En 2025, 19 898 mariages ont été enregistrés en Irlande, selon le Central Statistics Office. Un chiffre en baisse qui relance un débat bien connu sur place : la crise du logement retarde-t-elle les grandes étapes de la vie des jeunes couples ?


Se marier en Irlande devient-il une étape plus difficile à franchir ? Les derniers chiffres du Central Statistics Office montrent en tout cas un recul du nombre de mariages enregistrés dans le pays. En 2025, l’Irlande a comptabilisé 19 898 mariages, dont 624 mariages de même sexe, contre 20 348 en 2024.
Le sujet dépasse largement la seule question des cérémonies. Pour plusieurs responsables religieux, politiques et spécialistes du logement, cette baisse dit aussi quelque chose de la pression financière qui pèse sur les jeunes adultes en Irlande. Et, sans grande surprise pour ceux qui vivent à Dublin, le logement arrive très vite au centre de la discussion.
Un recul confirmé par les chiffres officiels
Selon les données publiées par le Central Statistics Office, le taux de mariage en Irlande s’établissait à 3,6 mariages pour 1 000 habitants en 2025. Il était de 4,7 en 2015. Le nombre de mariages enregistrés a ainsi reculé de 9,7 % en dix ans.
Les couples se marient aussi plus tard. En 2025, l’âge moyen dans les mariages entre personnes de sexe opposé était de 38 ans pour les hommes et de 36,1 ans pour les femmes. En 2015, il était de 35,3 ans pour les hommes et de 33,2 ans pour les femmes.
Autre évolution notable : les cérémonies civiles sont désormais très présentes dans le paysage irlandais. Pour les couples de sexe opposé, elles ont représenté 6 304 cérémonies en 2025, contre 5 927 cérémonies catholiques romaines. Le vendredi reste le jour le plus populaire pour se marier, tandis que le mois d’août demeure le grand favori des couples.
Le logement, obstacle majeur pour les jeunes couples ?
L’évêque de Kildare and Leighlin, Denis Nulty, a décrit cette évolution comme une tendance préoccupante. Selon lui, la baisse du nombre de mariages ne concerne pas seulement l’Église, mais aussi la société irlandaise dans son ensemble. Il estime que le logement est aujourd’hui l’un des principaux freins pour les couples qui souhaitent se marier.
Cette lecture trouve un écho dans la réalité quotidienne de nombreux jeunes actifs. À Dublin, les loyers élevés, la difficulté à acheter un premier logement et l’incertitude autour des baux repoussent souvent les projets de vie commune. Pour beaucoup, il faut choisir entre épargner pour un dépôt, payer un loyer très élevé, organiser un mariage ou envisager l’arrivée d’un enfant. Le tableau n’est pas exactement celui d’une comédie romantique.
Le député travailliste Conor Sheehan, porte-parole de son parti sur le logement, a lui aussi relié cette évolution aux difficultés rencontrées par les jeunes générations. Il souligne que certains jeunes adultes retournent vivre chez leurs parents dans la vingtaine ou au début de la trentaine pour tenter d’économiser. À Dublin, où le logement reste l’un des grands sujets de préoccupation, cette situation parle à beaucoup de francophones installés sur place.
Une génération qui reporte les grandes étapes de la vie
Le professeur Ronan Lyons, économiste associé à Daft.ie, évoque une forme de génération boomerang : des jeunes adultes quittent le foyer familial, puis y reviennent faute de pouvoir louer, acheter ou construire une vie de couple stable. D’après lui, il existe un écart important entre la manière dont les gens vivent aujourd’hui et la manière dont ils aimeraient vivre.
Cette situation touche directement plusieurs étapes de la vie adulte : installation en couple, mariage, achat immobilier, naissance d’un premier enfant. Le recul des mariages s’inscrit donc dans une tendance plus large, où les décisions familiales sont de plus en plus liées au coût du logement et à la stabilité financière.
Le CSO a également publié dans son résumé annuel des statistiques vitales une baisse de la natalité sur dix ans. Ces chiffres ne permettent pas, à eux seuls, d’expliquer tous les choix personnels des couples, mais ils confirment que l’Irlande connaît une transformation démographique importante.
Ce que cela dit de l’Irlande d’aujourd’hui
Derrière la croissance économique, l’emploi dynamique et l’attractivité du pays, il existe une pression très forte sur le logement, en particulier à Dublin.
Cette pression ne se limite pas aux nouveaux arrivants qui cherchent une chambre ou un appartement. Elle concerne aussi les Irlandais eux-mêmes, y compris ceux qui travaillent, gagnent correctement leur vie, mais peinent à accéder à un logement stable.
Pour mieux comprendre cette réalité, vous pouvez retrouver notre guide du logement à Dublin et en Irlande, ainsi que notre article sur le prix médian d’un logement à Dublin.
La baisse des mariages n’est donc pas seulement une statistique familiale. Elle révèle aussi les tensions d’un pays où les projets personnels se heurtent de plus en plus souvent au coût de la vie. Pour les couples, la question n’est pas toujours de savoir s’ils veulent se marier, mais s’ils peuvent se permettre de construire autour du mariage une vie suffisamment stable.
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