente. Elle exige un engagement total. Il faut y dédier un an de sa vie. Je ne m'y consacrerai que si je me sens portée par le mouvement dans sa totalité.", concède-t-elle cependant. Que ce soit dans les institutions européennes ou dans les arènes politiques françaises, Eva Joly croit en l'influence de son parti et en la valeur-ajoutée apportée par ses élus : "Nous, les écologistes, avons tous eu des carrières professionnelles, nous avons développé des expertises. Nous ne nous sommes pas contentés de faire nos classes dans des partis politiques.". Le renouveau de la classe politique est-il pour 2012 ? Eva Joly attend avec impatience les journées de Nantes pour qu'Europe-Ecologie règle avant toute chose ses problèmes structurels : "Ce seront nos assises pour fonder le mouvement à l'automne".
Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) mardi 17 août 2010
En savoir plus
Article de Sud-Ouest, Eva Joly : "Oui, l'élection présidentielle m'intéresse"
Article de Marianne 2, Eva Joly change de parti, mais pas d'idées
Article de l'Express, Le "J'accuse"d'Eva Joly




































