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ERE MEIJI – Les arts décoratifs japonais face à la modernité

Jusqu'au 1er septembre 2013, l'University Museum and Art Gallery de Pokfulam expose quelques chefs d'?uvre de la fondation Ise de Tokyo : une collection de tentures brodées et de vases en émaux cloisonnés qui célèbrent la beauté et la finesse de l'artisanat japonais sous le règne de l'empereur Mutsuhito (1868-1912), mieux connu sous son nom posthume de Meiji. Des ?uvres qui témoignent des bouleversements que connait ce pays d'Extrême-Orient au tournant du siècle, alors qu'il s'ouvre au monde et à la modernité après 200 ans de repli volontaire.

L'ère Edo (1603-1868) et sa politique d'isolement

En 1639, le shôgunat des Tokugawa, qui règne alors en maître sur le Japon, adopte un édit (sakoku), par lequel il rompt la quasi-totalité des relations du pays avec l'extérieur. Très vite, l'isolement s'organise: les missionnaires chrétiens sont expulsés, les étrangers interdits de séjour sous peine de mort. Les autorités militaires imposent au peuple la sédentarité, allant jusqu'à brûler et prohiber la construction de navires. Durant deux siècles, le Japon se referme sur lui-même. Seules la Corée, la Chine et la Hollande conservent encore quelques relations commerciales avec le pays dans la baie de Nagasaki, seul port nippon qui reste ouvert au commerce extérieur.

 L'empereur japonais Mutsuhito vers la fin de son règne 

Mais ce repli finit par agacer et attiser la curiosité des Occidentaux à l'égard d'un pays devenu secret. Les Hollandais ne laissent en effet filtrer que de rares informations et objets venus du Levant. En 1853, le commodore américain Matthew Perry, envoyé par le président Millard Fillmore qui veut ouvrir de nouvelles routes commerciales vers l'archipel, débarque avec sa flotte dans la baie de Tokyo (Edo) et force les frontières : la convention de Kanagawa signée le 31 mars 1854 entre le Japon et les Etats-Unis met ainsi fin à la politique isolationniste nippone.

La restauration Meiji (1868-1912) et le renouveau des arts décoratifs

Sous l'ère Meiji, qui commence en 1868 avec l'effondrement du régime militaire des shôgun et la restauration de la loi impériale, le Japon s'ouvre définitivement à l'Occident et se réforme en profondeur. Sous l'action du jeune empereur Mutsuhito et de son gouvernement éclairé, le pays, qui était jusqu'alors une nation féodale isolée, devient une puissance moderne, industrielle, avec laquelle le monde doit désormais compter. Son commerce avec l'Europe et les Etats-Unis devient florissant.

                                                                                                                      Boîte en émail cloisonné représentant le Mont Fuji

Céramiques, émaux, laques et textiles s'exportent en grandes quantités. Homme de lettre et visionnaire, l'empereur Mutsuhito comprend vite que le savoir-faire traditionnel des artisans est un atout sur le marché international. Dès son arrivée au pouvoir, il envoie de nombreux artistes étudier à Paris et invite leurs homologues européens à enseigner au Japon. Encourageant une production renouvelée, l'adoption de styles et de formes occidentalisées, l'empereur fait lui-même l'acquisition de nombreuses pièces contemporaines, frappées du chrysanthème impérial, qu'il destine en cadeau aux dignitaires étrangers. 

Emaux et broderies : un métissage artistique et technique

Dans les expositions universelles organisées dans le monde entier, les arts décoratifs japonais, fortement influencés par l'Europe qui sert alors de modèle, recueillent un vif succès. Emaux (shippo) et broderies, dont la production remonte au Japon à plus de mille ans, y sont particulièrement appréciés pour leur originalité et leur grande virtuosité technique.

Reprenant les techniques françaises du repoussé et du plique-à-jour, les émailleurs japonais créent ainsi d'opulents vases aux couleurs extravagantes. Avec dextérité, ils développent la technique du cloisonné, intègrent au dessin ou à la décoration des objets les filigranes de cuivre, d'or et d'argent, qui servent traditionnellement à créer les motifs et à fixer les émaux durant la cuisson, ou s'en émancipent à contrario pour rendre aux lignes des paysages et aux compositions naturalistes la fluidité et la poésie qui leur sied.

 Tenture brodée représentant un paon et une paonne (japon, fin XIXème - début XXème)


Tous comme les émaux, les tentures brodées produites par les manufactures japonaises sous l'ère Meiji sont de véritables bijoux d'innovations. Elles émerveillent par la qualité des teintures, la diversité des soies, des laines et des fils métalliques utilisés, qui permettent aux brodeurs d'inventer de nouveaux modes d'expressions très stylisés, où motifs Art nouveau se mêlent à l'iconographie traditionnelle japonaise (paons, lions, singes, dragons, pivoines). Un lustre de formes et de couleurs qui attestent non seulement d'un métissage artistique et technique mais également de la richesse et de l'appétit de luxe de la nouvelle bourgeoisie qui émerge dans le Japon d'alors.

Florence Morin (www.lepetitjournal.com/hong-konglundi 26 août 2013

Crédits photos : The Ise Foundation

Informations pratiques:

Exposition Exquisite Craftmanship Japanese Cloisonné Enamels and Embroideries of the Meiji period from the collections of the Ise foundation
Jusqu'au 1er septembre - Entrée gratuite Hong Kong University
Museum and Art Gallery 90, Bonham Road, Pokfulam, Hong Kong
http://www.hkumag.hku.hk/

 

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