

Au Sud de Rome, sur les cotes du Latium, l'été n'est pas terminé. A Sperlonga, les nageurs font leurs derniers bains de mer avant que les températures ne dégringolent. Embrassé par la Méditerranée, le blanc village a toujours eu ses adeptes. Des empereurs romains aux papes du Moyen-âge en passant par la génération hippie, la cité mystique n'a pas fini de séduire.
Sea, Sun and Sperlonga
L'automne et son tapis de feuilles mortes arrivent lentement mais à Sperlonga, l'été est encore là. Sur les rives de cette intime station balnéaire du Latium, il n'est pas rare de voir quelques baigneurs tardifs défier la fin des beaux jours. Plages de sable clair, mer calme et eau transparente, une heure et demi suffit sur la Via Pontina (SR 148) pour rejoindre ce petit paradis marin situé entre Rome et Naples.
Entre Terracina et Gaeta, au coeur de la Province de Latina, les 3.300 habitants de Sperlonga le savent : ils vivent dans l'un des villages les plus caractéristiques de la région. Faisant partie des Borghi più belli d'Italia, l'antique centre romain a très vite su profiter de son potentiel touristique.
Dès les années 1970, il devient le lieu incontournable de la génération hippie romaine. ?C'était un peu le Saint-Tropez du Lazio. On savait qu'ici on trouverait la petite chose particulière que les autres plages de la région n'avaient pas. Il y avait, dans l'atmosphère, une naïveté et une fragrance jamais vue dans les lieux à la mode à l'époque, comme par exemple, Fregene, où Federico Fellini avait une villa?, raconte Giuseppe assis confortablement à l'ombre de son parasol.
L'originalité de Sperlonga est assurément d'être divisée en deux. Sur l'épaule d'un rocher qui épouse la Méditerranée, sont accrochées les maisonnettes en chaux blanche du centre historique. En bas, au pied du même mont, c'est la nouvelle ville qui a trouvé son théâtre. Hôtels de bon standing, bars animés avec leurs belles terrasses, terrain de basket : rien ne manque pour passer du bon temps.
Outre cette double personnalité, la force du minuscule bourg, c'est son origine. Loin d'être une simple façade touristique, la station balnéaire raconte une histoire bien à elle. Accoudés à l'esplanade de la nouvelle ville, les visiteurs restent absorbés par l'immense antre de Tiber, une grotte marine mystérieuse. Complètement recouverte de marbre et de mosaïques, c'est dans l'obscurité de sa taverne que l'empereur romain donnait ses plus belles fêtes.
Il y a deux semaines, avec l'appui de la Mairie et de Francesco Venezia, professeur à l'Institut Universitaire d'architecture de Venise (IUAV), une vingtaine d'architectes suisses ont exposé leurs projets. Leur objectif ? Donner naissance à l'hypothétique Villa que Tiber aurait pu construire au-dessus de sa caverne sous-marine. Preuve inéluctable que Sperlonga n'a pas fini de faire parler d'elle.
Au-delà de son antique passé, Sperlonga raconte une autre histoire : celle des princes, des rois et des papes. Sa structure urbanistique est typiquement médiévale. D'une place centrale, ont grandi de petites ruches blanches. Les unes contres les autres, elles embrassent le roc où elles se sont agrippées. En équilibre au dessus de la mer, elles semblent avoir fleuri sur le flanc de la montagne sans avoir eu besoin de la main de l'homme.
A la recherche du restaurant idéal, les touristes se perdent dans les dizaines de petites ruelle serpentées. Un choix stratégique plus qu'esthétique pour empêcher les armées ennemis de s'infiltrer en masse dans la petite Cité. Sperlonga a subi pendant des siècles les perpétuelles attaques des pirates arabes. Des envahisseurs récurrents qui prenaient en otage la population dans l'espoir d'en tirer une rançon ou de les réduire en esclavage.
Entre un plat de poisson alla sperlongata et des Bambolotti au ragoût, ceux qui ont les yeux plus gros que le ventre en auront plein la vue. Parmi les monuments incontournables de Sperlonga, on retrouve l'antique église Santa Maria di Spelonca, construite au XIIè siècle, celle de San Rocco, édifiée au XVè siècle et le Palais de Sabella, ancienne résidence de l'antipape Clément VII en 1379. Les trois tours (Torre Truglia, Torre Capovento, Torre del Nibbio) de la muraille construite autour de la ville au XIè siècle sont encore debout. Destinées en leur temps à défendre la ville, elles participent à l'atmosphère métaphysique de Sperlonga.
Sophie Lei (Lepetitjournal.com de Rome) - vendredi 4 octobre 2013
Crédits photos : S.L pour Lepetitjournal.com
Retrouvez nos articles de la rubrique "A faire".
Recevez gratuitement tous les matins l'actu des français et francophones de Rome !




































